CHAPITRE IV
État de la France sous Hugues Capet. — Droits respectifs des suzerains, des vassaux et des arrière-vassaux. — Résultat de l’indépendance acquise par les vicomtes de Béarn. — Droit de battre monnaie. — Histoire des monnaies en Béarn. — Le système féodal complètement
établi en Béarn avant le dixième siècle. — Étendue du
Béarn à cette époque.
Lorsque Hugues Capet monta sur le trône , la France était. partagée entre plusieurs grands vassaux indépendans entre eux, et presque indépen-
dans do la couronne, ils étaient ce que sont aujourd’hui les princes de l’empire. Le souverain avait le droit de les convoquer à sa cour , comme l’empereur a le droit de convoquer la diète de l’empire. Il présidait à l’assemblée, réglait avec elle les démêlés des grands vassaux, décidait avec eux la paix ou la guerre, et conduisait leurs troupes au combat ; là se terminait son pouvoir. Les grands vassaux^ avaient l’administration souveraine de Jeurs états particuliers; eux seuls publiaient des lois dans l’étencbae de leur domaine; eux seuls exerçaient la justice, et le roi, qui pouvait exercer sa juridiction sur les grands vassaux, n’en avait aucune sur leurs sujets; ils étfàent les sujets de la monarchie sans être les sujets du monarque.
Les grands vassaux à leur tour avaient sous eux des vassaux; ces derniers étaient envers eux ce qu’ils étaient eux-mêmes à l’égard du roi. Le grand vassal avait une cour composée de ses vassaux, jugeait avec eux les causes nées entre les vassaux, décidait avec eux les guerres et les alliances particulières, et recevait l’hommage des arrières-vassaux comme le roi recevait le sien.
L’arrière-vassal avait également un état à lui; lui seul y publiait des lois ; lui seul y rendait la justice, et ses sujets particuliers ne dépendaient ni du grand vassal, ni du monarque. L’arrière-vassal avait aussi sa cour; elle était composée de gentilshommes qui possédaient des seigneuries dans
retendue de son fief; il réglait avec eux l’admittistration de son état; 4à re traitaient les lois domestiques, les guerres particulières , les intérêts du chef' étalés procès entre les gentilshommes; en un mot l'arrière-vassal exécutait en petit ce que le monarque exécutait en grand ;'il dictait des lois â ses états , déclarait la guerre à ses voisins, reudait la justice à ses sujets, et faisatt frapper ’pour eux une monnaie d’or ou d’argent à *sa marque ; il était souverain, à l’hommage près qu’il devait a« grand' vassal. &k
Les rois s’occupèrent pendit plusieurs siècles à ressaisir l’autorité souveraine qui avait échappé de leurs mains ; ils employèrent avec adresse tes droits qui leur restaient, à conquérir les droitsqu’ite avaient perdus. Un grand vassal avait -41 refusé de comparaître à la cour du roi, ou négligeait - il de rendre l’hommage qu’il devait? il était déclaré coupable de félonie, et son fièf était réuni de plein droit à la couronne. Lorsque les rois eurent recouvré’les grands fiefs, ils attaquèrent les arrières-vassaux avec les mêmes armes que la première victoire rendait plus puissantes. La législation, la justice, la puissance piihhque rentrèrent dans leur source ; et les rois furent enfin les seuls 'Sotrverainsde la monarchie.
Maris supposons un moment qu’un grand vassal, éloigné du centre du royaume , eût eu la force de “résister aux tentatives de l’autorité royale ( et qu’il
çût secoué 4e joug, U aurait été souverain d’uiîe monarchie constituée de la même manière que celle de son «uacienjroU les arrières-vassaux de l’a»* oien royaume seraient devenus les grands vassaux du nouvel état. Supposons aotueliement que l’un de ces arrières -vassasfcx eût obtenu part un traité solennel l'affranchissement de l'hommage, et, que son légitime souverain eût remis entre ses mains la souveraineté de son fiel'; ce iief eût formé dèslors un état indépendant, une vraie monarchie organisée en petit comme le royaume l’était en gmnd. fl y . a plus, les rois auraient pu reprendre les grands fiefs, et conquérir même celui dont le nouvel état serait sorti; mai» leurs succès et cette conquête n’auraient point changé les droits de ce peuple devenu libre, et malgré l'asservissement général, il aurait pu conserver son indépendance; il est vrai qu’il aurait fallu pour ce grand ouvrage réunir beaucoup d’habileté dans les chefs , beaucoup de patriotisme dans le peuple, et surtout ck« circonstances heureuses ; ce serait peut-être le phénomène le plus singulier gui se fût jamais offert dans l’histoire des peuples.
