ACTE II, SCÈNE II
versant le Lois voisin, je l'eusse fait tomber entre les mains de ces brigands qui ne font grâce à aucuns voyageurs ?
0 ciel ! encore pis !
ROLANDO
Soyez donc d'accord avec vous-même : souhaitezvous ou craignez-vous quelque mésaventure pour mon maître ?. . .
CAROLINE
Ah! je ne sais que penser, que vouloir... Mais, ne pourroit-on pas, sans recourir à des moyens aussi extrêmes que les vôtres...
ROLANDO
Que voulez-vous. Mademoiselle? moi, j'ai pour principe que lorsqu'on fait une chose, il faut la faire en conscience.
CAROLINE, réflécliissant.
Si l'on pouvoit trouver dans l'existence actuelle de Prosper, dans sa position, quelque motif...
ROLANDO
Je ne vois pas...
CAROLINE
Attendez donc!... plus j'y pense!... Et, pourquoi pas?... sans doute !
192 L'HEUREUX MALGRÉ LUL
ROLANDO
Quel est donc le moyen?...
Il est si simple, si naturel, que je suis étonnée que l'id'éc ne m'en soit pas encore venue.
ROLANDO
Expliquez-vous .
CAROLINE
Mon oncle prétend qu'en tout le destin sourit à Prosper, et que la moindre infortune n'eut jamais aucune prise sur lui... Eh quoi ! ne savoir de qui l'on tient le jour ! n'avoir jamais pu prononcer le doux nom de père ! n'est-ce point, de tous les malheurs le plus pénible ? le plus déchirant I Oui , mon oncle ! vous serez de mon avis 5 sans plus tarder, je vais en appeler à votre cœur j et, forcé de plaindre Prosper, vous serez obligé de me l'accorder pour époux.
ROLANDO
Cette idée, sans valoir celle de ma culbute et de mes brigands , me semble assez bonne.
CAROLINE
Si bonne ! que je cours à l'instant la mettre à exécution.