DE LA BASIUQUE DE ST. MARC À VENISE
fous avez annonce dans l'avanl -propos de
BiLliothèque Italienne l'intenlîon vraiment libé-
^*« d'insérer dans ce journal les objections qui
^*^tis seraient présentées conti-e les opinions énoii-
*^*ses par les auteurs des différents articles. Je
I**'«uds donc la liberté de voua communiquer quel-
'ï'^es observations concernant l'écrit de M. le comte
*-**<:;ognara sui" les fameux chevaux de bronze de
■* basilique de St. Marc, dont Venise se voit de
**<^H¥eau embellie par les soins paternels de l'em-
P^ïeur d'Auti'iclic. M. de Cicognara est d'avis
l^e ces chevaux n'aient point été transportés de
laie
Rome, du temps
exécutés dans cette capide Néron. Cette opinion
^'est pas neuve, elle a été développée par le com- >nentateur des statues de Saint-Marc, Zanetti, quoique d'une manière moins positive. Il se peut qu'elle soit fondée, mais M. de Cicognara l'appuîe sur des arguments qui ne sauraient être admis, et que cependant l'auteur de l'extrait dans le premier cahier de la Bibliothèque Italienne a laissé passer comme valables.
Les Grecs n'érigeaient point d'arcs de triomphe, dit M» de Cicognara^ donc ils n'avaient point d'emploi pour des quadriges de bronze , tandis que les Romains surmontaient d'ordinaire les arcs de triomphe^ si fréquents cliez eux, de chars attelés de quatre chevaux de front^ comme l'attestent les médailles.
Soit: les Grecs, tant que dura leur indépen« dance> n'érigèrent point d'arcs de triomphe à la gloii'e des vainqueurs, puisque l'usage du triomphe leur était éti*anger. Cependant ils bâtissaient sans doute de beaux portails aux places publiques et aux enceintes sacrées. Mais laissons de côté les aàrcft: de triomphe ; ne dirait-on pas, d'après le raispÀHè^ i&ent de IVL de Cicognara^ que les quadriges etn^ sent été affectés exclusivement à ce genre d'édifid^c Il y avait des emplacements convenables potdr ta magnifique ornement sur les temples et autres taô^ nnments publics. D'ailleurs un quadrige n'étsfi pas nécessairement l'accessoire d'un édifice : il poiH vait être placé tout simplement sur un piéde^tK comme une statue équesti*e; et je prouverai qu'(^ voyait en Grèce beaucoup de quadriges ainsi isol^j
Dans les temples grecs d'une certaine grasr deur on ménageait souvent un plan horizontal de^ rière le sommet du fronton, pour y placer n statue. Une Victoire dorée brillait sur le faîte temple de Jupiter à Olympie. En ce tnoment ] ne me rappelle point d'exemple grec d'un quadrijg placé de cette manière. Néanmoins l'existence ^* cet usage dans l'antiquité ne saurait être contestée
DE ST. MARC A VESfSE.
I l'Ancien fit surmonter le temple de Jupiter Capitolin d'un quadrige en terre cuite. Tarquîn, selon Tite-Live, t'tait grec doi-igine, et sans entrer ici dans lii question de savoir -si son jtère^ le corinthien Damaratus, a été le premier à întroduire les arts du dessin en Etrurie, il faut admettre, je pense, que les Etrusques ont eu des «ommuni cations actives avec la Sicile cl la Grande <jrèce, et que leurs artistes, employés par Tar- ^nin, auront imité les Grecs dans cet ornement : dans beaucoup d'autres choses. *)
*) Des reclierclies plus npprofomlies m'ont co ■vaincu que toute cette histoire est apocryphe, et qu'elle «loit son origine à la vanité de cjuelque auteur grec, (Voir les Annales lîlle'raires de Heidelberg. 1816, No. 48.) Tarqnin qui portait le nom de %a ville natale, Ait élu Toi de Rome, en 617 avant J. C. étant déjà d'un agemûr. Cela Tait remonter l'arrivée de Damaratus eq Etrurie vers le milieu du septième siècle avant notre ère. Or à cette époque Ic;: beaux-arts étaient à peine ébauchés en Grèce; et l'on peut raisonnablement douter laquelle des deui nations, étrusque ou grecque, était le plus en mesure de devenir l'institutrice de l'autre. Selon Pline, Damaratus aurait amené avec lui deux artistes habiles dans la plastique , qu'il nomme Euebir et Engrammus , c'est à dire Bonnemain et Bondesscin, On voit d'abord que ce ^ont des noms inventés à plaisir. Je ne nie point que les Etrusques -n'aient adopté plusieurs usages grecs. Entre autres l'introduction de la mythologie héroïque des Grecs , prouvée aussi bien par des ouvrages de l'art que par des témoignages positifs, est un Tait des plus curieuï. Mais dans les beaux-
LETTRE SUn LES CnEVAHX TE BROKZE
Le célèbre quadrige conduit par le Soleil, que
Lysippe avait fait pour les Rhodiens, coiu-oimaît pro
bableiueiit la cime du temple de celte divinitœ , On ne saurait le supposer placé dans l'inlérieur- ; et quel emplacement plus digne de ce char li:^>' miueux que celui où il semblait, pour ainsi dir^^s, planer dans les airs?