de que je viens de présenter comme «ne hypothèse est l’histoire exacte du Béarn. Les vicomtes de Béarn furent déclarés souverains par les ducs de Gascogne, qui ne reconnaissaient e»x- mêmes aucun souverain. Depuis cette époque, ils maintinrent leur indépendance, lors même que le du-
ché de Gascogne fut réuni à la couronne. Tandis que les feudataires les plus puissans perdirent leur pouvoir et descendirent au rang de sujets, les vicomtes de Béarn conservèrent les attributs et les droits de la souveraineté; ils demeurèrent immobiles au milieu de ce mouvement général , qui semblait entraîner les grands vassaux vers leur ruine. On ne sera donc plus étonné, lorsqu’on les verra seuls législateurs et juges suprêmes dans leurs états. Ils étaient les seuls législateurs de leurs états, parce que tel était le droit des arrières-vassaux sous les premiers rois de la troisième race; ils étaient les juges souverains de leurs états , parce qne tel était le droit de tous les arrières-vassaux à l’avènement de Hugues Capet au trône de France. Ils avaient le droit de battre monnaie , parce que tel était l’usage assez général de presque tous les arrières-vassaux à la même époque. Lorsqu’on coupe par un canal le cours d’une rivière, la partie du lleuve qui se jette dans le canal se soutient presqu a la même hauteur dans un long espace , tandis que le reste du fleuve tombe et se perd dans • des précipices au gré de la pente qui l’entraîne.
La perpétuité des fiefs avait fait établir le droit de primogéniture et la succession des filles au défaut des mâles; tel était, sous Hugues Capet, le droit général. Les vicomtes de Béarn transmirent leur souveraineté sans partage à leur premier né, et les filles succédèrent au défaut des mâles; c’est
ainsi que Mathilde hérita de la Normandie , que la reine Aliénor succéda à l’Aquitaine, et que Marie fut souveraine du Béarn.
Les seigneurs seuls, maîtres dans leurs fiefs, en percevaient les revenus à l’exclusion du monarque. Ces revenus consistaient dans un domaine propre; dans les profits des fiefs, tels que les lods et ventes, et le droit de gîte; dans les profits de la justice, tels que les amendes, les confiscations et les déshérences, et surtout dans les profits de la monnaie. Tels étaient aussi les revenus des vicpmtes de Béarn; leurs domaines étaient des seigneuries auxquelles étaient attachés des métairies, des prés, des bois, des moulins, des fours et des dîmes; le prince les régissait lui -même. Les lods et ventes étaient perçus par ses préposés. Le droit de gîte consistait dans l’obligation imposée à certaines maisons de recevoir le souverain dans ses voyages , et de le défrayer avec sa suite pendant son séjour. Nous avons vu le duc de Gascogne céder à Centulle les douze gîtes que le comte des Gascons avait le droit d’occuper. Nos vieux fors spécifient ce droit sous le nom d 'aubergade : « Où le sei-
• gneur a droit A' aubergade, il a droit de l’avoir
• avec un caver et un écuyer. » Ainsi, la suite du souverain pouvait être composée d’un chevalier et d’un écuyer. Depuis que nos souverains se sont éloignés du Béarn , on a fait l’évaluation de cette redevance, et le domaine en perçoit le prix sous
te nom d'altoéi'fjue. Les amendes formaient une portion considérable des revenus du souverain ; elles étaient le prix de la justice qpù’ü* rendait à ses sujette , et tes lois de ce siècle ri étaient presque que le tarif de ces amendes.
Enfin , une autre source de la richesse publique était 1» fabrication des monnaies. CentuBe céda au* irtoines de Clùny là dîme de son droit de monjftfétage; tes am-iens fors contiennent des réglentens snr cet objet; aujourd’hui même, où l’on ne frappe phi» des espèces conformes au titre des anciennes monnaies lyéaénaises' ,- ou emploie encore teur dénomination et Ton fait usage de leur valeur idéale; il importe de connaître tout ce qui concerne eet objet; cette connaissance est absolument nécessaire à l'intelligence de notre histoire.
