NANTES , EN L'AN X ET EN L'AN XI
La statistique de Huet nous permet de juger avec connaissance de cause cette époque qui tient le milieu entre la république et l'empire. La statistique se compose de tout ce qu'il y a de positif en économie politique ; par suite > elle embrasse le gouvernement et ses rouages , les richesses dans tout ce qui concerne leur production , leur distribution et leur consommation. Plus parfaite, elle finira par établir d'une manière rigoureuse le dégré de bien-être moral et physique dont jouit la société dans les diverses classes qui la composent, et le jour viendra où l'histoire ne sera plus qu'un résumé rapide des tableaux synoptiques qu'elle aura tracés. D'ici là, profitons de. tous les matériaux qui sont en notre pouvoir pour faire juger et comprendre les diverses phases de notre ville.
En 1802, le mouvement du port, pour le grand cabotage, n'était plus que de 18,301 tonneaux, savoir : 13,704 importés, 4,797 exportés. Sur cette quantité, qui formait le chargement de 136 bâtiments , le tonnage français ne s'élevait qu'à 1,882 tonneaux. Le long cours se trouvait dans une position encore plus déplorable »
relativement à nos anciennes relations. Son tonnage total , au lieu de s'élever à 98,000 tonneaux , comme en 90, ne fut que de 18,471 tonneaux chargés sur 104 navires* 4,269 tonneaux furent importes, et 13,202 exportés. Le tonnage français ne s'éleva , sur cette quantité si minime , qu'au chiffre de 8,066. Le petit cabotage s'était mieux soutenu : 588 bâtiments avaient importé sur notre place 26,305 tonneaux, et exporté 17,610 tonneaux aux prix de 9, 13 et 17 fr. le tonneau pour la côte Nord ; 18, 20, 23 pour la Manche ; 8, 13, 18 pour la cote du Sud ; 25 pour la Méditerranée. La signature des préliminaires de paix fut connue à Nantes le 15 vendémiaire, et dès le 26 on annonçait quelques navires en armement pour Saint-Domingue. 43 bâtiments furent promptement expédiés, savoir; 3 pour la Martinique; 14 pour les Gayes ; 14 pour le Cap , 6 pour le Port-au-Prince , 2 pour Saint-Marc , 4 pour Jérémie, et 5 pour les côtes d'Afrique. Le prix du fret varia, pour les Antilles , de 100 à 140 liv. le tonneau, et les assurances de 3 à 5 , comme en 1790 ; mais nos navires trouvèrent dans la plupart des colonies , les habitants ruinés , et nos denrées s'y vendirent à des prix inférieurs à ceux d'Europe. Lorsque la guerre survint de nouveau, on vit de suite les assurances monter rapidement à 50 et 60 p. °[ 0 , taux auquel les Anglais qui assuraient nos marchandises n'avaient plus intérêt à les faire prendre,
En l'an X ? 8 navires furent dirigés sur l'Islcde-France , c'était 5 de plus qu'en 1790 ; mais il ne faut pas attribuer cette augmentation à un déplacement de notre commerce. Ces navires avaient pour mission de rapporter à Nantes les prises faites pendant la guerre par nos corsaires et déposées à l'Isle-de-France.
L'industrie avait en général moins souffert que le commerce de nos orages politiques. En l'an XI , les mines de Nort et de Moutrelais livrèrent 108,125 hectolitres de charbon de terre. Les salines nous offrent, pour 1802,, un produit de 44 à 48 mille tonneaux. La fabrication des clous , liée à nos relations d'outre-mer , avait été réduite , de 80 mille quintaux métriques , à 10 mille ; la fabrication des toiles n'occupait plus que 230 métiers 9 au lieu de 500 , dans la ville de Nantes. La blanchisserie au chlore avait cessé, 7 établissements s'étaient formés pour la filature mécanique du coton. Les corderies occupées pour le compte de la marine nationale n'avaient ni prospéré ni déchu. La chapellerie ne fournissait plus qu'à la consommation locale. La concurrence des indiennes de fraude avait entièrement ruiné nos fabriques. La verrerie ne fabriquait plus que moitié de ses anciens produits ; les raffineries et les distilleries avaient subi l'influence d'une guerre maritime.
