‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 10 sur 35 · QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME SIÈCLE

En 1401, Jean V succède à son père. Cette même année., Nantes fut affligée d'une épidémie qui régna depuis le mois d'avril jusqu'à la Toussaint. Un ouragan survenu le 3 juillet , déracina les arbres du cimetière Saint-Pierre, renversa les cheminées et démantela les fortifications ; des toits de maisons et d'églises furent emportés. L'année précédente, la duchesse avait accordé à la commune de percevoir , pendant toute sa vie, 2 sous par muid de sel , de blé , et d'autres marchandises passant sous les ponts , et les autres impôts , tels que le produit de la pèche du dimanche , destinés à leur réparation. En 1406 , un statut du synode prescrivit aux curés de tenir registres des naissances. En 1407 , le duc accorda aux Nantais une foire de 15 jours , avec la liberté d'en fixer le temps et le lieu , elle se tint d'abord sous les halles, dans les 15 premiers jours de janvier. Le duc concéda de plus , aux habitants de l'enceinte de la ville , une exemption de fouages , et créa l'office de jaugeur des tonneaux. En 1410 > la propriété

des jacobins fut détruite par un incendie ; la même année, Gilles Debiest reçut ordre de cboisir, parmi les habitants, un nombre d'hommes suffisant pour garder les portes de Nantes , et de les salarier convenablement. En 1411 , le duc confirma la création des deux procureurs de la commune et leur accorda la police du pain; il permit aussi d'établir , sur le port Maillard, une horloge publique. Il y avait alors à Nantes 7 hôpitaux : celui de N.-D., hors des murs; celui de Saint-Lazarre , sur les Hauts-Pavés; celui de Toussaint , sur les Ponts ; celui de N.-D. de Pitié , rue du port Maillard; celui de Sainl- Julien, près la collégiale; celui de Saint-Jean, [>rès les Cordeliers ; enfin celui de Sainte-Catherine , au-delà de PErdre. Au prieuré de la Magdelaine, à la même époque, l'on enseignait le plain-chant , la scolastique et la grammaire. En 1414, le duc confirma aux Nantais le droit exclusif de vendre, dans leur cité, le vin et les étoffes ; la même année , eut lieu le plus grand débordement de la Loire dont il soit parlé dans nos annales; l'eau s'éleva, dit Travers, de 24 pieds. En 1416, l'évêque défendit les charivaris , sous peine d'excommunication : ce fait nous prouve l'ancienneté de cette coutume.

En 1420, le comte de Penthièvre s'empara de la personne du duc , dans le but de s'approprier plus tard le duché. Mais après une guerre cruelle,

il fut contraint de le relâcher. Ce dernier , pour reconnaître la fidélité des bourgeois de Nantes , leur accorda le droit d'élire un conseil de 10 ou 12 notables , pris dans leur sein, pour les représenter , et diriger en leur nom les affaires communes. C'était, comme on le voit, une immense amélioration. La même année, il accorda à la confrérie de Toussaint de construire un moulin à eau sur la Loire. Le froment valait alors 13 sous le setier ou 6 livres , 10 sous le tonneau. En 1424, Je duc confirma l'érection de la communauté de ville, et permit d'imposer un droit sur les vins débités dans le fief de l'évêque , pour servir à l'achèvement du clocher de Saint-Pierre. Un traité conclu en 1430, entre le duc et le roi de Castille , prouve que nos commerçants commençaient à avoir des relations actives avec la côte septentrionale de l'Espagne , dont on importait à Nantes une grande quantité de laine.

C'était , depuis long- temps la coutume de promener, nuds par les rives et de porter ensuite surPautelde la cathédrale où on les aspergeait d'eau bénite , ceux que l'on trouvait au lit le lendemain de Pâques , et de mettre a l'amende ceux que l'on y trouvait le l. cr mai. Cet usage fut aboli , ainsi que la fête des fous , par le concile qui se tint à Nantes, en 1431. Les coutumes du carnaval leur succédèrent , comme our prouver que l'homme ne peut renoncer ses folies.

En 1434 , le duc jeta les fondements d'une nouvelle cathédrale beaucoup plus spacieuse que l'ancienne. Il posa la première pierre de son magnifique portail, le 14 avril, comme nous l'apprend cette inscription placée sur la grande porte :

L'an mil quatre cent trente quatre , A my avril, sans moult rabattre , Au portel de cette église, Fut la première pierre mise.

Le pontife accorda des indulgences à ceux qui contribueraient à la construction de ce monument , donc le duc poussait les travaux avec activité. La ville, la même année, fit bâtir , au bas de la place du BoufFay , une maison où se tinrent d'abord ses réunions , et qui fut ensuite transformée en arsenal. Elle existe encore aujourd'hui.

En 1440,1e duc fonda la chapelle Saint-Yves, dans la rue des halles. En 1442, des réparations furent faites au Port - Maillard , sur lequel on n'arrivait que par un pont couvert d'un toit d'ardoises ; la même année , le pont de Saint- Nicolas fut relevé, et la douve nettoyée; ce pont servait à faire communiquer la rue Saint-Nicolas avec cette partie de notre ville, qui forme maintenant la place Royale et le nouveau quartier. En 1444, la chapelle de Bon-Secours fut fondée, pt la tour de Sauve-Tout fut achevée. En 1445,

le duc convertit en une Chartreuse le. collège des chanoines établi à Saint-Donatien. Le tonneau de froment valait, cette année-là, 14 liv. 15 sous.