Les anciens gouvertremefts n’avaient pas l’tdéé de cette espèce de tribut levé sur tes monnaies ; Fêtât faisait la dépense de leur fabrication. Charlemagne , qui paraît avoir suivi tes anciens principes de l'administration , fit fabriquer les monnaies sans altérer leur valeur réelle; la livre numéraire était* alors le poids d’urre livre d’argént de douze1 orfees ; le sou était la vingtième partie de cette livre, et le denier la douzième partie du sou. L’altération des monnaies commença' sous Charlesle-Chatrve, et s’accrut sous tes règnes suivans; mais elle dut offrir un profit médiocre; lespaic-
mem se faisaient alors avec des métaux, qu'on don? nait au poids, et les espèces n'étaient employées que dans les détails journaliers du commerce. Lorsque l’usage de la monnaie devint plus général, les propriétaires des monnaies se permirent des infidélités odieuses, telles que des altérations continuelles, des refontes ft;equcn,tes, et 1 alliage le plus illimité*. Les rois donnèrent ce funeste exemr pie ; jaloux d’être les seuls faux monuqyeufs dp leurs états, ils acquirent ou supprimèrent le droit que leurs vassaux avaient de fabriquer les espèces. Sous le régné de Saint-Louis, les barons avaient perdu le privilège de frapper les monnaies d’or et d’argent , et vers le milieu du quatorzième siècle , la monnaie souverain fut la seule admiseenFrance. Mais le Béarn , séparé de ce royaume dans le onzième siècle, conserva sa monnaie particulière* Toutes les espèces des états \oisius étaient réputées étrangères, et ix avaient aucun cours en Béarn* Les plus anciennes pièces de monnaies qui nous soient parvenues , portent d’un côté l’empreinte d’une tête avec ccs mots gravés à l’entour : Gast. Vie. et Dora. Béarn . On lit aq bas : Jioaor fuyc Morian.. Ces mots sigqifient le palaisdte la monnaie de Morlans. CesespèçGsétaient fabriquées à Morlans dans le palais du vicomte ; les ruines de eet édifice sont encore désignées sous le nom de la hourqvàe , en latin f uroa. Sur le revers de ces monnaies , on gravait une main tc-
nant une épée avec tes armes de Béafn , et pour exergue : Gratiâ Dei sum id quod sum. Nos livres se nommaient livres morianes , comme celles de France se nommaient livres de Tours, livres tournois. Le sou Morlans était la vingtième partie de la livre; on désignait le quart du sou par le mot ardit, liard; et ce denier avait une subdivision marquée par une petite pièce nommée baquetle ou petite vache. Ces espèces étaient la monnaie courante de la Gascogne entière.
Je présume que les anciens ducs de Gascogne avaient choisi le Béarn pour y fixer la fabrication de leur monnaie; l’argent entrait alors en Europe par l’Espagne. Les Sarrasins , maîtres du commerce de l’Orient , payaient en argent les marchandises de France qu’ils achetaient dans le marché de Sarragosse. La route d’Aspe était le canal naturel de ce commerce; elle offrait une position avantageuse pour l’établissement d’une monnaie; cette idée avait sans doute frappé les ducs de Gascogne, et Morlans fut choisi par eux pour être le lieu de la fabrication. Lorsque les vicomtes de Béarn succédèrent aux droits des comtes de Gascogne , ils devinrent propriétaires de la monnaie, et conservèrent le privilège de répandre leurs espèces dans les anciens états qui formaient le comté de Gascogne. En vain Edouard i.", roi d’Angleterre et maître de la Guyenne, voulut-il interdire cette circulation par un édit publié en
1 29 o > l’évêque , le chapitre , et la cité de Bazas , supplièrent Edouard de retirer cette défense. «Nous ne connaissons point, disaient-ils, d’au- » 1res monnaies que celles de Morlans. Nos rentes set nos cens sont stipulés en espèces de Béarn;
» quoique la monnaie appartienne à noble Gas- » ton , vicomte de Béarn , et quelle ait toujours » appartenu à ses prédécesseurs , il ne leur a ja-
• mais été permis de changer la valeur des es-
• pèces sans le consentement des évêques, barons »et communautés de FAnscitanie ; les espèces fabriquées à Morlans ont été de tout temps la » monnaie courante dans tout ce district. » Ces représentations eurent leur effet, et la défense fut levée. François i." autorisa l’introduction en France, de la monnaie de Béarn : il convint avec son beau - frère , Henri d’Albret , souverain de Béarn , que l’essayeur de Bayonne ferait les essais dans les trois hôtels des monnaies de Pau , Morlans et Saint-Palais. Cet essai fut fait. On trouva que la livre de Morlans avait une valeur réelle, triple de la livre tournois. Après cette évaluation, Henri ordonna que les espèces de Béarn seraient fabriquées au titre de France. Sous le règne de • Henri rv, les monnaies de Béarn se confondirent avec celles de la France.