Parmi les établissements de notre ville se trouvaient : une fabrique de pipes occupant S
ouvriers, une autre de faïence, servie par 50 $ une manufacture de porcelaine qui eu employait 40. Les diverses tourbières, exploitées par 4 mille 247 ouvriers, produisaient 3 millions 247 mille centaines de mottes, au prix de 0,10 Je cent. La clouterie, ii Nantes , occupait 240 ouvriers; les fonderies, 30; les toiles peintes, 1300; la verrerie, 31; la raffinerie, 144.
Ou «omplait, à cette époque, pour tout le dé: artement , 14 pharmaciens, 13 architectes, 1/4 aubergistes, 213 boutiquiers , 241 bouchers , 52 charcutiers, 243 boulangers, 1 brasseur, 4 bouquinistes, 8 constructeurs de navires,284 maîtres charpentiers, 247 cordonniers, 1441 cabaretiers, 35 commissionnaires de marchandises, 10 droguistes, 1 entrepreneur de roulage, 8 fabricants de mouchoirs , 24 de cotonades , 1F2 épiciers, 7 fabricants dVau-dc-vie , 9 de chandelle, 1 facteur d'instruments , 4 luthiers, 25 ferblantiers, 23 fariniers , autant de grainetiers, 4 imprimeurs-libraires, 3 libraires, 12 limonadiers, 24 horlogers, 2 manufactures de brosses, 6 d'indiennes, 2 marbriers, 86 marchands de bois à brûler, 41 de draps, 188 de vin en gros , 142 négociants, 124 médecins , 3 dentistes, 74 perru jiiiers , 4 poëliers , 84 propriétaires de bateaux raboteurs , 42 quincailliers , 32 revendeurs , 37 rouliers , 75 tanneurs. Sans doute , le plus grand vice de ce tableau , ce n'est pas d'être incomplet, mais bien d'être fautif. Cependant il serait à désirer
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que j pour chaque époque , on pût etl dresser de semblables ; ils donneraient matière à des rapprochements curieux , et jeteraient un jour tout nouveau sur la distribution des produits, partie de l'économie politique que jusqu'ici Ton n'a pas encore étudiée.
Les prix de la main-d'œuvre en l'an XI* étaient de 2 fr. 50 pour les tailleurs de pierre , les charpentiers, les plombiers et les menuisiers; de 2 fr« 25 pour les maçons et les marbriers; ils variaient de 90 c. à 1 fr. 75 c. pour les manœuvres ; les serruriers étaient payés 3 fr., et les sculpteurs 5 et 6 fr. par jour.
En général, 100 fr. placés en immeubles rap~ . portaient à cette époque de 5 fr. à 5 fr. 55 c. pour Jes praiiies, de 5 fr.60 à 5 fr. 80 c. pour les terres labourables, de 5 fr. 80 c. à 6 fr. 25 c. pour les vignes, de 8 fr. 33 c. à 10 fr. pour les maisons de ville. Prêtés, 100 fr. rapportaient sur billet de 9 à 10 fr. 50 c; sur hypothèque de 6 à 9 fr.; à la grosse, pour les Antilles de 15 à 18 fr»; à la grosse pour l'Inde de 36 à 39 fr.
Le produit de l'octroi de Nantes en l'an XI, se trouve au tableau suivant :
Boissons 196,282 f. 12 c
Comestibles 114,182 14
Combustibles 41,434 92
Fourrages 11,878 46
Matériaux 20,797 67
A reporter 384,575 31
Report 384,575 f. 31 c.
Marchandises diverses. . . . 77,921 48 Droit d'ancrage 45,845 55
Total 508,342 f. 34 c.