En 1449, l'église Saint-Nicolas fut rebâtie. En 1451 , les négociants voulurent se soustraire au tribut; mais le duc les y condamna par une ordonnance. En 1 453 , fut élevé le clocher de la collégiale de Notre-Dame. Les religieuses de Sainte- Claire fondèrent leur communauté, et les moines de Redon bâtirent la chapelle de Toutes-Joies, en 1447. Sous le règne du duc Arthur III, qui mourut en 1458 , il fut brûlé force sorciers et sorcières \ déjà l'on commençait à s'ocuper vivement d'alchimie : Gilles-de-Retz, condamné en 1440, pour ses crimes, à être brûlé, n'était qu'un fou qui., après avoir dissipé une immense fortune, s'était imaginé de s'occuper de la recherche de la pierre philosophai^ puis ensuite de magie.

En 1460, fut fondée l'université, dont un règlement établissait ainsi la composition: un théologien, 41 canonistes, 27 légistes, 4 médecins ou physiciens, 4 maîtres ès-arts. Cette institution prête à de nombreuses réflexions, aujourd'hui qu'elle n'est plus qu'un souvenir de cette époque d'ignorance et d'études scholastiques que nous avons laissée si loin derrière nous ; cependant elle produisit beaucoup de bien. L'année salivante ? sous prétexte d'acquitter un vœu £

Saint-Sauveur de Redon, Louis XI vint à Nantes, où il fut reçu par le duc avec plus d'ostentation que de franchise.

Il est curieux de suivre, à travers les siècles, les prix relatifs de la main-d'œuvre et des substances de première nécessité : aussi le tableau suivant, dans lequel j'ai mis en regard quelques-uns de ces prix et leur valeur monétaire actuelle, offrira nécessairement de l'intérêt.

Journée découvreur. ...... 3 4 ou 4 »

de maçon.. 3 » 3 GO

de manœuvre 18 2 »

de id. avec la brouette. .2 6 3 »

Une pelle 16 1 80

Une pipe de chaux 11 8 14 a

Le fer ouvré, la livre » 6 » 60

Le plomb ouvré » 7 » 17

Le pot d'huile de noix 18 2 »

La cire ouv rée 3 4 4 »

Le cent d'ardoises 2 6 3 »

La paire de souliers 3 5 4 »

Le setier de blé (prix élevé) ... 30 » 36 »

Nous donnerons par suite les moyens de vérifier ce fait, que le prix des salaires, proportionnellement à celui des subsistances , va en décroissant depuis le moyen âge jusqu'en i830, tandis que les denrées de seconde nécessité , et surtout les produits fabriqués ,

n'éprouvent une notable diminution, qu'à partir du dix- septième siècle ; mais il suffit maintenant de l'énoncer. L'on concevra d'ailleurs aisément que les guerres et les épidémies du moyert âge, qui abaissaient le terme moyen de la vie humaine et diminuaient le nombre des ouvriers, fussent des conditions favorables a l'élévation des salaires : la valeur de la main-d'œuvre, comme celle de toutes les denrées, s'avilit quand elle abonde sur le marché. On doit observer, en outre, que les corporations qui se formèrent lors de l'affranchissement des communes , ont toujours eu pour effet, ainsi que l'état servile des paysans, de restreindre le nombre des ouvriers libres, et de poser une limite à la concurrence. Quant aux produits de seconde nécessité, l'abaissement de leur valeur a été une suite du perfectionnement de l'industrie.

En 1461,1e duc fonda l'aumônerie dé l'Erail.

En 1464, parut à Nantes le premier almanach.

En 1465, le duc et son conseil décidèrent que chaque jour 14 ecclésiastiques et autant de séculiers seraient préposés à la garde des portes de ville, pendant la nuit. En 1466, les Nantais obtinrent la permission de faire bâtir fours et moulins ; d'avoir chez eux colombiers , aunes , boisseaux, balances, etc., sans payer de redevances; ils furent exemptés aussi du droit de ventes pour toutes les acquisitions faites par eux sous le fief du duc ou de la Prévoté. Eu 1467, le château

du Bouffay fut donné par le duc en usufruit à Guiomar , son valet de chambre. En 1468 , fut bâtie la chapelle de Saint-Antoine de Padoue, devenue depuis église des

Je ne puis passer outre sans parler de deux hommes célèbres qui ont eu influence dans notre cité : Meschinot et Landais.

Meschinot , écuyer , sieur des Mortiers , surnommé le Banni de Liesse , a laissé un recueil de poésies , intitulé : les Lunettes des Princes , qui fut publié, à Nantes , en 1493 , par Estienne Larcher,le premier imprimeur que nous ayons eu dans notre ville. C'est en vain que Ton chercherait dans ses écrits le charme qui règne dans ceux de Ronsard, de Marot et de nos autres vieux poètes. Meschinot n'était qu'un homme de bon sens, sachant rimer ses pensées et les habillant de son humeur chagrine qu'il prenait pour de la mélancolie poétique. Cependant il eut de la vogue, d'abord parce qu'il était haut placé dans la société, ensuite parce que les hommes qui savaient écrire étaient très-rares à cette époque. Nous lui rendrons d'ailleurs cette justice , que ses écrits renferment d'excellents conseils et des leçons utiles. Meschinot fut beaucoup lu, et dut nécessairement produire quelque bien.