De toutes les vexations fiscales auxquelles la France s’est vue perpétuellement exposée, la plus onéreuse peut-être et la plus injuste, sans doute.
est l’altération de» monnaies: chaque règne était l’époque d’une refonte nouvelle ; les espèces achetées au prix de leur valeur réelle , étaient revendues par le prince aru prix d’une valeur imaginaire , qu’on augmentait sans cesse en affaiblissant les monnaies. Ces variarions devinrent si fréquentes que l’ordre publie en fut troublé; le commerce languissait, le crédit national était nul , les fortunes des particuliers essuyaient des révolutions» imprévues, et le père de famille, riche la veille, était le lendemain: ruiné par le fisc. La France crut gagner beaucoup en abandonnant à ses souverains le droit d’établir des impôts, sous la seule condition que la monnaie ne serait plus altérée; les impôts furent établis et la monnaie fut en» eore altérée. Les souverains de Béarn n’employèrent jamais ces ressources dangereuses ; ils ne le pouvaient point, la constitution de leur état s’opposant à ces innovations arbitraires ; une barrière plus puissante encore était leur intérêt personnel ; ils étaient obligés, pour assurer la circulation de leur monnaie, de lui donner une dénomination fidèle.
Sous le gouvernement féodal, tout était converti en fief; au défaut des terres , on inféodait les emplois, et les souverains créaient alors des fiefs comme ils ont depuis créé des charges. Les registres de Sa»nfce*-Foi , de Morlans , en offrent un exemple que nous allons transcrire : « Moi , Gé-
»rard, monétaire, j’ai acquis du seigneur comte » Centulle , l’office de graveur de la monnaie, pour » moi et ma race , à perpétuité. Après lai mort du «comte, le seigneur Gaston, vicomte, a contesté «la vérité de mon acquisition;- je l’ai prouvée par » l’épreuve dn fer, et le vicomte alors a confirmé, » sur nia tête , 1» possession perpétuelle de cet o£* » fice , moyennant le paiement de cent sols"; et moi » je consacre la dixième partie de ce fief au cou- » vent de Sainte-Foi. »
Tout était fief alors; quiconque n’était? pas seigneur dépendait d’un seigneur, et la clasue des citoyens libres avait presque entièrement disparu. Dans Forigine de la monarchie , tout Français était sujet direct du roi'; trois ordres composaient l’état : c’étaient les ecclésiastiques , les nobles et les hommes fibres. Les nobles pouvaient seuls posséder tfes bénéfices; les hommes libres en étaient exclus. Dans la suite , la politique des souverains leur permit d’aspirer à la possession des fiefs; cfi lorsque ces concessions devinrent héréditaires , lorsqu’il fut permis aux hommes libres de choisir un? seigneur, même à l’exclusion du souverain, on les vit recevoir des portions de fief, ou dénaturer eux-mêmes leur alen pour le tenir en fief/ tant le titré de vassal ajoutait alors à' El considération personnelle; les hommes libres, qui ne purent point se faire admettre dans le corps féodal, furent exposés à' des violences continuelles,
Les uns se virent réduits a vendre leurs, aïeux soit à l’église, soit aux seigneurs, qui les incorporaient dans leurs fiefs; et la pauvreté les forçait à travailler, comme serfs, les mêmes fonds qu’ils avaient cultivés comme propriétaires. Les autres conservèrent leurs aïeux ; mais il ne leur fut pas permis de demeurer dans le ressort d’un fief sans s’assujétir à la juridiction du seigneur ; ils devinrent homme de poëste ou coutumiers. Ainsi s’éteignit en Europe , presque en entier, la classe des hommes indépendans , et le Béarn , en particulier, ne comptait , dans son dénombrement , que des ecclésiastiques, des seigneurs et des censitaires.
