‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 9 sur 35 · QUATORZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME SIÈCLE

En 1302, Le duc Jean légua par testament 6000 livres aux filles à marier de notre ville , environ 36,920 fr d'aujourd'hui ( le blé valait alors 13 sous Je setier ) $ de plus 1500

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paires de souliers et autant de vêtements pour les pauvres. En 1309 , les états de Bretagne se tinrent à Ploêrmel : ce fut la première fois que Ton y vit figurer des députés du Tiers. Quant à notre ville , elle n'avait pas encore l'honneur d'être représentée. En 1310 , le parlement du duc prit sur lui de modérer les taxes exorbitantes que l'évêque imposait à ses vassaux. En 1318, Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, appela les Cannes à Nanles. En 1325, Daniel forma la Collégiale ; vers le même temps , Jean III, duc de Bretagne , bâtit et dota l'église de Saint- Donatien. Une police de 1336 taxait le froment à 14 sous le setier. Les pêcheurs , en vertu de la même ordonnance , ne pouvaient vendre qu'à la cohue ; les marchands de volailles ne pouvaient étaler que sur la place de la Prévoté ; les revendeurs ne pouvaient y acheter qu'une fois l'heure de prime sonnée à Saint- Pierre ; les bons ouvriers gagnaient 1 sous par jour ( ce qui vaudrait aujourd'hui 5 fr. ). En 1337 mourut l'évêque Daniel, il fut inhumé dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste de la cathédrale. En 1338 , Saladin , docteur en théologie , lui succéda. IL est le premier évêque de Nantes qui ait fait une entrée solennelle dans notre ville. Voici quelle était cette cérémonie.

A son arrivée, le prélat s'arrêtait à l'aumônerie de Saint-Clément $ il y passait la nuit, eomnie pour se rappeler qu'aux malades et aux

PROGlxÈS DE NANTES.

pauvres étaient dus ses premier soins. Le lendemain 9 monté sur un cheval richement orné, dont le haron de Châteauhriant tenait la bride, il s'avançait jusqu'à la porte Saint -Pierre : là il descendait pour se placer dans une chaise, que les barons de Pontchâteau, de Retz, d'Ancenis et de Châteauhriant portaient jusqu'au grand autel de la cathédrale. Après les « cérémonies de l'église, venait un dîner, à la suite duquel les quatre porteurs se partageaient le linge > la vaisselle, le vin du dîner et le cheval du nouveau dignitaire.

11 n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de raconter ici les guerres de Montfort et de Charles-de-Blois; je ne dois enregistrer les faits qu'autant qu'ils peignent le caractère de l'époque, ou qu'ils servent de date soit à de grands souvenirs, soit aux monuments de notre cité. On concevra donc mon silence sur les discordes qui inirent la Bretagne à feu et à sang.

Eu 1332 , Charles-de-Blois érigea en collégiale la chapelle de Saint-Donatien; il y établit six chanoines. Près de la collégiale de Notre- Dame, se trouvait alors une société nommée la Société-des-Ardents : elle se composait de huit mendiants ; quand il en mourait un , les sept autres s'en associaient uu nouveau. En 1350, l'épouse de Charles-de-Blois fonda l'hôpital Saint- Julien. En 1360, Charles-de-Blois fonda l'aumôuerie de Toussaint sur les ponts. En 1365, les

états de Bretagne accordèrent au duc de Montfort un impôt d'un écu par feu , et des droits d'entrée dans tous les ports: L'année suivante, l'amiral Bouchard Ht construire le château de Pirmil, dont les ruines subsistent encore.