Landais avait un autre genre d'esprit > c'était un homme bien supérieur au banni de Liesse; fin , adroit, entreprenant, doué de ce courage que

donne une grande capacitéel la conscience de son génie, fils d'un tailleur de Vitré, et tailleur luimême, il devint trésorier où premier ministre du duc. Quoique sans naissance, il neplia point devant la noblesse qu'il méprisait , et sut contenir le clergé , si disposé à l'usurpation. Le peuple seul n'eut pas à s'en plaindre. Avide comme un parvenu , excellent pour ses parents , sur lesquels se reportaient tous ses projets de fortune , il sauva la province des envahissements du roi de France , servit fidèlement son prince et développa un admirable talent comme administrateur et comme politique. Il eut , du reste , les vices de son temps , et commit des exactions , des bassesses et des cruautés qui le conduisirent à une fin tragique.

Sous le régne de Landais , car c'était réellement lui qui gouvernait sous le nom du duc , les fortifications furent réparées , deux tours furent construites par la communauté des bourgeois; des canons , les premiers qui parurent à Nantes , furent placés sur les murailles , et la ville en fondit 24 autres avec leurs boîtes. On se servait alors de boulets de plomb ou de pierres, ceux-ci venaient de Daoulas , en Basse-Bretage. Ce fut encore, grâce à Landais , que les chefs des bourgeois de Nantes reçurent , en 1478 , l'invitation d'envoyer des députés aux états , où. ils furent représentés pour la première fois. Sorti du peuple , il protégea spécialement le

peuple 9 soit en haine des nobles 9 soit par sympathie pour les hommes de sa classe , soit encore par conscience instinctive de l'avenir. Ce fut lui qui fit abolir presque tous les droits féodaux dans le fief du duc, en même temps qu'il encourageait la science dans ses moyens de propagation : la librairie et l'imprimerie. À l'extérieur , comme à l'intérieur , il agissait avec habileté , en contractant des alliances et des traités de commerce utiles à la province. Par les relations qu'il sut établir avec la Hanse- Teutonique, nos sels et nos vins trouvèrent des débouchés 9 tandis que nos blés se plaçaient avec avantage dans le nord de l'Espagne. En .même temps , sous le nom de jeux du Papegaut , il faisait établir un tir de l'arbalète , afin d'avoir toujours , à la disposition de son maître , des soldats exercés , et d'entretenir l'esprit , guerrier si nécessaire à, un petit état voisin d'un grand.

En 1472 , le duc permit à la communauté de la ville de percevoir un denier par livre sur toutes les marchandises qui entraient à Nantes , et 2 sous par muid sur toutes les denrées mesurables ; cet impôt était destiné à entretenir les fortifications. En 1473 , Landais fit bâtir l'hôtel de la Bouvard i ère , aujourd'hui hôtel de Briord. En 1475 , il y avait beaucoup de vignes autour de la ville , à Richebourg, Saint- Clément , Saint-André et sur la moite Saint- Nicolas. Le froment valait 26 sous 8 deniers

le setier, et le seigle 22 sous 7 deniers. En 1477, deux portes de bronze > représentant Saint-Pierre et Saint-Paul , furent placées à la principale entrée de la cathédrale. En 1482 , les cordonniers et les pâtissiers obtinrent du duc des privilèges et des statuts. En 1485, Landais fut mis à mort par la noblesse , à l'insçu du prince , dont il était le favori* Il laissa des biens immenses et une fille unique qui épousa le sire Arthurd L'épervier de la Bouvardière.

Les défiances qui avaient toujours existé entre la Bretagne et la France devinrent plus fortes que jamais, et bientôt Charles VIII , sans qu'on en connaisse le motif, fil mettré le siège devant Nantes. Mais , au bout de sept semaines de blocus , ses troupes furent forcées de se retirer. La même année , les tours de la Prévoté furent construites. La ville voulut aussi faire entourer la Fosse et le Marchix d'une enceinte de murailles, mais cette entreprise fut au-dessus de ses forces. En 1487 , les Français revinrent encore assiéger Nantes. Les études cessèrent à l'Université, les paroisses et les monastères donnèrent leur argenterie pour fournir aux frais de la guerre , et, grâces a l'unanimité des habitants , cette seconde tentative échoua comme la première.

Le XV. 6 siècle avait commencé par des famines et des épidémies , il se termina par des guerres qui nuisirent beaucoup à la prospérité de Nantes \ puis , vinrent à leur suite , de nou-

velles épidémies extrêmement violentes , qui moissonnèrent un grand nombre d'habitants. Cependant , sur la fin du siècle, Anne de Bretagne • par son mariage avec le roi de France , ramena la tranquillité. En 1493,1a ville fit bâtir aux Changes une nouvelle maison commune; et le vitrage du maître-autel Saint-Nicolas, le plus beau de la province , fut commencé au moyen d'une taillée de 5 sous par ménage et de moitié pour les célibataires. La même année, le roi de France , maître dé la Bretagne , depuis 1491 , établit un conseil d'administration de la province qui devait siéger six mois à Rennes , six mois à Nantes. La ville lui fournit la maison de Beau-Soleil , dans la rue du même nom. En 1495 9 Charles VIII fixa les séances de la chambre des comptes dans la maison de Montfort, aujourd'hui hôtel de la Suze.

