MIRZA, SARAÏ
SARAÏ
Eh quoi ! dans la douleur dont votre âme est remplie ,
Ne connoissez-vous plus la voix de votre amie?
Ce silence effrayant, cette morne langueur,
Bien plus que vos transports, épouvantent mon cœur.
MIRZA, sortant de son abattement.
Est-ce toi, Saraï, dont l'amitié fidèle,
A ce jour que je fuis, malgré moi me rappelle?...
Pourquoi vouloir fixer mes esprits égarés !
Dans ce trouble où mes sens te paroissoient livrés,
D'un bonheur qui n'est plus, l'image retracée,
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Venoit du moins s'offrir encore à ma pensée 5 Je me croyois toujours à ces heureux momens, Où d'un cœur adoré je reçus les sermensj Trop vaine illusion que la douleur remplace I Hélas ! l'amour se tait, le délire se passe 5 Et perdant cet instant d'erreur et de repos , Rendue à la raison, je le suis à mes maux.
SARAÏ
Laissez-moi pai-tager le trouble qui vous presse; C'est un droit qu'aujourd'hui réclame ma tendresse.
MIRZA
Ciel! est-ce un songe?... Non; une effroyable loi
Au tyran que je hais, m'enchaîne malgré moi.
De quel droit forme-t-il un nœud que je déteste?
Ah! plutôt... mais, que dis-je? en cet instant funeste,
Tandis qu'en ce palais nos pas sont enchaînés,
Idalcan, Zéangir, au combat acharnés, ^
Me préparent encore im destin plus horrible.
Que craindre? qu'espérer?... quelle attente pénible!
Mille tourmens divers me déchirent le sein !
Faut-il frémir encor sur le sort d'Orosmin?
Puisse au moins cet ami généreux et fidèle.
N'être point en ces lieux victime de son zèle!...
Mais, réponds-moi; trompant les ordres d'Idalcan,
As-tu vu cet esclave arrivé de Phocan?