‹ Essais littéraires de Saint-JustChapitre 30 sur 232 · MIRZA, SARAÏ · texte numérisé non relu

MIRZA, SARAÏ

SARAÏ

Eh quoi ! dans la douleur dont votre âme est remplie ,

Ne connoissez-vous plus la voix de votre amie?

Ce silence effrayant, cette morne langueur,

Bien plus que vos transports, épouvantent mon cœur.

MIRZA, sortant de son abattement.

Est-ce toi, Saraï, dont l'amitié fidèle,

A ce jour que je fuis, malgré moi me rappelle?...

Pourquoi vouloir fixer mes esprits égarés !

Dans ce trouble où mes sens te paroissoient livrés,

D'un bonheur qui n'est plus, l'image retracée,

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Venoit du moins s'offrir encore à ma pensée 5 Je me croyois toujours à ces heureux momens, Où d'un cœur adoré je reçus les sermensj Trop vaine illusion que la douleur remplace I Hélas ! l'amour se tait, le délire se passe 5 Et perdant cet instant d'erreur et de repos , Rendue à la raison, je le suis à mes maux.

SARAÏ

Laissez-moi pai-tager le trouble qui vous presse; C'est un droit qu'aujourd'hui réclame ma tendresse.

MIRZA

Ciel! est-ce un songe?... Non; une effroyable loi

Au tyran que je hais, m'enchaîne malgré moi.

De quel droit forme-t-il un nœud que je déteste?

Ah! plutôt... mais, que dis-je? en cet instant funeste,

Tandis qu'en ce palais nos pas sont enchaînés,

Idalcan, Zéangir, au combat acharnés, ^

Me préparent encore im destin plus horrible.

Que craindre? qu'espérer?... quelle attente pénible!

Mille tourmens divers me déchirent le sein !

Faut-il frémir encor sur le sort d'Orosmin?

Puisse au moins cet ami généreux et fidèle.

N'être point en ces lieux victime de son zèle!...

Mais, réponds-moi; trompant les ordres d'Idalcan,

As-tu vu cet esclave arrivé de Phocan?

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