Le comté nantais, en 1496, fournit au roi deux bâtiments pour le transport de son artillerie dans le royaume de Naples; et, pour sa part, notre ville y contribua par une somme de 3750 livres, empruntée au denier 20 (ce serait aujourd'hui 75,000 liv.). En 1498, les revenus de la ville s'élevaient à 5761 liv., et les dépenses annuelles, à 1200 (ce qui faisait 115,220 fr. de revenus, et 24,000 de charges de nos valeurs actuelles). En 1499 # Anne revint à Nantes, après la mort de son mari. Elle y fut reçue avec des fêtes superbes, pour lesquelles

la ville s'endetta, ce qui était dès-lors une coutume. On représenta , dans les carrefours , des pièces intitulées : la Feinte de la Fortune 9 le Mystère de la Vérité, le Mystère du jugement de Paris et une Pastorale dans un Bocage. On oublia, du reste, de réparer les ponts, emportés en partie, Tannée précédente, par une crue de le Loire.

L'on a beaucoup discuté pour savoir si les ducs de Bretagne étaient ou n'étaient pas vassaux du roi de France. Après avoir compulsé les faits qui peuvent éclaircir cette question, il m'est resté démontré que nos ducs, antérieurs a nos rois, ne relevaient, pour me servir de leur expression , que de Dieu et de leur épée. Faibles , ils ont prêté hommage à un voisin puissant qui pouvait les écraser; forts, ils l'ont constamment refusé.

Il est un fait plus important, la réunion de la Bretagne à la France, auquel on n'a point donné toute l'attention qu'il méritait. On peut et l'on doit y voir autre chose que la suite d'un mariage. La loi de l'unité politique des empires, dont la force constante agit sans relâche, n'a pas été sans influence pour opérer cette réunion. Aussi un pareil sujet pourrait-il servir de texte à des développements historiques et philosophiques du plus haut intérêt sur l'évolution des grands états. Mais ce n'est pas ici le lieu de le traiter,

SEIZIÈME SLÈÇLE.

Si le XVL e siècle et les deux tiers du XVII.» ne furent pas aussi riches en guerres que les précédents,, ils ne leur cédèrent point en malheurs publics. Dès 1501 , la peste règne à Nantes et fait périr 4000 personnes (la population ne s'élevait pas encore à 40 mille habitants). La ville, pour en arrêter les progrès, ordonna une procession à Monsieur Saint-Sébastien^ dans laquelle on porta un cierge du poids de 20 livres. Les sergents reçurent, en outre, l'ordre de faire sortir les malades de leurs maisons et d'apposer les sceaux sur les portes. En 1522, nouvelle épidémie qui dura deux mois, pour recommencer en 1523. En 1525, grande cherté de grains.

Famine en 1527. En 1529, la misère est extrême , et bientôt à la porte de l'hôtel de Briord , à celle de l'évêque , autour des maisons des principaux bourgeois, se presse une foule affamée qui demande du pain : c'est au mois de décembre; le froid et l'humidité se réunissent encore contre cette populace pour l'exterminer. Les galetas, les lieux publics, où s'assemblent les malheureux, sont bientôt remplis de malades; partout où ils se trouvent entassés, l'odeur putride de leurs vêtements en lambeaux qu'ils sèchent à la chaleur de la foule, et la présence d'un grand nombre d'individus, suffisent pour vicier l'air et le rendre mortel à ceux qui le respirent. Quelques jour? encore, et l'on voit

couchés pêle - mêle , sur une paille fétide , des hommes sains, mais fatigués par les privations; des malades dont les yeux fixes et caves, l'extrême faiblesse, la position sur le dos, l'odeur infecte d'excréments , indiquent la fâcheuse situation, et des cadavres qui respiraient encore il n'y a qu'un instant. Les fossoyeurs ne suffisent plus ; dès-lors à l'insalubrité de rues sales et tortueuses, larges quelquefois de 7 à 8 pieds, souvent moins; aux habitudes arriérées de l'époque, se réunit l'infection de maisons , remplies de morts et de mourants , et celle des immondices jetées par les fenêtres, dont les émanations sont toujours plus dangereuses pendant des épidémies. Les classes plus élevées souffrent à leur tour ; la contagion gagne, elle s'attaque aux riches bourgeois , aux nobles et au clergé. Les uns, pour détourner ce fléau, adressent au ciel des prières impuissantes; d'autres quittent la ville; la communauté des bourgeois s'occupe presque seule des mesures de salubrité. Par ses ordres onfaitsortirles malades pour lesconduire aux hospices ; l'on enferme sous cadenas ceux qui veulent rester chez eux ; on enterre les cadavres, et toutes les maisons pestiférées sont scellées du sceau de l'état; mais rien de plus: aucune mesure de propreté n'est employée 5 les porcs mêmes peuvent encore vaquer en liberté dans les rues. Cependant la violence de l'épidémie diminue , et déjà l'on se félicite des succès obtenus 5 mais

PROGRES DE KAOTES.

bientôt le mal, que Ton avait cru vaincre en le limitant dans quelques localités avec des mesures juridiques, reprend des forces; l'infection, concentrée dans les prisons , s'échappe par mille issues, et, Tannée suivante, Ton est réduit à décréter la peine de mort contre les malades et les convalescents qui se présenteraient en public. En 1532 , nouveaux malheurs : à la maladie épidémique se joint la syphilis, qui se présente sous mille formes, toutes plus horribles et plus cruelles les unes que les autres : ce fut ainsi pendant quatre années consécutives; mêmes précautions insuffisantes et mêmes souffrances pour le peuple; la peste, la misère et l'ignorance semblaient faire pacte pour désoler notre cité. Le roi , touché des efforts de la communauté des bourgeois, lui accorda, en 1532, la direction des hospices, qu'il retira au clergé. L'on avait soigné dans ces établissements, aux frais de la ville, tous les malades qui s'y étaient présentés, et cependant ils s'étaient endettés de beaucoup.

