VRAI BONHEUR
Heureux sans doute ! heureux ! le mortel dont la vie
N'a jamais excité la pitié ni l'envie ; t •
Heureux encor ! celui que de nobles élans
Fout voler dans les arts à des succès brillans.
Mais plus heureux cent fois! l'être sage et tranquille
Resté toujours fidèle à son champêtre asile j
Que le même bocage a vu naître et vieillir 5
Qui, lorsque ses cheveux commencent à blanchir.
Peut reposer son corps , usé par la souffrance,
Sur le même gazon que foula soa enfance.
Les grandeurs, la richesse , ont pour lui peu de pi'ix.
Ni les cris des plaideurs au temple de Thémis 5
Ni le bruit des clairons dans les champs de Bellone ,
Ne troublent point la paix où son cœur s'abandonne.
358 LE VRAI LONHEUll.
Sans nulle ambition, il borne tous ses vœux A conserver le cliamp qu'il lient de ses aïeux j C'est exprès pour ce cbamp, que le soleil féconde j Ce cbamp est à ses yeux la mesure du monde; Il lui doit le travail , la force , la santé, Et le premier des biens surtout ; la liberté ! La liberté ! le vi*ai , le seul trésor du sage !
L'étude a peu formé son esprit, son langage ;
Des siècles il n'a point approfondi le cours ;
Pour lui leur étendue est celle de ses jours.
Guidé par la nature, et laissant au génie
Le soin de dévoiler les secrets d'Uranie;
Il connoît seulement l'hiver par ses rigueurs ,
L'automne par ses fruits, le printemps par ses fleurs-
L innocence a toujours habité sa demeure ; Aussi, lorsque le temps sonne sa dernière heure; Paisible, des humains il quitte le séjour. Et la mort n'est pour lui que la fin d'un beau jour.