‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 13 sur 35 · DIX-HUITIEME SIECLE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIEME SIECLE

En 1708 un édit du roi ordonna au propriétaire du bois de Launay d'affranchir l'île de Chézine. On construisit sur le ruisseau du même nom ,

une chaussée et un pont pour communiquer de la ville à lUermitage. L'année suivante le froid fut extrêmement rigoureux à Nantes, comme partout ailleurs. En 1711 , il y eut une grande inondation : une partie des ponts de Pirmil fut enlevée. Suivant le devis de Thevenon, ingénieur de la province, les réparations urgentes à y faire, montaient à 85, mille liv. Un arrêt du conseil d'état ordonna de lever moitié de cette somme sur la ville et les faubourgs , l'autre sur le reste du diocèse. En 1713, il fut défendu de faire et de vendre de l'eau-de-vie de marc de raisin.

Le mouvement qu'une plus grande habileté avait imprimé à notre commerce de 1500 à 1700, ne se ralentit pas au commencement du 18. me siècle; l'on fit même à cette époque quelques spéculations hasardées, qui prouvaient l'effervescence des imaginations. Il semblait que pour faire fortune, il ne fallût qu'acheter et vendre. 97 navires se dirigèrent, en 1715, sur nos colonies; mais , au retour, leurs produits ne trouvèrent pas de débouchés, bien que le roi eût permis de réexporter 10 mille barriques de sucre en franchise. Ainsi marche la prospérité des peuples, d'oscillations en oscillations et d'écoles en écoles, lorsque rien ne règle les spéculations.

En 1717, le maréchal de Montesquiou vint à Nantes , on lui offrit les clefs de la ville , mais il les refusa, parce qu'elles ne lui étaient pas

présentées dans un bassin d'argent (en pareille circonstance, le bassin qui contenait les clefs, restait à celui auquel on les offrait )- Il n'en fut pas ainsi de 60 bouteilles de vin Bourgogne qu'il accepta sans se faire prier. Le 10 août de lu munie année, la ville acheta de M. Luzancai de la Hautière, le droit de faire tirer des pavés du rocher de l'Hennitage. Le 22 , la police défendit aux muletiers, voituriers , gabarriers et porte-faix, d'entrer dans la salle de la Bourse depuis 11 heures du matin jusqu'à 1 heure de l'après-midi. Dans la nuit du 17 au 18 février 1718 , la halle du Bouffay fut brûlée. On sentit alors la nécessité de pompes à incendies , mais on manquait d'argent; et, pour s'en procurer , l'on eut recours à une loterie de 10 mille liv.,dont cinq mille furent accordés aux gagnants et le reste consacré à l'achat des pompes. En 1719, quelques seigneurs Bretons eurent des idées de révolte; ils appelèrent dans la province le secours des Espagnols, qui y tirent une descente. Quatre d'entr'eux furent saisis , jugés et condamnés à mort l'année suivante : C'étaient MM. dePont- Callec, de Mont-Louis, Du Couè'dic, et de Talhouet-le-Moine. Leurs biens furent confisqués au profit du roi, qui accorda 30 mille liv. aux hospices; les fossés de leurs maisons et de leurs châteaux furent comblés, toutes leurs marques de seigneurie furent abattues, et l'on coupa leurs bois de haute futaie à la hauteur de 9 pieds.

M* Du Couëdie avait servi lVtat 22 ans. La même année, le fermier des impôts propesa de payer 72 mille liv. pour construire une nouvelle Bourse, si Ton .voulait lui continuer son bail, ce qui fut accepté. Ce fut aussi en 1720 que M. Mellier fut nommé Maire; pendant son administration, qui dura 9 ans, la ville fut considérablement embellie et augmentée. De nouvelles pompes furent achetées au moven d'une seconde loterie qui produisit encore 5000 liv. La halle du Bouffay fut reconstruite en pierre, un corps de garde fut établi auprès de la Monnaie. Les places du Pilori et du Port-au-Vin furent alignées et rebâties en partie, le pont de bois de Sauvetout fut remplacé par un pont de pierre, le pont des Petits-Murs fit communiquer St. -Léonard et le Marchix, la rivière d'Erdre fut curée depuis son embouchure jusqu'au moulin des Halles; les prairies au Duc et de la Magdeleine furent acquises à la communauté ainsi que le terrain vague de la Saulsaye, que 24 riches particuliers proposèrent de bâtir telle qu'elle l'est aujourd'hui avec ses cales et ses quais estimés seuls 250 mille liv., malheureusement les Marguilliers de Ste.-Croix, chargés de donner le plan pour bâtir l'île Feydeau, s'en acquittèrent fort mal; l'emplacement convenait parfaitement pour y établir une salle de spectacle à l'une des extrémités , la Bourse à l'autre , avec une promenade publique entre les deux édifices , et nous