En 1538 , la ville emprunta pour fournir des vivres aux pauvres que la disette amenait à, Nantes. En 1545 , elle emprunta de nouveau pour le même motif. En 1549 , nouvelle épidémie. En 1552, disette et grande mortalité, la ville vint au secours des pauvres par des travaux publics. En 1553 , la mortalité continua. En 1569,1a Loire déborda , les eaux montèrent de 21 pieds 3 pouces , puis une maladie pestilentielle succéda u cette inondation»

En 1583 , la police rédigea un règlement pour arrêter la peste qui continuait ses ravages : il fut prescrit à chaque habitant de balayer sou pavé , sous peine d'amende ; on décida qu'il serait établi des latrines dans toutes les maisons qui en manquaient , et que les anciennes fosses d'aisance seraient visitées , que leur vidange aurait lieu la nuit, depuis 10 heures du soir jusqu'à 2 heures du matin ; que pour neutraliser l'odeur, les maisons seraient parfumées avec de l'encens; que trois fois par semaine il serait allumé dans les carrefours un feu public pour lequel chacun fournirait un fagot de bois sec ou 5 sous d'amende ; que les maisons pestiférées seraient nettoyées , soit aux frais des propriétaires, soit aux frais des fermiers; que les malades et les convalescents seraient habillés de bougran avec une croix blanche sur la poitrine et une autre sur le dos, et qu'ils porteraient une baguette blanche à la main ; qu'il en serait de même du chirurgien du Sanitat ; que les domestiques de cette maison ne sortiraient pas sans avoir aussi eux une baguette blanche à la main avec une cloche au bout pour avertir toute personne saine de s'écarter; qu'il serait nommé un médecin et un chirurgien pour visiter les malades à domicile, et trois fois la semaine au sanitat ; que les malades se feraient transporter à l'hospice la nuit et par les ruelles ; que les convalescents qui se présenteraient en public avant

quarante jours seraient fouettés., ou paieraient 10 écus d'amende ; que les morts ne seraient pas enterrés au cimetière de la paroisse ; que chaque dizainier serait tenu de faire connaître les malades de son quartier dans chaque desquels seraient établis gens de bien et d'honneur pour veiller à V exécution du règlement.

La maladie cessa ses ravages , grâces à plusieurs de ces précautions qui étaient très-sages , mais ce né fut pas pour bien long-temps , et les années 1596, 1597 , 1602 , 1603 , 1612 , 1624 , 1625, 1631 , 1632, 1633, 1637 et 1662 , présentèrent de nouveau le spectacle horrible d'épidémies meurtrières.

11 est facile, en y réfléchissant , de se rendre compte de ces pestes dont Nantes a tant souffert : sa position au bord de la rivière , les inondations plus fréquentes de la Loire par suite du plus grand volume de ses eaux et des barrages établis sous plusieurs ponts , les marécages de PErdre , la douve St. - Nicolas , les fossés du Château, la disposition intérieure des maisons, Pétroitesse des rues dans lesquelles Pair ne circulait pas, les communications qui existaient souvent d'un côté à l'autre , l'habitude où l'on était de loger plus à l'étroit qu'aujourd'hui , l'entassement des pauvres et des vagabonds dans les galetas et dans les greniers , le manque de latrines que les règlements de police ne parvinrent pas à faire établir partout , les réunions

plus nombreuses et plus longues pour les pratiques du culte, enfin la situation précaire du peuple , étaient autant de sources et de causes puissantes d'insalubrité. Il faut ajouter que la médecine n'était exercée que par des ignorants, que Part lui-même avait fait peu de progrès , et que fréquemment les médecins comme les prêtres refusaient leurs soins aux malades.

On s'étonne souvent que la population ait pu augmenter malgré des mortalités si fréquentes et si nombreuses, mais il faut songer que chaque année de misère qui enlève une partie du peuple est suivie d'un nombre beaucoup plus considérable de mariages et de naissances ; la population et les subsistances tendent constamment à se faire équilibre. Malheureusement la production en hommes a souvent dépassé, jusqu'ici, la production en subsistances , et lorsque des guerres n'ont pas corrigé cette exubérance , ce sont des années malheureuses qui ont servi à vider le trop plein de la société, ainsi s'est vérifiée plusieurs fois la règle cruelle de Malthus. Cependant il est vrai de dire que souvent aussi ce sont les guerres qui ont amené les famines en ravageant le sol, et que les maladies pestilentielles qui ont succédé à ces dernières n'ont été qu'un accident humain et nullement providentiel; il est vrai de dire encore que fréquemment les chaleurs de l'été ou les inondations de l'hiver, jointes aux conditions alors

existantes d'insalubrité ont produit des épidémies violentes dans des années ou la population n'excédait en aucune façon les denrées alimentaires. Le dessèchement des marécages del'Erdre, l'élargissement des rues , la salubrité toujours croissante par suite d'une hygiène mieux entendue , l'abaissement du prix des choses de seconde nécessité 9 telles que les tissus, une police meilleure et l'excellente position des quartiers nouveaux nous ont préservé jusqu'ici depuis bien des années et nous préserveront sans doute encore k l'avenir.

