‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 7 sur 35 · DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME SIÈCLE

Beaucoup d'églises , par suite d'héritage , se trouvaient au pouvoir des laïcs. En 1101 celles de Ste.-Croix et de St.-Saturnin à Nantes furent enlevées à leurs propriétaires par les moines de Marmou tiers > moyennant trois sommes d'argent, dont une leur fut accordée comme indemnité, une autre donnée au duc , et une troisième à la duchesse et à son fils. Depuis plusieurs siècles les fondations pieuses ne discontinuaient pas, et les couvents s'enrichissaient. Une coutume ayant force de loi interdisait aux laïcs d'hériter des moines ; ceux-ci, au contraire, avaient droit d'héritage dans leurs familles. Les lieux d'asiles se multipliaient sous le nom de minihis; en 1104 le cimetière de la cathédrale, qui occupait tout le terrain depuis l'église jusqu'à St.-Laurent , devint inviolable, de privilégié qu'il était déjà pour les enterrrements.

En 1105 , des chanoines réguliers furent établis à Boulon par l'évêque Benoît , qui accorda une indulgence à ceux qui visiteraient l'église le jour de la Dédicace , ce qui fut fait du consentement du clergé, des nobles et du peuple. En 1112 , Alain Fergent se retira dans un monastère , et la duchesse , son épouse > au couvent de Fontevraut , où Robert Brissel avait fondé un ordre assez singulier : il se composait de deux couvents voisins , dont l'un d'hommes

et l'autre de femmes. Les hommes étaient soumis aux femmes pour les besoinà de la vie , et celles-ci aux hommes pour l'usage des sacrements. En 1117, le comté fut affligé d'un tremblement de terre. L'année suivante , un effroyable incendie, dont l'histoire ne nous a pas conservé les détails , détruisit la ville tout entière. Pour éviter , à l'avenir , de pareils malheurs , on pratiqua un aqueduc en grison dans les fondements des fortifications. Les chanoines réguliers de Toussaint d'Angers s'établirent , en 1119 , au prieuré de la Magdelaine , situé sur les ponts; ils y installèrent un collège pour > enseigner la grammaire et la dialectique. Quelques années après , l'évêque , par suite de ses divisions avec le duc , se déclara vassal du roi de France , ce qui fit naître une foule de contestations.

En 1127 , l'archevêque de Tours vint présider un concile qui eût lieu à Nantes. Le clergé s'y montra fidèle à cet esprit de charité pour les classes pauvres 9 qui aurait toujours dû l'animer dans de semblables réunions. 11 y fut de'cidé que les débris de naufrages ne seraient plus confisqués au profit du duc , et que les seigneurs , à la mort d'un mari ou de sa femme , ne pourraient à l'avenir s'emparer des meubles du défunt ; on y décréta encore que les enfants , issus d'un mariage incestueux, n'hériteraient plus de leurs parents > et que ceux des prêtres ne suc-

céderaient pas aux bénéfices de leurs pères. Dans Tannée 1134, Nantes n'avait encore que huit paroisses dans la cité : Notre-Dame, Sainte-Croix, Saint-Saturnin, Saint-Vincent, Sainte-Radegonde, S.t-Jean, S'.-Laurent et S l .-Denis.S l .-NicolasetS 1 .- Léonard se trouvaient hors de l'enceinte. En 1138, l'évêque Brice fit bâtir le premier palais épiscopal ; jusque-là les paroissiens avaient joui du droit d'élire leurs curés ; il exigea , en 1140, que cette élection fut ratifiée à l'avenir par lui ou ses successeurs* Les templiers s'établirent, l'année suivante , au quatier de Sainte-Catherine , et Pierre Abeilard mourut. Ses amours , plus encore que ses discussions avec Saint-Bernard, l'ont rendu célèbre. Novateur dans des temps d'ignorance , il fut chef de doctrine et combattit courageusement pour ce qu'il croyait la vérité. S'il ne fit faire aucun progrès à la science , s'il entraîna, de nombreux disciples vers l'étude aride et improductive de la philosophie de son époque; au moins lui doit-on cette justice que de ses liaisons avec Héloïse, de ses écrits et de sa courageuse fermeté naquirent des idées toutes nouvelles deliberté qui se popularisèrent en un instant dans la classe instruite, et surtout parmi les écoliers dont le nombre était très-considérable dans nos grandes villes. Abeilard contribua donc fortement à secouer cette léthargie dans laquelle l'esprit humain dormait au moyen-âge.