Les censitaires formaient trois classes; les uns étaient des personnes libres, travaillant pour eux les biens dont ils étaient propriétaires ; ils payaient à leur seigneur des redevances fixes; ils étaient tenus envers lui d’un service personnel, et le seigneur, de son côté, leur devait protection et défense. Les autres étaient des laboureurs attachés à des métairies dont ils portaient le nom : ils formaient, pour ainsi-dire, une partie du fonds, et passaient avec la métairie à quiconque en acquérait la propriété. Ces laboureurs étaient en quelque sorte des esclaves fermiers ; ils payaient à leur maître une. rente fixe pour la terre qu’ils cultivaient ; et, dès qu’ils avaient payé ce tribut , le reste des fruits leur appartenait. La dernière classe était celle des esclaves : attachés à la glèhe
et vendus avec elle, ils ne pouvaient exiger de leur maître que la subsistance et le vêtement. Ils ne pouvaient rien posséder en propre ; leur industrie et leur économie même ne leur appartenait pas; en un mot, rien ne les distinguait de ces animaux domestiques qui partageaient avec eux la culture des champs. Le nombre des serfs était prodigieux : quiconque ne pouvait payer l’amende due au seigneur pour un délit , quiconque était à quelque autre titre débiteur insolvable, était surle-champ réduit en esclavage ; la guerre , la disette , la pauvreté multipliaient les serfs , et la superstition même fit des esclaves. Quelques hommes se donnaient, eux, leur famille et leurs biens, à des monastères; ils cessaient detre hommes pour prendre le titre de chrétien donat. Toutes ces différentes espèces de servage existaient en Béarn. Nous avons déjà vu des seigneurs donner des paysans à des églises; nous en verrons encore d’autres exemples. En un mot, l’état du peuple était en Béarn ce qu’il était en France;, le peuple était compté pour rien : les communes n’existaient point encore , et la constitution n’admettait que deux ordres , la noblesse et le clergé.
L’étendue du Béarn était fixée par les anciennes limites des vicomtés de Béarn et d’Oloron , qui furent réunies en un seul corps d’état par Cen- , tulle. Les limites du Béarn étaient Clarac d’un côté , Argagnon de l’autre : c’est une conjecture
fondée sur la position des gîtes cédés à Centulle par le comte deiGascogae. Le premier gite^est à Glarac , et le dernier est à Argagnon. Orihez ne dépendait^ point encore du Béarn ; il avait ses barons, Ezius. et Brumosus. Centulle avait acquis la propriété de Salies, ot :1a presqu’île formée par les deux gavos appartenait presque en entier au souverain de Béarn. Presque tous les villages que nous possédons aujourd'hui existaient déjà au dixième siècle. Nous retrouvons leurs noms dans les monumens de ce siècle , oes noms étaient ceux des gentilshommes qui fondèrent les villages. Ces bourgades étaient distribuées en plusieurs quartiers ou rvics. L'un de cos vies se nommait le Vie vieux ou ViiobUh-, soit qu'il .eut été le plus anciennement peuplé , soit ■qu’il fût le plus ancien patrimoine de nos souverains. La position des montagnes et ie cours des ruisseaux formaient b division naturelle de6 vies : c'est ainsi que le vie de Larbuig, ou latiu ljarvailis , était la vallée formée pgr le ruisseau Lar ou Laa. Les villages placés sur sos> rives , depuis «a source jusqu’à sou embouchure , composaient ce ressort; tels étaient VieilkMSegur , Lagor, Maslas, l’hôpital dOriou, Sainte-Suzanne, etc.
Les vies avaient une administration et un tribunal particulier. Nous avons vu la cour du vie des ^Rivières à Navarrens, prononcer ««jugement, sur le procès des moines de Luc. Observons enfin
que cette manière de partager un pays venait des Germains. Leurs cités étaient divisées en cantons, pagi ; et les cantons comprenaient .plusieurs villages , vici. Nous avons donné à nos cantons le nom de vies , que les Germains donnaient à leurs villages.