ACTE I, SCENE I
Et (lès le premier jour, il en parut épris.
DUPONT
Ainsi le fait est clair j je vois qu'il faut conclure...
MADAME FONDOR.
Que Rosalban , sans doute , aime votre future : Mais est-ce une raison pour qu'il soit son époux? Son rang parle pour lui , l'amour parle pour vous ; Votre cause, mon cher, vaut bien mieux que la siemu-, Avec un tel secours, il n'est rien qu'on n'obtienne; On triomphe aisément des obstacles, du sort. Et l'amant qu'on préfère est toujours le plus fort.
DUPONT
C'est très-bien; mais pourtant, tenant l'état d'un prince, Monsieur de Rosalban parcourt cette province , Et même il doit venir, si j'en crois votre époux, Passer dans ce cliâteau quelque temps avec nous.
MADAME FONDOR.
Hélas ! mon cher Dupont, il est temps qu'il arrive ; De tout, en l'attendant, vous voyez qu'on nous prive; Sur le moment présent Fondor veut rattraper Ce qu'un jour pour son hôte il faudra dissiper : La triste économie et l'austère abstinence Qu'il fait régner chez lui , nous préparent d'avance Aux splendides repas , au luxe éblouissant Dont sou avare orgueil jouit en enrageant.
C'est ainsi que toujours, sans souffrir de répliques. Il nous fait acheter ses festins magnifiques 5 Et que dans sa maison, bien et mal tour à tour, On jeûne un mois entier pour bien dîner un joui".
Je ne puis revenir d'un semblable contraste 5 A l'extrême avarice unir l'amour du faste!
MADAME FONDGR.
Oui 5 tantôt d'amasser éprouvant le désir.
Et tantôt tourmenté du besoin d'éblouir,
Il sent combattre en lui deux passions rivales j
Mais hélas! par malheur leurs forces sont égales;
Si bien que lorsqu' ensemble elles veulent lutter.
Jamais l'une ne peut sur l'autre l'emporter.
Quand l'or l'attire, on voit l'amoui'-propre en alarmes;
Quand l'orgueil le saisit, l'avarice est en larmes.
Voilà comme Fondor, à la gêne, incertain,
Ne peut thésauriser, ni briller sans chagrin.
Du reste, bon, comique en son extravagance...
Mais quel bruit dans la cour!... C'est lui-même, je pense.
De la ville voisine il revient... Laissez-nous;
Je veux m'instruire, enfin, de ses projets sur vous.
DUPONT
Eh bien, qu'en ma faveur votre esprit le dispose; Aux soins de l'amitié l'amour remet sa cause.