PROGRES DE NANTES. i2f

devons regretter qu'on n'ait pas su tirer meilleur parti d'une aussi admirable situation. Ce fut encore pendant que cet habile administrateur était Maire, que Ton rétrécit le cours del'Erdre, que Ton détruisit les pêcheries qui existaient sous les ponts, que l'on construisit les quais de Chézine, aux frais de la Compagnie des Indes, que l'on mit en adjudication la nouvelle Bourse, et que l'on aligna les maisons de la Fosse. Il fit , en outre , établir une promenade sur la butte St.-Pierre? il appuya vivement un projet de canal, de St*-Malo à notre golphe débouchant a Nantes par la rivière d'Erdre et tel qu'on l'exécute aujourd'hui. Il fonda une académie de musique ; il décréta plusieurs bonnes mesures de police, comme le balayage public des rues, et la défense de bâtir à l'avenir des maisons en bois; il fit ce qui dépendait de lui pour obtenir le dessèchement des marais de l'Erdre; il organisa un conseil de salubrité; enfin, il contribua au rétablissement de la verrerie de la Fosse, qui ne travaillait plus depuis long-temps.

En 1728, malgré les nombreuses réparations déjà faites au pont de Pirmil , celles qui restaient à faire furent adjugées à l'architecte Laillaud , pour 190,500 liv. En 1733 , Louis XV confirma, par lettres patentes, les privilèges de Nantes. La même année, la compagnie des Indes transporta ses ventes à Lorient, ce qui était

une perte considérable pour notre ville. En 1735 , Ton construisit les quais de la Magdelaine, et le pont de bois de Ste.-Catherine fut remplacé par uu pont de pierre détruit en 1825, pour la construction du canal de Bretagne. En 1737, la porte St.-Jacques fut démolie , Tannée suivante la Retraite des femmes fut fondée rue St.- Léonard. En 1739, la rue de la Boucherie fut brûlée ainsi qu'une partie de l'église St.-Léonard. En 1740, les commerçants de Nantes furent contraints d'aller acheterdes chanvres dansle Nord par suite de droits prohibitifs établis sur les nôtres ; la même année la communauté des écoles fut instituée; dix ans auparavant les frères ignora ntins s'étaient établis dans notre ville, où ils rendaient d'utiles services. C'est aussi de la même époque que date l'institution des concours pour les places de curés. Jusques-là , pendant une certaine partie de l'année , le Saint-Siège avait joui du privilège de nommer aux places vacantes; il se désista, en 1740, de cet avantage, et le roi de France autorisa le nouveau mode de remplacement proposé par la cour de Rome.

Sa mise à exécution fut fortement recommandée aux évêques. En 1742 , le pont de la Casserie s'écroula , il fut immédiatement rebâti en pierres. Les fonds commençaient dèslors à être abondants; le discrédit dans lequel étaient tombées les spéculations financières par suite du peu de succès de celles de Law les

fit refluer vers les constructions : aussi beaucoup de rues furetft élargies, un grand nombre de maisons nouvelles vinrent remplacer celles qui menaçaient ruine • surtout dans les rues des Cbapeliers , de la Juiverie, dans la Haute et la Basse- Grande-Rue , aux Changes , aux environs de la Casserie et dans les rues des Carmes , de Verdun, du Château , du Chapeau-Rouge, de Gorges et de la Fosse. En 1743, le quai Brancasfut commencé , la Contrescarpe , et la Porte-Neuve située à l'entrée du Marchix furent démolies. En 1745 , la ville fit des réjouissances ruineuses en l'honneur des victoires de Flandres, et le quai de la Poterne fut élargi. Le prince Charles Edouard , fils du prétendant au trône d'Angleterre , descendit à Nantes , la même année, à l'hôtel de la Maison-Rouge : il était recommandé à un armateur Irlandais , M. Walsh , qui lui loua un vaisseau de 66 et une frégate.