Revenons aux faits qui concernent les progrès de notre cité. En 1501 9 Guillaume Larcher publia un missel , à l'usage de Nantes , imprimé en caractères gothiques. En 1504 , le roi établit le service du guet. La même année, fut bâtie l'église Sainte-Catherine , dont le quartier a conservé le nom. En 1511 , Louis XII fit remise à la ville de plusieurs droits, pour 10 ans, dans le but de l'aider à exécuter des travaux publics. En 1513, fut construit le pont d'Erdre, en face du nouvel hospice. Le premier quai de la Fosse date de 1514, ainsi que la démolition de plusieurs écluses qui gênaient le cours de la Loire. En 1515, le roi acheta plusieurs maisons pour faire construire un palais de la cour des comptes. Les églises servaient encore, à cette époque, de lieux d'asile. — Les enfants exposés restaient à la charge des

paroisses où on les trouvait. — Les enfants majeurs et même mariés 9 s'il faut en croire Guymard , ne contractaient que sous l'autorisation de leurs parents. — Les ponts de la Loire étaient en bois.

En 1517, François I er demanda le consentement de la ville, comme étant l'une des 12 principales du royaume , pour le mariage de sa fille. En 1518, la ville s'endetta de 3,000 liv., pour faire au roi des présents et une belle réception. La même année , les confréries commencèrent à se montrer aux processions avec d'énormes cierges. En 1519, les états s'opposèrent à la perception d'un droit sur le sel. Le revenu de la ville était alors de 5,500 livres. En 1532 , le roi de France nomma à l'évêché de Nantes, sans élection du chapitre; à son passage à Nantes , il réunit la Bretagne à la France^ par un édit qui fut enregistré à Paris et au conseil de la province. Ce furent les gens de sa suite, et peut-être lui-même, qui apportèrent chez nous la syphilis. En 1538, le roi confirma rétablissement du conseil de Bretagne , sous le nom de grands jours. L'année suivante, il fut fait un plan de la ville, dans le but d'en fortifier les faubourgs et les ponts et les états de Bretagne abolirent les privilèges des clercs mariés et les excommunications pour dettes. En 1544, un édit du roi établit à Nantes une maîtrise des eaux et forêts. En 1545 , Jean Dodo

accorda à l'hôpital 50 livres de rentes , à condition d'y recevoir pour leurs couches les femmes et les filles nécessiteuses. La même année , la chaussée de Barbin , dont les moulins appartenaient aux évêques , et qu'ils avaient élevée de beaucoup 9 fut abaissée par ordre du roi. En 1549 , le quai Maillard fut commencé les marchands d'Orléans offrirent d'y contribuer pour 2000 livres , environ 50 mille francs d'aujourd'hui. En 1550, la ville acquit la maison de la Porte-Blanche, située rue des Carmélites , Occupée alors par l'école de droit. En 1551 , un édit du roi érigea le siège de Nantes en un présidial, composé de 12 membres , savoir : le sénéchal , l'alloué et le lieutenant, 7 nouveaux conseillers, un avocat du roi et un greffier. La même année , le Pilory fut transporté sur la place du BoufFay.

En 1553, la ville avait à ses gages, un procureur , un priseur , des huissiers , un concierge et un trompette. Ses assemblées se composaient du gouverneur du château , du connétable , du sénéchal , de l'alloué , du lieutenant , du prévost et de quelques habitants ; les délibérations se faisaient de vive voix , ou s'écrivaient sur des feuilles volantes^ elle sollicita , mais sans l'obtenir , le droit d'avoir un maire et des échevins. Des religieuses du Quint-Ordre de Saint-François tenaient alors école gratuite pour les filles. Le capitaine du guet, ou connétable , recevait

60 livres par an ; chaque chef de maison était tenu de monter la garde , une fois le mois 9 sous peine de 10 deniers d'amende.

En 1554, Jean Cornichon établit un bureau de postes à Nantes, qui devint bientôt bureau royal. Jusques-là on n'avait eu de communications avec Paris que par occasions ou par des messagers envoyés exprès. L'institution des postes existait déjà en France depuis près d'un siècle, lorsque notre ville fut appelée à en jouir.

En 1556 , une ordonnance du roi permit à tous bourgeois et manants d'acquérir des fiefs nobles, en les affranchissant des droits de francsfiefs et nouveaux acquêts; elle vint confirmer le privilège accordé déjà par Landais à tous ceux qui dépendaient du fief de la Prévôté. Un synode, qui se tint la même année, prescrivit aux curés d'établir de nouvelles écoles. En 1557, la ville adressa un mémoire au roi , pour se plaindre des gabelles. L'impôt, trop onéreux, avait, disaitelle, réduit à 10 mille écus une vente qui allait autrefois à 500 mille > et diminué les revenus du roi de 50 mille livres. La même année, les négociants menacèrent de quitter, si le comte de Sauzai, lieutenant du château, continuait ses exactions ; ces plaintes furent écoutées. A la même époque,' la rue des Halles fut détruite par un incendie. Le quartier de veau se vendait alors de 5 à 8 sous, et celui de mouton, 6 sous, terme moyen. Un recensement du même temps porte

à 2310 le nombre des hommes en état de faire le service militaire. Ce fut encore en 1557 que l'aumônerie de Saint-Clément fut transformée en collège, et que Ton traça le plan de la nouvelle ville du Marchix. En 1558, il fut permis à l'exécuteur des hautes œuvres de s'emparer des porcs qu'il trouverait dans les rues. — Les glaces emportèrent les ponts de Pirmil et de la Sausaye.

Nous arrivons enfin à l'année 1560, dans laquelle les Nantais furent autorisés par François II à élire un maire et dix échevins. L'année suivante, le marché, qui se tenait jusques-là sur la place des Changes , fut transporté sur celle du Bouffay, alors plantée d'arbres. Les calvinistes commencèrent a cette époque à devenir nombreux dans la ville; leurs lieux de réunions étaient l'auberge du Chapeau-Rouge, le Marchix, la Gâcherie et un pressoir près de l'Ocquidi.

