‹ Essais littéraires de Saint-Just (volume 2)Chapitre 6 sur 309 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

plus séduisant que celui de Pédrille Olivas Zarborico Carpos.

ZÉLINA.

Dois-tu t' étonner que j'aime à me rappeler le bienfaiteur de toute ma famille ? Si tu savois quel accueil il m'a fait à Madrid lorsque mon oncle vint m'y cberclier l'an dernier pour me ramener ici !

PÉDRILLE

Je ne le sais que trop ! et si tu avois alors été ma femme... Mais heureusement que l'état où se trouve ce château, le rend tellement inhabitable, que depuis deux ans le comte semble l'avoir tout-à-fait abandonné.

ZÉLINA.

C'est ce qui te trompe ; car il m'a dit qu'il avoit grande envie de revoir ce séjour, et qu'il étoit même persuadé que maintenant il le trouveroit plus agréable que jamais. (Prenant un ton naïf.) Je ne vois pas trop pourquoi , moi ; et toi , mon ami ?

PÉDRILLE, à part.

Allons, c'est son jour d'ingénuité.

ZÉLINA.

Tune me réponds pas... Qu'as-tu donc?

PÉDRILLE

Quand j'ignorerois l'impression que tu as faite sur

le comte, il me .semble qu'il me suffiroit de ce qui s'est passé l'aunéc dernière pour n'êlre point fort empressé de faire sa connoissance.

ZÉLINA.

J'en conviens. Mais aussi de quoi vas-tu t'aviser de. te mêler avec cette bande de braconniers qui , non contens de dévaster une des terres de Monseigneur , située à quelques lieues de celle-ci, osèrent résister à ses gardes , se battirent contre eux , et même en tuèrent plusieurs 5 comment as-tu fait cela, toi, qu'on croiroit si prudent ?

PÉDRILLE

Moi , prudent ?. . . Ah ! bien oui 1 tu me connois bien !

(Il regarde si personne ne l'écoute.) Je Ic dis hautement, c'cst

moi qui encourageois les uns , ralliois les autres.

ZÉLINA.

C'est justement d'après cela , que mon père, instruit de tes prouesses , tout en ne te croyant pas aussi coupable que tu voulois le paroître , n'a cependant consenti à notre mariage , qu'à condition qu'il resteroit caché jusqu'à ce que Monseigneur eût accordé le pardon général qu'on attend de sa bonté , et qui peut seul le mettre à l'abri de tout danger.

PÉDI\ILLE, poussant un gros soupir.

De tout danger, dis-tu? Ah !

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