En 1746, les Anglais attaquèrent la ville de Lorient : 500 hommes de notre milice bourgeoise volèrent à son secours. En 1748 , un étalon de la mesure des draps, soieries , toiles, etc., fut déposé à l'Hôtel-de-Ville ; sa longueur était de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5j6. L'année suivante , des expériences de boulangerie firent adopter un règlement de police qui prescrivait que chaque augmentation ou diminution de 8 liv. par tonneau de blé serait suivied'un dénier d'augmentation ou de diminution dans le prix de la

livre de pain. En 1752 , l'évêque céda a la ville les moulins de Barbin ; la même année , il fut nommé un commissaire de police pour surveiller les étrangers. En 1753, les juges-consuls furent portés , sur* le budget de la ville , pour une somme de 5000 fr. 9 et la bibliothèque des Oratoriens devint publique.

En 1754 , la ville acheta la charge de substitut du procureur-syndic , pour la somme de 3804 livres. L'année suivante , les tours de la prévoté et les fortifications du Port-Maillard furent démolies.

L'année 1757 nous a laissé le souvenir de la fondation de la Société d'Agriculture de Bretagne , qui a produit un si grand bien dans toute la province. Ses mémoires, publiés en deux volumes, forment un ouvrage très-intéressant à consulter. On y trouve des idées avancées pour l'époque, sur le fermage , la culture des terres , le commerce des grains et plusieurs points importants d'économie agricole et politique. Je ne crains pas de dire qu'ils méritent d'être placés à côté des annales de Roville. Ecrits dans un temps où de grossières erreurs dominaient même les gens instruits, ils font justice de ces erreurs. Cette Société d'Agriculture -s'occupa aussi des autres améliorations qu'elle pouvait hâter. Elle fit fonder à Nantes une école de dessin • qui existe encore aujourd'hui. En 1757, la pêche des harengs avait produit , sur la côte de notre

département . environ 200 mille francs de gain; elle l'encouragea, et proposa, pour abriter le port de Piriac, la construction d'une digue dont les plans furent fournir par M. Magin , ingénieur des états.

C'est à un négociantMe Nantes, Montaudouin de la Touche , que nous sommes redevables de l'institution de cette Société d'Agriculture, qui fut bientôt imitée à Paris et dans les autres grandes villes de France.

En 1757 , l'on commença le pont de la Poissonnerie ; M. Cacault fut chargé de lever le plan de la ville, et le fort du port Communeau fut démoli. L'année suivante , M. Louis Langevin établit à Nantes la première manufacture d'indiennes que nous ayons eue , ses produits trouvèrent leur placement à la côte d'Afrique. Une société était chargée d'approvisionner de nègres nos colonies , mais n'ayant pas les fonds suffisants,» les commerçants de Nantes firent ce trafic sous son nom en lui payaut 15 et 20 pour 100 de dédommagement , ce qui prouve combien ce commerce était lucratif.

En 1760, M. B.... , marchand, fonda le premier cercle littéraire que nous ayons eu , on y trouvait , dit M; Brun , imprimeur sur la Fosse (dans son almanach de 1765 , almanach fort curieux et fait dans un bon esprit de civilisation), des livres en tout genre, brochures, ouvrages j>ériodiaues ) gazettes , etc. } tout y est tçnu en

ordre par un bibliothécaire , et en sûreté par un concierge qui loge dans V appartement f il en coûte à chaque associé un louis par an. — La même année , M. Ceineray acheva les promenades de la Motte St.-Pierre et de la Motte St.- André, qui furent nommées Cours des Etats. Deux ans plus tard, la ville fît construire sur ses plans l'école dé chirurgie, rue Saint-Léonard, où se trouve aujourd'hui le muséum , et le quai Fiesselles. En 1763 , fut commencée la Chambre des Comptes , maintenant le palais de la Préfecture. En 1764 , la mairie , jalouse de suivre l'impulsion donnée par M. Mellier , souscrivit un emprunt de 300 mille livres, pour continueras embellissements. La même année , sans être aussi prospère qu'il le devint ensuite , le commerce de Nantes se présenta cependant sous un meilleur aspect qu'aujourd'hui.

Le tableau suivant fera connaître le mouvement du port pour le long-cours et le grand cabotage.

Nombre des navires. Tonnage.

Navires partis pour la côte de

Guinée . . 29 6,660 tx.