La même année,les centimes additionnels produisirent 20,000 fr., le dixième des patentes 6,000 fr., les fermes des domaines 391,730 fr., dans lesquelles se trouvent compris 362,360 f. produit net du bail de l'octroi , formant un total de 417,730 fr. Les dépenses s'élevèrent à 410,747fr. sur lesquelles les frais de bureau figurent pour 38,581 fr.; la garde nationale et les pompiers pour 10,500 fr.; l'éclairage, la voirie et la police pour 77,850 fr.; les hospices et le bureau de bienfaisance, pour 222,700 fr.; l'instruction publique pour 8,000 fr.; le culte pour 17,600 fr.
Les cours de l'école centrale étaient passablement suivis. Le professeur de dessin La marrie avait 114 élèves; celui de mathématiques Barrety 102; celui de langues anciennes Bonnemant, 43; celui de belles-lettres Benou, 27 ; celui de grammaire générale Poirier, 12; M. Darbefeuille avait 20 élèves à son cours de physique et chimie; Le Meignen, 9 à ses leçons d'histoire naturelle. Le professeur de législation Bol lin, n'avait personne, et le cours d'histoire n'avait pas lieu*
Ou comptait 124 maîtres et maîtresses qui donnaient des leçons à 1549 garçons et 568 filles.
Le prix del'instruction variait depuis un fr. jusqu'à 10 fr. par mois. Notre ville avait encore six écoles secondaires , dans lesquelles on comptait 29 professeurs, 117pensionna ires , 74 demi-pensionnaires et 220 externes. Le prix de la pension variait entre 5 et 600 fr. , celui de l'instruction entre 96 et 120.
Le bureau de bienfaisance de Nantes, secourut en Pan XI, 8659 individus sur lesquels 1,586 femmes et £,039 enfants ; le nombre des naissances avait été en 1790, de 3,750 garçons et 3,526 filles; le chiffre des mariages, 1,626; celui des décès, 6,093. En Tan X, il naquit dans l'arrondissement, 2,585 garçons et 2,309 filles; en l'an XI 3,007 et 2,801; en Tan X, il se fit dans l'arrondissement, 880 mariages; en Pan XI, 1363; en Tan X, il y eut 4081 décès; en Fan XI, 5065. La population de l'arrondissement était d'environ 155,000 âmes.
Eu 1803 ( an XI de la république ) , le champ de sépulture connu sous le nom de clos de Miséricorde, fut entouré de murs , le portique d'entrée fut élevé sur les plans de Mathurin Peccot, architecte-voyer. La place Graslin fut pavée ; le pont d'Erdre achevé, et l'autel principal de St.-Pierre rétabli et réparé par les soins de M. Louis Ogée, architecte, conservateur des bâliments civils du département. M. Jean-Baptiste Du voisin
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était alors évêque de Nantes ; la même année , les soeurs de la sagesse de St.-Laurent-sur- Sèvres, furent rétablies au Sanitat. En 1804, M. Bertrand-Geslin fut nommé Maire de Nantes, et MM. Chaillou, Arreau , Amable Savary , négociants, Fellonneau, ancien maître particulier des eaux et forets , furent nommés adjoints.
Le 29 avril, les sœurs de la charité de St.- Laurent-sur-Sèvres, furent rétablies à l'hospice civil. Le 27 mai , Napoléon fut proclamé empereur ; toutes les autorites lui prêtèrent serment de fidélité; peu de temps après , par arrêté du Maire, l'Aigle Impériale fut inaugurée sur l'hôtel de la Mairie, et la statue équestre de l'Empereur, dans la salle du conseil.
Le 6 janvier, le couronnement de Napoléon fut fêté dans notre ville. Le 23 mai, on fêta le second couronnement de l'Empereur, comme roi d'Italie.
Le 21 février , la Loire s'éleva de 12 pieds et déborda. La même année l'église de St.-Donatien, détruite pendant la révolution fut rebâtie par la bienfaisance des demoiselles de Trevelec et des habitants de la paroisse. Le préfet , M. Godefroy Redon de Belleville fit l'ouverture solennelle du temple des protestants et installa M. Pierre de Joux , pasteur de l'Eglise de Genève , comme président de l'Eglise consistoriale des départements de la Loire-Inférieure et de la Vendée. L'ancien bâtiment des Ursulines fut réparé et
disposé pour devenir le collège impérial. La partie du cimetière de Miséricorde destinée aux réformés fut entourée d'une enceinte de murs.