Le tombeau de Mausole se terminait par uk^m-C pyramide qui, se rétrécissant de gradin en gradî^iKi, laissait en baut un espace quarré , où se trouy-^»^ it un quadrige de marbre, ouvrage de Pylhîs. I— ^e massif de celte pyramide pouvait facilement pcï^^^tcr le poids énorme de quatre chevaux de pien--^e, peut-i?ire de grandeur colossale; mais sur les lexM=^^ples on aura préféré les chars de bronze à cai»^» * de leur légèreté.
L'art de jeter des chevaux en bronze lut cuV-~ tivé en Grèce de très-bonne heure. Je puis cît^' deux chars de cette matière antériem's au sièc * * de Pcrîclès , c'est à dîi'e, à cette époque décîsî'VC où les artistes grecs commencèrent à rivaliser ent»"^ eux de graudeui- dans leurs conceptions, et l«* peuples de la Grèce de magnificence dans lea-T^ projets d'embellissements sacrés et profanes.
arts les Etrusques ont mainlenu longtemps un caraclè*^ original. Horace cite, pnrni! les objets de luxe Irès-r^cherchés par les riches, les lïgurlnes i^trusques ÇTyrrhen^ sigilla), quoique Rome ahondSt alors en chefs-d'œuvre grecs. Si ces figurines ressemblaient au Mars du Mui^e de Florence (MiciliT. XXI.}, je ne m'en étoune point'
flérodote parle d'un quadrige de bronze, âtfe telc de quatre juments , qui était placé à Athènes près de l'entrée des. Propylées à gauche. Les Athéniens y avaient consacré la dîme de la rançon des prisonniers faits dfins une guerre contre les Béotiens et les Chalcidéens. Cette guerre eut lieu dans la 68^""® Olympiade, . ce qui nous donne à peu près la date de l'ouvrage.
: Le > ichar . de Cléosthène y vainqueur aux jeux olympiques dans la (îô**"® Olympiade, devait être du même temps, du même = un peu. plus ancien» Qn y avait . observé Tantique usage de. mettre des inscriptions sur, les' statues mémesc les noms des chevaux étaient gi*avés sur leui*s flancs. Pausania's n-iudique pa$ la matière dont ce .quadrige était formé, mais puisqu'il était l'ouvrage d'Ageladas, maîti*e de Myron et de Polyclète, il aura été sans doute de bronze.
Veut-on des exemples de quadriges qui n'appartenaient à aucun édifice, et qu'on avait poséj sur un simple piédestal? A en juger d'après les expressions d'Hérodote et de Pausanias, le char ci-dessus mentionné, placé à l'entrée des PiH)pylées, était de ce nombre. Evidemment tons les chats des vainqueurs aux jeux olympi([ues et pythiques, ou d'autres personnes mémorables, placés dans TAltis, c'est à dire le bois sacré de Jupiter à Olym* pie, et dans l'enceinte sacrée à Delphes, doivent ètxe rangés dans cette classe. Dans la description de Pausanias je n'en compte pas moins de sept à Olympie, dont quatre de bronze, et deux à Del-
Ensaifi im. et hht. 12
178 LETTRE Ètti LEd CHEVAUX DE BRONZE
phes. Cependant Poinsanias passé sous silence beaucoup d'objets^ et ne parle que des ouvrages d'artlateÉ rerioramés^ on de moritimènts^ni ^lui donnaient Heu d'éclaircîr quelque circonstance historique.