Pour les îles d'Amérique. ... 234 53,820 Navires étrangers employés au

commerce d'importation et

d'exportation 575 62,324

Total ....... 838 122,804 tx.

Le mouvement du port, pour le petit cabotage, se trouve dans le tableau ci-dessous :

Nombre des navire». Toun*gc.

Navires de cabotage étranger. • 113 16,168 tx. Cabotage Français 483 19,574

Total 596 35,742 tx.

En 1665 , il fut exporté 17,000 tonneaux de blé , pour l'Espagne , le Portugal, l'Angleterre et le Nord ; et, dans le courant de 1666, il fut expédié à la côte de Guinée 108 navires pouvant prendre à bord 37430 esclaves du prix de 1000 livres, et même au-delà, terme moyen, c*» qui représentait une valeur de plus de 37 millions. A cette époque , la coufrèric commerciale , connue sous le nom de Contractation , n'existait plus depuis 36 ans. Notre ville possédait quelques établissements industriels , parmi lesquels on remarquait : la fabrique d'indiennes de M. Langevin , établie depuis sept ans , qui produisait annuellement 5000 pièces ; la fabrique de cordages de MM. Brée et Bodichon, située près des Irlandais : elle consistait en deux grandes corderies , dix - sept magasins , deux pompes à incendie attachées à l'établissement, et journellement elle occupait 1,200 personnes. Les négociants-armateurs étaient au nombre de 200, sans compter une foule d'autres que l'on appelait regnicoles, parce qu'ils spéculaient plus spécialement sur les produits du pays. Le jardin des plantes

jouissait du privilège de recevoir gratuitement des capitaines de navires une certaine quantité de graines exotiques. 11 y avait une école d'hydrographie , une autre de dessin , dont j'ai parlé , une école primaire pour les garçons , tenue par les Frères de la doctrine chrétienne , une école des Ursulines pour les filles ; deux autres, tenues par les dames de St.-Charles, pour les filles des faubourgs ; plusieurs cercles littéraires \ une académie de musique, qui , depuis 1751 , donnait des concerts. La chambre ecclésiastique , présidée par l'évêque, se composait de 11 membres. La milice bourgeoise avait en tout 18 compagnies variant en nombre depuis 90 jusqu'à 425 hommes. Le barreau comptait 35 avocats en exercice , 47 procureurs au présidial. Les notaires montaient à 33, et le collège des oratoriens donnait presque gratuitement l'éducation à cette foule immense de jeunes gens qui suivait la carrière du barreau, étudiait la médecine ou se livrait à l'industrie. Mais reprenons la suite des faits.

Le commerce , en 1765 , se chargea du bail de l'octroi , et mit une enchère de 100 mille livres sur le fermier. — Il résulte d'un recensement fait , en 1766 , que la population était alors de 90 mille âmes, c'est-à-dire qu'elle avait plus que doublé dans l'espace de 66 ans. Çe fait n'a rien d'extraordinaire , les immenses cons- . tructions et le mouvement du port devaient avoir fixé à Nantes un nombre considérable d'ouvriers. Cependflnt l'gn regarde généralement Je chiffra

de 80 milles âmes comme plus exact. En 1768 , la façade du quaî Brancas fut construite par M. Ceineray. En 1770, le même architecte fit bâtir l'édifice qui fait le milieu de la place du Bouflay. La ville, endettée, emprunta 300 mille livres qu'elle remboursa * par voie de loterie, dans l'espace de 7 ans , et le célèbre Perronnet vint à Nantes pour examiner les travaux hydrauliques de l'ingénieur Magin; on commençait dès-lors à sentir la nécessité de rendre la navigation plus facile de Nantes à Paimbœuf , où, depuis 60 ans , les navires étaient obligés de se décharger sur des ga barres, tandis qu'ils remontaient auparavant jusqu'à Couëron sans alléger.

En 1771,. notre ville posséda des fiacres pour la première fois. En 1772, la communauté du bon pasteur fut confirmée. Le roi accorda aussi à la ville , les atterrissements faits et à faire au-dessus et au-dessous des ponts , et le droit d'emprunter 500,000 liv. remboursables en 7 ans , par voie de loterie, afin de rétablir le pont Rousseau , détruit par l'inondation de 1770.

