SITUATION DU COMMERCE EN
En 1790 le mouvement du port fut de 97,900 tonneaux pour le long-cours 42,220 pour le grand cabotage ; ce qui donne un total de 140 mille 120 tonneaux, non compris le petit cabotage. Dans ce mouvement , qui occupa 530 navires entrés et sortis , l'Angleterre 6gure pour 29; le Danemark pour 13, la Suède pour 8, la Hollande
Îour 76 , l'Allemagne pour 110 , l'Espagne pour 5, le Portugal pour 9, l'Italie pour 11 , l'Islede-France pour 3, les Etats-Unis pour 8 , Cayenne pour 3 , les Antilles pour 205 , le commerce des nègres pour 40,
Le commerce des Antilles était , comme on le voit , le plus étendu ; aussi , après Bordeaux , dont en 87 et 88 les relations avec ces colonies avoient été doubles des nôtres, Nantes se trouvait la première place du royaume et remportait sur le Havre et sur Marseille. Avec Saint- Domingue surtout, nous avions des relations très-importantes ; un nombre considérable des colons de cette isle, qui renfermait 405,528 noirs et 792 sucreries , se, troavaient liés d'affaires avec nos négociants qui les avaient crédités ou commandités , à tel point qu'ils s'étaient mis à découvert , à leur égard , d'une son* .ne évaluée à 50 millions pour toutes les Antilles , dont ils avaient reçu la majeure partie. Il n'y avait point à Nantes , à cette époque , même parmi les artisans , de famille qui ne s'intéressât au commerce. Cependant les bénéfices avaient beaucoup diminué , parce qu'au lieu d'avoir affaire directement aux colons et de recevoir de suite un * paiement , soit en argent , spit en denrées coloniales , c'était avec des commissionnaires qu'il fallait traiter ; mais les navires donnaient encore habituellement 100 fr. net de bénéfice par tonneau. Les frais d'armement et ceux d'assurance, qui s'élevaient de 3 à 5 fr. pour 0[0, étaient compensés par le bénéfice des ventes. Quant aux capitaines des navires, ils avaient 5 pour 0[0 sur les ventes et 1§0 fr. de fixe par mpis j aussi ? avec dç.
Tordre , ils devenaient bientôt riches , surtout quand ils faisaient les voyages de Guinée.
Le commerce des Inctes Orientales était peu de chose 9 et Ton discutait beaucoup pour savoir s'il valait mieux . le confier à une compagnie ou le rendre libre. Le commerce du Nord avait peu changé depuis 1700.
Le commerce des grains subissait les variations qui lui sont naturelles^ quant au prix du froment , qui était , terme moyen, de 90 fr. le tonneau en 1700, il oscillait entre 180 et 300. Le commerce du sel avait marché en déclinant. En 1557, nos salines produisaient plus de 300 mille tonneaux 9 puisque chaque année ce nombre remontait la Loire. En 1700, cette fabrication n'était déjà que de 86 à 90 milles tonneaux. En 1790 , elle n'allait pas à 59 milles. La situation des forges ne présentait pas de changements, mais des clouteries s'étaient élevées qui exploitaient leurs fers , elles occupaient 400 ouvriers. Les métiers a toile étaient au nombre de 3 ; 400, dont 500 à Nantes; une blanchisserie au chlore donnait à leurs produits la dernière préparation. La fabrication du coton semblait faire des progrès , et les filatures mécaniques s'introduisaient. Les fabriques de toiles peintes, au nombre de neuf, occupaient 4,500 ouvriers. La chapelerie fournissait, année commune , 50 mille chapeaux pour la traite et les colonies. Deux moulins , l'un à vapeur établi à la Sècherie,
l'autre situé sur l'Erdre , donnaient des farines étuvées et séchées ; le premier pouvait moudre 15 à 18 tonneaux dans 24 heures; le second, bien moins Important, est rétablissement de ce genre le plus ancien que notre ville ait possédé. Nous trouvons encore qu'en 90 la brosserie , la tannerie , la mégisserie, étaient dans un état prospère. La verrerie occupait quarante ou vriers et dix manœuvres pour livrer au commerce 500 milles bouteilles ; une seconde verrerie existait à Couëron. Trois brasseries , dont une dans ce dernier lieu , et plusieurs autres industries plus secondaires avaient un placement avantageux de leurs denrées et semblaient devoir prendre une extension rapide.
Si, maintenant, nous nous enquérons de la situation des ouvriers, nous trouvons qu'en 90 le pain coûtait habituellement 1{5 de moins qu'aujourd'hui, ainsi que le vin et la viande, cependant leurs salaires étaient au taux actuel; il est vrai d'ajouter , comme je l'ai déjà fait observer , que les tissus de coton , les draps et les chapeaux ont beaucoup diminué de prix depuis cette époque ; cependant il n'y a pas balance parfaite : le manœuvre qui gagne 30 sous a perdu 6 sous , sur le loyer , de son travail ; or , il ne se loge pas , il ne se vêtit pas assez bien pour regagner cette perte sur les économies qu'il peut faire dans ses dépenses d'abri et de vêtement. Je suis arrivé par une suite d'opérations , trop longues à reproduire , à regarder comme certain
qu'il y a plus d'un huitième de différence , à leur désavantage , sur le prix de leurs journées, comparé au prix des objets qu'ils consomment. Ainsi les révolutions , les améliorations même qui ont lieu dans la société sont rarement profitables à la société toute entière. L'émancipation successive des serfs et l'abolition de la féodalité en 89 , ont eu pour efTet d'améliorer le sort des vassaux et surtout celui des serfs de mainmorte , mais en auisant aux ouvriers des villes par une concurrence de plus en plus considérable , suite de leur nombre toujours croissant. L'abolition simultanée des maîtrises a contribué aussi à produire ce résultat si désastreux pour plusieurs millions de Français.