M. Raisin de Boismorin fut nommé cinquième adjoint , et l'ingénieur Fournier découvrit Une inscription romaine extrêmement curieuse, qui faisait partie du tribunal de commerce que Nantes possédait avant l'invasion des Bretons insulaires.
En 1806 , M. Chaillou fut remplacé par M.
Rossel en qualitéd'adjoint. Les archives de la mairie furent réunies et mises en ordre par M. Fournier. Le cours Saint- André fut déblayé et planté; le local acluel de la bibliothèque réparé pour la recevoir; la collection du muséeachetée 38000 francs, un tiers aux frais de la commune et les deux autres tiers au frais du département ; le pont Rousseau reconstruit sur les dessins de M. Rapatel. Enfin, les Ursulines prirent possession de leur nouvelle communauté, rue Saint- Clément. Cette même année la Loire déborda :
les eaux s'élevèrent à 15 pieds 7 pouces au loirimèlre.
L'année 1807 nous rappelle la construction et le pavage de la nouvelle Poissonnerie , l'ouverture de la rue Napoléon ; la construction de la serre du jardin des Plantes dont M. Ogée avait fourni les plans ; l'achèvement des réparations de l'ancien bâtiment des Ursulines \ la réunion des daines carmélites qui furent autorisées à
vivre en communauté, rue Saint-Clément et le rétablissement du séminaire.
En 1808, fut posée la première pierre du portail de l'Hôtel de Ville 9 élevé sur les dessins de Mathurin Crucy. Le Lycée impérial fut ouvert le 6 mai. La veille avait eu lieu a la Mairie la seconde séance publique de la Société des Sciences et Arts du département. Le 19, survint un violent orage mêlé de grule qui dura une heure ; des jardins furent ravagés des murs emportés; l'eau du ruisseau au coin de la rue de Guérande s'éleva de 4 pieds. Le 31, l'on institua une garde d'honneur pour recevoir Napoléon. Elle se composait de deux compagnies d'infanterie de 150 hommes chacune sous le commandement de M.
De Monti de Saint-Pern, et d'unecompagnie de cavalerie dont M. Mautaudouin était chef d'escadron. M. Deurbrouq , colonel d'infanterie , commandait le corps entier. Le l. or août , eut lieu l'installation de l'école de médecine sous la présidence de M. de Celles , alors préfet. M. Laënnec fut chargé de la clinique interne et deUa matière médicale ; M. Blin , de la thérapeutique et de l'hygiène; M. Darbefeuille de la clinique et de la pathologie externe; M. Cochard, des opérations et des accouchements ; M. Lafond,del'anatomie. Le 9 août, à 3 heures du matin , Napoléon entra dans nos murs, accompagné de l'impératrice Joséphine. Ils quittèrent Nantes le 11 à midi. Nos autorités, dans cette circonstance, mirent tout en
œuvre pour obtenir l'approbation du maître.
Elles oublièrent (ce qui était alors si commun et ce qui l'est encore aujourd'hui) o^ue le premier devoir des magistrats consiste a soutenir leur dignité d'homme, et à ne s'humilier jamais que devant la loi.
Le 16 janvier 1809 9 les eaux de la Loire débordèrent et s'élevèrent à 16 pieds 11 pouces. Le 26 eut lieu l'ouverture de la bibliothèque dont M. Carcani fut nommé bibliothécaire. Dans la même année, le pont de Sauvetout fut rétabli; les quais du Port-Maillard et du Château furent commencés par l'architecte Sauvaget, sur les plans de M. Dubois-des-Sausais, ingénieur en chef, et les dames du Refuge s'établirent à Nantes, sous la protection du curé de S.'-Pierre , qui les appuya fortement.