En 1774, Ton ouvrit la route de Rennes, et l'on construisit la chaussée de Barbin , d'après les plans de M. Ceineray. En 1777, le comte d'Artois, depuis Charles X, vint à Nantes , où il fut reçu magnifiquement, quelque temps après, Joseph II y vint aussi, mais incognito; il logea au Cheval- Blanc , modeste hôtel où descendent aujourd'hui les petits marchands. La même année le pont Rousseau fut rétabli. En 1778, fut cons-

truit le pont Maudit, refait depuis en 1830.

L'hospice des enfants trouvés date de 1782, il a été bâti sur les plans de M. Crucy, de même que les quais et la cale de la Poissonnerie, qui datent de 1783. En 1784 , il fut lancé, dans la cour des Enfauts trouvés, un superbe aérostat, dont la nacelle contenait MM. Coustard de Massy et Mouchet; le premier , lieutenant des maréchaux de France ; le srcond , oratorien : 80,000 personnes assistèrent à ce speetacle extraordinaire pour notre ville qui resta déserte. Les voyageurs aériens , disent nos archives , descendirent à la Regripière et rentrèrent à Nantes aux acclamations du peuple. — La chapelle de Bon- Secours , qui tombait en ruines, fut rétablie. La fonderie Gaudin , située à Bel-Air, mit en vente les premières cheminées économiques en fonte , que l'on ait vues à Nantes; et lés élèves de l'école de dessin, reçurent des prix de la Mairie. En 1785, une verrerie et une brasserie s'établirent à Couëron. Le fromeut valut de 205 à 300 liv. le tonneau, ce dernier prix était très-élevé pour le temps ; la même année le receveur des fermes, M. Graslin, commença cette nouvelle ville qui forme aujourd'hui le plus beau quartier de Nantes; la reconnaissance lui a conservé son nom. En 1786,1e droit de vendre la viande de carême , fut adjugé à un boucher 13500 liv., la livre de viande se payait alors 6 sous 9 deniers terme moyen; la même année, M. Douillard, architecte, construisit la Halle

au blé ; une voiture mit en relation Nantes et Paimbœuf, elle faisait un voyage par semaine; deux berlines à 6 places furent établies entre Nantes et Angers pour correspondre avec les diligences de Paris a Angers; enfin, des clubs furent institués dans notre ville, c'étaient alors des réunions bien innocentes, contre lesquelles cependant les femmes se liguèrent et publièrent des écrits qui ne nous sont point parvenus.

La construction de l'entrepôt date aussi de la même époque. En 1787, M. Brie-Serrant proposa d'établir un canal de Nantes à Pornic.

— Le froment varia de 175 à 255 liv. le tonneau. Le droit de boucherie de carême, fut affermé 16400 liv. En 1788,1e prix moyen de la viande en carême, fut taxé à 8 sous. — Il s'établit cette année-la, deux berlines qui allaient en 2 jours à Rennes. — La salle de spectacle fut construite par la commune. — Le prix du froment varia de 170 à 310 liv, Je tonneau ; et M. Caillaud demanda l'autorisation d'établir des fontaines dépuratoires ; mais il ne l'obtint qu'en 89, et pour un temps limité, ce qui fit manquer son projet.

Avant de commencer l'histoire de la révolution, nous devons passer en revue nos hommes les plus marquants du XVIII.* siècle, et la situation commerciale de la place , en 90.

Nous trouvons parmi les hommes remarquables , Jean Barin , grand chantre de la ca-

thédrale, auteur d'une traduction en vers français, des Elégies amoureuses d'Ovide (Rouen 1676), de Vénus dans le cloître ou La religieuse en chemise, et de la vie de Françoise d' Amboise^ duchesse de Bretagne, fondatrice des Carmélites. Germain Bojjrandy membre de l'académie d'architecture , Jean de la Roche, auteur de 9 volumes de sermons , Jean de la Noè-Menard, auteur d'un catéchisme , Jean- Arthur de la Gabonais, originaire de St.-Malo, doyen des maîtres aux comptes de Bretagne; il a publié plusieurs écrits , parmi lesquels un ouvrage sur l'origine, lés fonctions et l'exercice de la chambre des comptes (2 volumes, Nantes 1721.) Gérard Âiellier 9 plus connu par les services qu'il a rendus. à notre ville , comme administrateur, que par ses écrits. Jean-Baptiste-Morvan de Belle-Garde , auteur d'une trentaine d'ouvrages; il était si fortement attaché au système de Descartes, qu'il quitta, plutôt que d'y renoncer, la Société de Jésus, dont il faisait partie. Maturin-Vessière de la Croze, d'abord bénédictin, puis protestant: son érudition était immense, il possédait toutes les langues mortes et vivantes. Pierre Hunault et Joseph Hunault, son petitfils, tous deux médecins habiles. Nicolas Travers, auquel nous devons entre-autres ouvrages, l'histoire si consciencieuse des évêques de Nantes. François-Séraphique Bertrand , avocat , auteur d'un volume de poésies et d'un mémoire ppur le commerce de Nantes contre celui de