En 1564, la dette de la ville était de 34,700 livres. Le 28 décembre, eurent Heu, aux Cordeliers les premières élections municipales, sous la présidence de Michel Desforts, conseiller au parlement; Geffroy Drouet fut choisi pour maire. Les attributions de la municipalité, publiées à son de trompe le mois suivant, étaient de faire la police dans tout ce qui concernait les poids et mesures, les fours et moulins, les divers métiers ; de punir d'amendes , de corrections et de prison ; de nommer et destituer les officiers de la ville, avec appel au parlement et punition

par les juges royaux, dans les circonstances graves où les condamnations des échevins n'auraient pas été suffisantes.

Un édit du roi de la même année érigea à Nantes un consulat ou tribunal de commerce, composé d'un président et de deux juges dont l'élection fut accordée aux marchands.

En 1565, la nouvelle mairie entra en exercice et s'occupa de fixer un maximum pour les marchandises courantes. Le vin d'Anjou fut taxé à trois sous et demi le pot, celui de Bordeaux à cinq, la livre de suif à deux sous six deniers; il fut défendu aux charretiers de jouer aux cartes dans les cabarets; et la reconstruction du pont de Pirmil fut commencée. Alors sur la fosse habitait, dans la maison des Tourelles , un riche négociant nommé Rhuys, que le roi alla visiter, à son passage.

En 1568, la crainte des calvinistes fit fortifier la ville. On prenait de grandes précautions , comme d'éclairer la nuit, chose qui n'avait pas eu lieu jusques là. Il y avait encore des moulins au Port-Communeau , qui furent démolis peu de temps après. L'administration des Hospices confiée aux bourgeois, fut changée.

On en chargea trois administrateurs dont l'un nommé par l'évêque, un autre par le présidial, un troisième par la ville. L'établissement des Capucins date de la même année. En 1569, l'Hospice de St-Lazarre se trouva vide de lé-

preux. En 1570, la ville, après avoir fait subir un examen à l'imprimeur Rousseau, lui prêta 200 fr. pour acheter des caractères neufs. — Un nouveau messager s'établit pour faire les voyages de Nantes à Paris; Ton ne sait au juste si c'était une concurrence de la poste royale, ou si celle-ci n'existait plus. En 1571 fut construit le pont du Gué-aux-Chèvres ; et les octrois furent affermés 16 mille livres. En 1572,1e maire et les échevins lavaient encore les pieds à douze pauvres sous le portail de Notre-Dame le jour du Jeudi Saint* L'Asnerie fut achetée la même année pour servir d'Hospice. Le 8 septembre la mairie reçut une lettre du duc de Bourbon, dans laquelle ce prince engageait les autorités de Nantes à massacrer les calviniste* x par afin, disait-il, d* imiter à Nantes la St-Barthélemy , seul moyen de voir par après quelqu'assuré repos en notre pauvre église catholique , ce que nous ne pouvons négliger de moyenner autant que le pourrons» Cette horrible proposition fut reçue comme elle le méritait. — Le droit de deux sous par muid de marchandises remontant le fleuve fut affermé à cette époque 27,225 livres par an: ce qui prouve un mouvement de 272,230 muids, environ 600 mille tonneaux dont le sel formait la majeure partie. Les aubergistes, d'après le tarif alors en vigueur, ne pouvaient prendre à un voyageur pour lui et son cheval plus de vingt-quatre

sous par jour t ils étaient tenus en outre de bien nourrir le cheval et de fournir au voyageur lapereaux , chapons , perdrix, mouton ou veau , selon la saison.

En 1573, il s'établit deux nouveaux moulins à eau sur la Loire , ce qui en porta le nombre à six. Deux ans après la mairie commença à faire enregistrer sur un livre appelé livre doré, les nominations des maires et des échevins.

Elle acquit à la même époque l'Hôtel Bizard, devenu depuis la maison commune. En 1576»

on fortifiait le Marchix et l'on tentait de faire couler l'Erdre dans les Douves de St-Nicolas ; mais ce projet présenta trop de difficultés pour être exécuté. Le nombre des procureurs au présidial fut fixé la même année à quarante* En 1577 , il n'existait aucune construction sur l'Ile-Gloriette. En 1578 , la ville acheta la charge de connétable de la milice bourgeoise* Les maires l'ont possédée depuis sous le titre de colonel : c'est ainsi que la vénalité des places, qui n'était qu'un abus révoltant, servit a augmenter les droits de la cité. Le pont de la Magdelaine fut commencé en 1580, et une inscription latine trouvéedans le fossé de St-Pierre fut transportée à l'hôtel de ville , eu on la voit encore. L'année suivante les chantiers de construction qui existaient sur le Port-au-Vin, furent transportés sur l'Ue-Gloriette. On supprima la coutume de faire voler à la Pentecôte

dans la Cathédrale un pigeon blanc , et de lancer du haut de la nef des étoupes enflammées, en commémoration de la descente du St-Esprit.