L'école gratuite de dessin avait été supprimée en même temps que les autres cours de l'école centrale : elle fut rétablie le l. er janvier 1810. Le l. er mars, la Mairie acheta la collection de tableaux de M. Cacault. Le 13 juillet, elle passa un marché avec M. Sablet, et promit de lui payer 15,000 fr. six tableaux destinés à orner l'intérieur de la Bourse. Le 18 août eut lieu, sous la. présidence de M. BertrandaGeslin, l'ouverture du Musée d'Histoire Naturelle, dont la direction fut confiée àM. Du buisson. Le31,à7heures55 minutes du matin, on ressentit à Nantes un tremblement de terre cjui dura 4 secondes. Le 17 septembre,
la construction d'un pont provisoire aux Petits- Murs fut arrêtée. Le 14 novembre, M. mo veuve Fournier donna a la Mairie les manuscrits de son mari. Cette même année, une députation du Collège Electoral de la Loire- Inférieure , composée de MM. Bertrand -Geslin, Du fou, Deurbrouq, de Kersabiec et du Cambout, se présenta à l'Empereur, qui leur adressa ces paroles :
ce C'est en entrant dans vos murs que j'ai ap- » pris que des Français avaient rendu mes ai- » gles sans combattre, et préféré la vie et le » déshonneur aux dangers et à la gloire. Il n'a » fallu rien moins que l'expression des sentiments » de ma bonne ville de Nantes, pour me rendre » des moments de joie et de plaisir : j'ai éprouvé » au milieu de vous ce qu'on éprouve au milieu » de ses vrais amis; c'est vous dire combien ces » sentiments sont profondément gravés dans mon » cœur. »
Au mois de janvier 1811,1e quai du château fut planté. Au mois de mars, la Mairie fit une adresse a l'Empereur, au sujet de la naissance du roi de Rome. C'était un assemblage de lieux communs , un de ces thèmes usés en pareille circonstance. Le ministre Montalivet autorisa la ville à dépenser 30 mille francs pour faire des réjouissances; aussi furent-elles très-brillantes. Bonaparte était alors au faîte de la gloire; et, dans notre département, l'on ne maudissait pas encore le conquérant, dont )es victoires illustraient la patrie, dont le génie
fécondait le sol de la France , et qui , de quatre planches et d'un tapis de velours, avait su faire un trône autour duquel s'étaient ralliés les prêtres et les nobles, et que portait ce peuple trop confiant auquel,, en échange de ses services, il imposait la féodalité des parvenus. Le li septembre, la Mairie prit divers arrêtés au sujet de la construction du canal de Nantes à Brest, que l'on devait terminer en 3 ans, de Nantes à la Vilaine. Le 30 décembre , la salle de spectacle de la rne Rubens fut condamnée.
Le 25 janvier 1812, la Mairie transcrivit uu arrêté du ministre qui prescrivait de faire l'inventaire des meubles de la Préfecture. Peu de temps auparavant, l'on avait créé des charges de mesureurs de graiu assermentés. Le 22 février, M. Debay père fut envoyé à Clisson chercher la collection de tableaux achetée par la ville; plusieurs d'entre eux furent presque immédiatement confiés en prêt aux églises. Le 19 mars, Napoléon donna 100,000 fr. aux indigents de Nantes ; le bureau de Charité en reçut 20,000 pour sa part. Le 20 mars , l'architecte-voyer reçut l'ordre de planter le cours Napoléon (aujourd'hui cours Henry IV). Le 31, uu décret impérial défendit la pêche en Loire avec des nasses, depuis 40 brasses en amont des ponts jusqu'à l'embouchure du fleuve. Le 20 avril, 6,600 liv. furent allouées aux soupes économiques. Le 3 mai, la promenade et le pérystile de la Bourse fureut ljvré$
au public. Le 5, les élèves boursiers de la commune entrèrent au Collège. A peu près à la même époque eut lieu l'adjudication des travaux qui restaient à faire dans l'intérieur de la salle de spectacle. Au mois de juillet , une société non subventionnée vint exploiter le Théâtre. Le 14 août, la Bourse fut entièrement livrée au public. Au mois de décembre, les travaux qui restaient à faire à l'Hôtel-de- Ville furent mis en adjudication. A la fête de l'anniversaire du couronnement de Napoléon , qui eut lieu le 6 décembre, la mairie dote une rosière, qui fut mariée îi un militaire retraité. — Dans le cours de l'année 1812, le pain fut constamment à un prix élevé ; mais des travaux bien entendus permirent au peuple de supporter la cherté des vivres sans se plaindre ; le nombre des ouvriers était d'ailleurs peu considérable, et , par suite , leurs salaires au-dessus du taux actuel.