Après la guerre de Montfort et de Charlesde-Blois, la Bretagne eut à souffrir d'une nouvelle guerre avec la France, dans laquelle l'Angleterre intervint. La ville de Nantes joua, dans cette circonstance, un rôle remarquable : d'un côté, elle tenait pour le duc, contre le roi de France; de l'autre, elle soutenait un siège contre Bue* kingam, venu à la tête de six mille anglais pour s'en emparer. Fidèle au duc, elle n'en exprimait pas moins , en refusant à main armée à ses alliés l'entrée de ses portes, sa haine pour les Anglais. Duguesclin était alors dans ses murs. En 1381, Jean IV, autrement dit comte de Montfort , prit possession de notre cité. Il y eut uu traité de signé entre lui , le clergé , et les bourgeois, qui commençaient à jouir de quelques prérogatives et à peser dans la balance. 11 existait, en 1382,, une amende d'une demi-livre de cire contre tout chef de famille qui négligeait , les dimanches et fêtes , d'envoyer une personne de sa maison à la messe principale, et les biens des ecclésiastiques qui n'avaient rien reçu de chez eux, restaient à la disposition de l'évêque. En 1392 , le duc se rendit à Tours, à la cour dn roi de France, avec une suite de

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1500 personnes et cinq galères années en guerre. En 1387, un synode défendit aux curés d'aller au cabaret, excepté pendant leurs voyages. En 1395,1e duc accorda à la ville la faculté d'établir un ou deux procureurs, pour veiller aux affaires communes.

Nous venons de parcourir les principaux événements survenus dans notre ville , du VIL e au XV. 0 siècle. Nous avons assisté, en quelque sorte, à la naissance et à la marche croissante de la féodalité; placés maintenant à son apogée, nous voyons , en jetant les yeux sur les faits qui précèdent, qu'un grand nombre, surtout aux premiers siècles, attestent une affreuse barbarie ; ce sont des guerres , des contestations entre les grands seigneurs et leurs grands vassaux ; puis des massacres , des incendies , des assassinats : c'est à grand'peine si , de loin en loin , nous pouvons constater quelques améliorations ou plutôt quelques moyens d'amélioration, le plus souvent institués par hasard ou par pur caprice. Cependant , au milieu de cette anarchie guerrière , une société se fonde, s'organise, et l'on peut, siècle par siècle, indiquer des progrès , même dans la situation des classes inférieures. Depuis le XII. 0 surtout, ces progrès sont trèssensibles ; toutefois c'est au sein du clergé que se fait le principal travail d'émancipation. Là , seulement , la naissance est moins appréciée que le mérite; là , seulement , l'on peut jouir

d'une véritable indépendance; aussi c'est dans les ordres religieux que les hommes éclairés cherchent la paix, la fortune et la stabilité nécessaires à leurs travaux. La civilisation emprunte les habits de l'époque et se fait dévote pour arriver à l'affranchissement du peuple.

Chaque jour elle exprime son amour pour l'élude et sa sympathie pour les souffrances , par des fondations de monastères , d'aumôneries , d'institutions pieuses, en même temps qu'elle emploie le pouvoir de la prédication et de la confession à moraliser les diverses classes de la société. Mais cette civilisation encore faible, dont nous allons suivre les premiers pas , va succomber, en quelque sorte , à chaque instant , sous les fautes du passé. La guerre ayant été la seule pensée des siècles précédents , les chefs n'avaient eu aucune prévision d'avenir. Maintenant , qu'une plus grande stabilité va donner du développement au commerce et à l'industrie , la population, qui ne sera plus éinondce aussi fréquemment par le fer, sera excitée à pulluler, à se presser dans des villes aux rues sales , tortueuses , privées d'air ainsi que de lumière ; de là , des causes nombreuses d'insalubrité , jointes à un excès de la production en hommes sur la production alimentaire; de là, des famines et des maladies pestilentielles qui se succéderont , mais en décroissant. Chaque jour, cependant, nous verrons le Tiers-Etat

gagner du terrain , et le clergé contribuer da~ vantage aux améliorations , jusqu'à ce qu'enfin nous n'atteignions une époque qui ne sera plus ni religieuse ni féodale, mais l'aurore du siècle industriel.

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