‹ Essais littéraires de Saint-Just (volume 2)Chapitre 153 sur 309 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ZÈTULBÈ.

Oui ; mais tu sais que depuis ses longs malheurs , tout semble exciter sa défiance; c'est au point que, malgré la peine que j'ai prise de lui peindre mon libérateur sous les couleurs les plus favorables, elle s'est persuadée que , d'après son habillement et son apparition subite en ce moment d'effroi , il étoit luimême du nombre des brigands. A l'entendre , sans ma prompte fuite, je n'aurois échappé de leurs mains que pour retomber dans les siennes. Ah, Késie! que ne l'a-t-elle vu! elle en jugeroit autrement, et ne m'auroit pas encore traitée de folle ce matin, quand je lui parlois de ce généreux inconnu.

KÉSIE.

Depuis cet instant , s'est-il offert à vos regards ?

ZÈTULBÈ.

Presque tous les soirs, lorsque, seule dans cette chambre, je m'accompagne sur mon luth, il se rend dans la place qu'on aperçoit de cette fenêtre ; mais , ce que je ne puis concevoir, c'est qu'il ne paroît jamais que lorsque le jour commence à tomber, et toujours sous un déguisement nouveau.

KÉSIE.

Vous vous parlez, sans doute?

ZÈTULBfe.

Oui , mais de si loin !

KÉSIE. .

Cependant, vous vous entendez?

ZÈTULBÈ.

Rarement, si j'en crois mon oreille; mais toujours, si je consulte mon cœur.

KÉSIE.

Maintenant, je ne suis plus étonnée que vous ayez montré tant d'humeur lorsque ce vieux Messour s'imagina que parce qu'il étoit émir, riche et puissant, vous seriez trop heureuse de l'épouser.

ZÈTULBÈ;.

Ah ! que serois-je devenue, si ma mère n'avoit pas consenti à l'éconduire ?

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