Çe fut yer* le même temps qu'eut lieu IVf*

franchissement des communes , en Allemagne , en France , et aussi dans quelques parties de la Bretagne. Les bourgeois obtinrent , en le payant, le droit d'avoir une administration municipale. Les historiens ont donné plusieurs explications de ce fait si important. Les uns l'ont rattaché aux croisades ; les nobles , disent-ils, ruinés par leurs voyages de la Terre-Sainte , avaient besoin d'argent et ne trouvèrent rien de mieux pour s'en procurer , que de vendre des droits aux habitants des villes ? d'autres n'y ont vu que le désir des grands seigneurs de se faire des clients , qui s'élevassent comme une barrière entre eux et les autres nobles , et qui leur permissent de se soustraire à la domination de leurs grands vassaux. Nul doute que ces deux causes n'aient agi puissamment; mais il est vrai d'ajouter, qu'un progrès dans la situation du peuple , a toujours lieu , lorsque l'intelligence du peuple est mûre pour le comprendre. La nécessité commandait l'affranchissement des communes , et les nobles s'y résignèrent , en envisageant cette révolution sous le point de vue qui leur était favorable; ainsi, la plupart y virent une source de fortune , et quelques-uns, leur élévation particulière. Probablement, notre cité obtint aussi dans le même temps quelques franchises ; mais ce ne fut que beaucoup plus tard qu'elle posséda une municipalité élective. Les années suivantes ne nous rappellent que

des contestations à main armée, pour la possession du duché. En 1161 , régna une si horrible famine, que des mères -égorgèrent leurs enfants, et que Ton viola des tombeaux pour se nourrir de cadavres tout nouvellement enterrés.

Richemont, roi d'Angleterre, possesseur. depuis 1159 du comté de Nantes qui donnait alors 40 mille sous ou 730 marcs d'argent de revenu, attaqua la Bretagne en 1166 , et réussit à s'en emparer. Après avoir ravagé la province et promené l'incendie de château en château, ce prince anglais fit reconnaître son fils comme duc et comte de Nantes. Mais ayant exigé qu'on lui prêtât hommage, les seigneurs se révoltèrent et recommencèrent la guerre. Les soldats de Henri commettaient partout les plus horribles brigandages , les Bretons usaient de représailles. Deux années de famine ajoutèrent aux malheurs du pays , et pour comble , une maladie pestilentielle , suite de la misère , vint exterminer encore une partie de ceux qui avaient survécu. S'il faut en croire quelques écrivains, ce fut Henri qui institua la sénéchaussée de Nantes.

Vers la fin du XII. me siècle, la duchesse Constance , belle-fille du roi d'Angleterre , vendit à la ville le droit qu'elle percevait sur le détail du vin , pour une somme de 5 mille sous ou de 5 marcs d'argent. On doit conclure de

ce fait : 1*° Que la ville avait une organisation communale : 2. e Que la perception sur la vente du vin équivalait à un revenu de plus de 20 marcs d'argent ; car l'intérêt était alors bien audessus de 20 p. 0|0. On peut admettre, avec beaucoup d'économistes, que la quantité de travail nécessaire pour produire un hectolitre de blé a peu varié depuis que la charrue est en usage. La valeur du blé est donc en quelque sorte une moyenne à laquelle il faut rapporter la valeur de l'argent , pour la connaître au moins d'une manière approximative : d'après cela , lorsque le setier de blé était à six sous six deniers, 1000 sous de revenu en pouvaient acheter 154, et correspondaient à 4,928 livres en prenant la valeur du setier à 35 fr. Le même mode d'estimation porte à 187>120 fr. de notre monnaie , le revenu du comté Nantais , à cette époque.

Dans l'année 1188 Constance confirma aux religieux de la Magdelaine la possession des ponts , depuis Pirmil jusqu'à la ville, avec ordre, dit l'acte, d'entretenir cette donnaison, ou autrement qu'ils soient damnés à tous les diables avec le trahiste Judas. Un jugement de 1199 termina des discussions au sujet de la nomination des évêques qui duraient depuis 300 ans, et les évêchés de Bretagne furent déclarés suffragants de l'archevêché de Tours , ce qui donna au roi de France influence sur les élections du haut clergé de notre province.

Page 1