ACTE II, SCENE IL ujj
II lui doit le bonheur , bien souvent la santé , Et le premier des biens , surtout j la liberté !
Eh quoi ! penses-tu donc qu'elle me soit ravie , Quand , sous mes volontés , tout se range , tout plie ? D'après ce que tu vois peux-tu croire ?
SELMOURS.
Je croi Que mon valet , mon cher , est plus libre que toi ; Il n'a qu'un maître, au moins.
MONTALBERT.
Eh ! m'en connois-tu?
SELMOURS.
Mille.
Tous ceux dont le pouvoir peut te paroîtrc utile. Despote en son hôtel, esclave chez un grand, L'ambitieux, sans peine, et s'élève, et descend. Qu'on lui fait payer cher ses places , ses richesses ! Et combien ses hauteurs lui coûtent de bassesses ! Sans cesse il parle, agit contre ses sentimens. Pour lui plus de gaîté , de doux épanchcmeus : Quand on l'aborde j armé de sa froide réserve , Il vous sourit d'un œil j de l'auti'e il vous observe ; ' Et , suivant ce qu'il peut vous croire de crédit , Il vous fait bon accueil, ou bien vous éconduit.
ig() LES PROTECTEURS.
MONTALBERT , avec humeur.
Voire éloquence, ici, vainement se déploie;
En deux mots, voulez-vous que pour vous je m'emploie ?
SELMOURS.
Non , mon clier ; ton ami n'aspire à d'autre honueui' Qu'à se voir, aujourd'hui, le mari de ta sœur; Et , puisque près de nous mon bonheur te ramène , Je vais songer au soin de former cette chaîne.
Tu m'en veux? mais pardon; je me suis arrangé
Pour être ton beau-frère , et non ton protégé.
( Il sort. )