L'usage du calendrier grégorien , l'autorisation de construire la halle du Bouftay , le rétablis* sèment du collège St.-Jean, qui tombait en décadence, datent de 1582 , ainsi que la nomination du duc de Mercœur au gouvernement de la Bretagne ; ce prince fit achever les fortifications du Marchix , sous prétexte de se défendre contre les Huguenots , mais en réalité pour se rendre indépendant du roi de France ; sa femme, qui partageait ses projets ambitieux , ne cessa , pendant son séjour à Nantes , de faire tout son possible pour s'attacher la. noblesse bretonne. Le duc avait fait aplanir la butte aujourd'hui cours St.-Pierre : la duchesse y dansa plusieurs fois en public avec les gentilshommes du pays. Elle ne négligea aucune de ces galanteries qu'une grande dame peut se permettre en pareille circonstance , elle appela à son secours toutes les ressources de la coquetterie, moyen si puissant chez une femme qui a de la beauté, de la grâce , de l'esprit , et qui cependant est maîtresse d'elle-même ; mais sa politique, bien qu'excellente, ne prévalut pas contre la fortune de Henri IV ; aussi le duc de Mercœur fut-il contraint plus tard de faire sa soumission au vainqueur d'Ivry , dont U obtint d>3 conditions,

beaucoup plus favorables que celles qu'il était en droit d'espérer.

La fin du siècle fut remplie presque exclusivement par les intrigues de la ligue et du duc de Mercœur qui s'en était déclaré le chef 5 il est cependant quelques faits que nous devons citer. En 1588 , Jean Ferra obtint l'autorisation d'établir une verrerie à Nantes $ l'année suivante il fut expulsé de la ville 9 sous prétexte qu'il faisait renchérir les combustibles. Plus tard il obtint par grâce de continuer , mais on lui imposa la singulière obligation de ne point acheter de bois. En 1590 , on construisit plusieurs moulins dans l'intérieur de la ville , un entre autres dans la rue de Verdun, qui prit le nom de rue du Moulin. — Le fort du Port Communeau fut achevé ; il dominait l'ancienne et la nouvelle ville , tant il était élevé. En 1592 , le cimetière de la cathédrale occupait la place St.-Pierre, et n'était entouré que d'une haie 5 un arrêté de police de 1594 défendait aux artisans les vins étrangers et le gibier. En 1595 9 la ville acheta des seaux en cuir pour les incendies 9 et l'on ordonna aux tonneliers de mettre leur marque sur les futailles de leur façon. En 1597, la misère fut extrême $ le blé valut , au mois d'avril , 22 liv. le setier : sept mille pauvres recevaient des distributions de vivres, sans compter ceux qu'on occupait à remuer de la terre.

Henri IV vipt à Nante? en 1598$ la yilje,

pour lui faire une brillante réception , imposa aux habitants 17,000 éeus , que les plus aisés furent contraints de prêter : 12,000 devaient être employés à lui donner des fêtes et des présents ; mais le bon roi , une fois les présents achetés, fit écrire à la ville qu'il ne voulait point de réception royale , et qu'il la priait de donner à ses gardes les 12,000 écus. Il fit son entrée le lundi ,13 avril, par la porte St.-Pierre et descendit au Château : Ventre Saint-Gris , s'écria-t-il en le voyant si bien fortifié, les ducs de Bretagne étaient pas de petits compagnons. Le 24 , il ordonna qu'à l'avenir, au 1." mai , l'on dresserait une liste de trois candidats pour la place de maire, et de six pour les deux places d'échevins sortants , sur lesquels il choisirait* En 1599 , Henri IV fit écrire a la ville de nommer maire le trésorier des Etats de Bretagne : cette injonction fut mal reçue ; les électeurs se conduisirent en hommes de cœur, et le candidat royal n'eut pas une voix; cependant il fallut céder. La même année la ville obtint du domaine les pêcheries de la Magdelaine, Vertais et Pirmil , qu'elle voulait détruire comme dangereuses pour les ponts.

Pendant la durée du XVI. 0 siècle , plusieurs Nantais se firent quelque réputation dans les arts et les lettres. Je citerai Michel Golumb , sculpteur ; on lui doit le tombeau de François II, cjui se troqve dans notre cathédrale \

Guillaume Mary , auteur d'un volume de commentaires sur le droit civil ; la duchesse Anne, qui a laissé quelques mémoires que Ton dit assez bien écrits $ Olivier Gouin , de Pa imbœuf, auteur d'un livre sur les ruses employées au jeu 5 Pierre Boistuaux , écrivain très-fécond , qui a publié des ouvrages assez nuls sur tous les sujets : Voici les titres de quelques-uns : Traduction de la cité de Dieu , de St.-Augustin. — Traité des pierres précieuses, — Traité de V église militante, — Les amants fortunés* — Six histoires tragiques, traduites de l'Italien. — Théâtre du monde discourant des misères humaines et de l'excellence et de la dignité de l'homme, etc. Jean Morin , président de la Chambre des Comptes, il a écrit sur les antiquités et singularités de l'Armorique un ouvrage qui est perdu. La Noue-bras-de-Jeri%xile\xv de plusieurs mémoires politiques. Pierre Biréj avocat à Nantes, on lui doit : 1.° des recherches sur l'antiquité de la province et des villes de Rennes et de Nantes ; 2.° Un ouvrage intitulé : les alliances généalogiques de la maison de Loraine. Enfin, Jean Bertin, faiseur d'épi grammes , et Duperrières Bon tin , qui nous a laissé un livre entier de la prééminence de Nantes sur Rennes. Dans tout ce fatras , il n'y avait pas grand'chose de bon , mais cependant c'était déjà beaucoup qu'un désir de produire vivement exprimé : un grand mouvement de la presse correspond toujours à un

progrès des intelligences : s'il ne le crée pas il en est au moins l'un des symptômes*

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