Le 23 janvier 1813, la mairie arrêta d'offrir à l'empereur 50 cavaliers montés ; un impôt extraordinaire de 63,000 fr. servit à payer leurs chevaux et leur équipement. Le 5 février , le sieur Conty Bigot demanda à être autorisé à établir des moulins-à-eau aux ponts de Pirmil et de la Magdelaine. Le 6 mars, l'on commença les travaux du canal de Nantes à Brest dans l'intérieur de la ville , à l'extrémité de la rue de la Casserie, dont quelques maisons furent démolies. Pans les premiers jours de mai, MM. Chauveau
et Richard furent autorises à établir une digue entre Biesse et la prairie au Duc. Le 17 eut lieu l'installation de la nouvelle mairie ; le baron Du fou succe'da au baron Bertrand-Geslin ; MM, Boismorin, Rosse], de Bercy, Roger, furent nommés adjoints. Au mois de juin, M. Darbefeuille, professeur de physique et de chimie à l'hospice de Nantes, expliqua publiquement dans la grande salledela mairiel'usage desboëtesde secours pour les noyés. Le mois suivant (14 juillet) eurent lieu les obsèques du vénérable évêqueDuvoisin : homme de bien, prêtre éclairé, il fut regretté des habitants de Nantes. Le 13 novembre, la mairie décida de faire lire dans les églises, au prône de la grande messe, une instruction sur la vaccine. Le 3 décembre parut une ordonnance qui nommait M. Soubzmain cinquième adjoint*
Le 2 février 1814 furent transcrits , sur les registres de la Mairie , les règlements de police concernant la boulangerie qui sont encore en vigueur aujourd'hui. Le 10 , Boissy- d'Anglas arriva dans notre ville en qualité de commissaire extraordinaire. Dans le même mois , il fut établi un péage au Pont des Petits -Murs. Le 25 mars la Mairie s'occupa d'instituer , au profit des hospices , le Mont-de-Piété autorisé par un décret du 3 novembre précédent , et le 28 elle créa la perception d'un droit de pesage sur les places du Bouffay et du Port-Communeau.
Dans cette nomenclature des faits qui se sont
succédé à Nantes , pendant les dernières années de la république et sous l'empire , il n'est point question du commerce , que la guerre maritime avait entièrement détruit ; de l'industrie , qui ne pouvait prendre un essor rapide pendant que les idées guerrières faisaient fermenter toutes les têtes pensantes ; de l'agriculture , qui , faute de bras , était abandonnée aux femmes ; de la littérature , qui , comprimée dans ses progrès par les censeurs du desposte , n'avait qu'un petit nombre de fidèles , et se bornait , chez nous , comme dans les autres grandes villes de France, à des traductions sans vie, à de pâles imitations d'imitateurs assez froids eux-mêmes, tels que Fontanes ou Delille, ou à des réflexions maigres et en quelque sorte grammaticales , sur l'art et sur les grands-maîtres. Je n'ai rien dit non plus de la philosophie , ni de la science , pendant cette période : la philosophie en était encore à la scolastique, la science n'était cultivée que par quelques adeptes ; personne d'ailleurs , dans notre ville, qui songeât à publier ses pensées; personne qui fût tourmenté de la fièvre du prosélitisme , personne qui eût soif de progrès , et qui liât, en quelque sorte, sa vie tout entière à la vie sociale; si notre Mairie formait des bibliothèques et des musées , c'était moins pour répandre les lumières que pour suivre l'impulsion du chef de l'Etat et satisfaire son amour-propre. Sans le savoir , elle accomplissait la pensée d'uu
tyran qui croyait assurer sa puissance en faisant servir les arts à dorer les chaînes du peuple.