St.-Malo* Ghevaye , ami du précédent : il nous a laissé quelques morceaux de poésie latine.

Oge'e, ingénieur-géographe des états de Bretagne : nous avons de lui une carte de Bretagne, une autre du comté nantais (la première est aujourd'hui fort rare, je ne connais point la seconde), un atlas itinéraire, puis un Dictionnaire Historique et Géographique de notre province. Ce dernier ouvrage est curieux à consulter. François Bonamy , médecin ; il a fait une esquisse de la flore de nos environs ( Nantes 1782 ). Bouguer père et fils, tous deux mathématiciens distingués, le fils surtout que l'Académie des Sciences couronna trois fois et qu'elle reçut dans son sein. Jean-Baptiste Bernard auteur d'ouvrages intitulés Problèmes de Physiologie Hydraulique du corps Humain, etc. Chardin , jésuite célèbre. Thulaux, auteur de poésies et d'une comédie les Libertins dupés» Desforges Maillard, qui écrivit dans le Mercure , sous le nom de M. 11 * Materais de la Vigne, et qui reçut en cette qualité , des déclarations fort tendres de Voltaire et Destouches. Farsavaux Kerlin , auteur d'un traité des droits des communes et des bourgeoisies. Ange - Gabriel - Meunier de Kerlon , auteur du roman d'un jour des soupirs de Daphné, des dortoirs de Lacédémone 9 de Psapion ou la Courtisane de Smyrne, avec les Hommes de Prométhée 9 et de plusieurs autres

ouvrages. Terrille Chanoine y auteur très-fecond comme le précédent, mais en livres de droit canon. Paul Vigneu dont nous avons plusieurs mémoires sur le commerce. Allouel, chirurgien distingué. Gabriel Montaudoin y fondateur de la Société d'Agriculture de Bretagne , homme trèséclairé: il a écrit plusieurs mémoires et des poésies ; mais c'est surtout comme commerçant qu'il a rendu de grands services à notre ville : L'abbé Coyer , philosophe ingénieux et même profond pour son époque, lui rend toute justice dans son livre intitulé Bagatelles morales et philosophiques» Jean Grou , traducteur de Platon. Gujrmar, imprimeur, auteur des Annales Nantaises. Graslin, qui a laissé plusieurs mémoires d'économie publique, un entre-autres sur la richesse et l'impôt. Duboueix , médecin fort instruit.

En suivant cette longue liste avec un peu d'attention , on voit de suite la différence qui existe entre le XVIII. e siècle et le précédent; nos auteurs Nantais du XVIII. 0 siècle se sont occupés , les uns de sciences , les autres de philosophie , un assez petit nombre de dévotion; et c'est tout le contraire parmi ceux du XVII. 8 ; il y a aussi chez les premiers , une grande supériorité sous le rapport de l'étendue des vues, ce qui devait être. Plus l'on s*élève vers l'avenir, et plus l'horizon s'agrandit.

Au XVIII. 6 siècle, notre ville donna naissance à plusieurs guerriers illustres ; Barin de

la Galissonnière qui vainquit le fameux amiral Bing , s'empara du fort Mahon et fut chargé de régler les limites du Canada. Vié, qui, après plusieurs hauts faits d'armes , reçut le commandement d'un navire de 26 canons, et s'empara au milieu d'une escorte nombreuse, de lord Hamilton qui se rendait à son commandement des isles du -vent et sous-le-vent.

Cassard, que Duguay-Trouin son émule appelait le premier marin de son siècle. En 1709, il commandait le vaisseau l'Eclatant, et soutint en vue de la flotte ennemie, un long combat contre cinq vaisseaux Anglais; en 1712 , chef d'une escadre, il soumit, dans une seule campagne, Santiago, Surinam, Berbiche, Ste.-Eustache et Curaçao.

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