ACTE II, SCÈNE IL
SELMOURS.
Il est vrai 5 voyant ta longue absence Mon amour commençoit à perdre patience.
Mais enfin te voilà ! que tout soit préparé Pour conclure un hymen trop long-temps clifFéré.
MONTALBERT.
Tu sais que de tout temps mon amitié sincère
M'inspira le désir de te voir mon Leau-frère.
Mais par un pareil nœud avant de t'engager,
A choisir un état ne dois-tu pas songer?
Par bonheur, aujourd'hui je suis dans une passe
A pouvoir aisément t'obtenir quelque place. '
Tu n'as aucun appui 5 je dois en pareil cas
SELMOURS.
J'en possède un, mon cher, qui ne me quitte pas 5 Il m'introduit partout, fait valoir mon mérite 5 Et toujours une affaire avec lui marche vite.
MONTALBERT.
Je ne le connois pas.
SELMOURS.
Si ton destin changeoit, ■ -
Sois sûr qu'à ton regard bientôt il paroîtroit.
MONTALBERT.
Il a donc du pouvoir?
SELMOURS.
Tout cède à son approche.
MONTALBERT.
Il réside?
SELMOURS.
Ici près.
A la Cour ?
SELMOURS.
Dans ma poche.
MONTALBERT.
J'entends. Fier de ton bien, tu prétends, je le voi...
SELMOURS.
Vivi'e pour mes amis d'abord 5 puis pour moi.
MONTALBERT.
Non , non 5 il faut te rendre utile à ta patrie 5 Prendre une charge , enfin.
SELMOURS.
Eh bien ! je me marie ; C'est, je crois, en prendre une aux yeux de bien des gens.
MONTALBERT.
Au lieu de plaisanter, d'accord avec mes plans...
SELMOURS.
Non; malgré mes projets, c'est bien assez, je pense, Que l'hymen porte atteinte à mon indépendance ,