Cei faits prouvent déjà que les quadriges de bronze n'étaient rien moins que rares en Grèce! Mais en parcourant les notices que nous fournit Pline, en voit encore bien autre chose. 11 ne cite pas moins de- sept statuaires ou artistes qui travaillaient en bronze^ tous célèbres pour la beauië de leurs bigés et de leui*s quadriges: à la tête d^ toàs Galami^ , contemporain de Phidias , ensnilé Aristide, l'élève de Polyclète, Eophraitor, Menogène, Lysippc, smi fils Euthycrate, et Pyromaque» Tous ces artistes ont fleuri dan$ la grande époque de Tart, ce^t-à-dire depuis la 80^™* jusqu'à la- >[OQéino Olympiade. Pline désigne en particulieiquelques-uns de leurs ouvrages dans ce genre parles statues qui étaient placées sur les chars; mais* la plupart du temps il en parle au pli;i*iel: ils ôtiC £eiit des biges et des quadriges. Il résulte de tout ceci que le nombre des ouvrages de cette espèce était extrêmement considérable en Grèce ^ en Si^^ cile^ dans toutes les contrées peuplées par des colonies grecques, et gouvernées ensuite par les successeurs d'Alexandre. Après la conquête, ces pays furent dépouillés par les Romains à plusieurs reprises; après Auguste, Néron enleva encore beaucoup de statues à la Grèce. Il est donc infini^ ment vraiseniblable que parmi ces troph<ées on
larm transporté à Rome aussi des qoadînges de bronze.
Je passe à Texamen d'un autre argument. On retnarque de fortes traces de dorure sur les chei^aïc de Venise, et les Grecs, dit M. de Cicognara, ne doraient pas leui*s statues de bronze.
Quand même on voudrait admettre le fait, cet allument n'en serait pas plus concluant. Les Ro- THsins, par leur goût habituel pour la magnificence, ont pu faire dorer ces chevaux, après les avoir transportés dans leur capitale, quoiqu'ils ne Teusfilent pas été dans leur emplacement primitif en Gr^ce.
"' M. de Cicognara semble blân^er la dorure •cmnine une faute de goât. La sculpture, il est rhÂ, considérée dans son essence, ne doit pas fasciner les jeux par la variété des couleurs et l'éclat ^es matières précieuses. Elle doit se borner^ à limitation des belles fonnes, et pour les faire ressbitir davantage , elle doit se servir de matières • dVine teinte unie, et dont les reflets , en éblouîsaani, n'empêchent pas de bien dîsceraer les contours. Mais l'art, même en Grèce, ne fut pas' toujours pratiqué conformément à la théorie. NouJs Savons maintenant par les fragments découverts à Égifie, que les Grecs ont d'abord commencé par peindre les vêtements, les armures, les yeux, et peut-être les lèvres de leurs statues, au moins dans cette ancienne école de l'ai't^ désignée par le terme de stjrlc èginèen. Ensuite le grand Phidias se plut à composer des figures colossales, dont
>]a. cliAÎr:^étau d'ivoircy la chevelure et la draperie d'or massif; dans les yeux Tartiste imita même la couleur de Tiris et de la prunelle par de^s pierres précieuses. Ce n'est que vers le temps de Praxitèle que la sculpture, dédaignant les ornements étrangers, osa se présenter dans la lice, nue et j>arée de sa seule beauté, pour lutter contre la nature. Mais il y eut toujours des exceptions à cette règle. L'assertion, que les Grecs n*ont jamais doré leurs statues, est si peu fondée, qu'on peut allé-^ guer plusieurs exen^ples du contraire. Je viens de citer la Victoire de Lronze doré sm' le temple de Jupiter Olympien. Je suis porté à croire, que la simple dorure des bronzes était tellement com- -m^une en Grèce, que les auteui*s qui en parlent^ ne se donnent pas seulement la peine de les désigner autrement que comme des statues d'airain, parce qu'une pareille dorure ne rendait guère l'objet plus précieux. Il me semble que le terme èTcij^çvaoç y dont Pausanias se sert plusieurs fois, ne veut pas dire dorèy comme nous l'entendons, mais couvert de plaques minces d'or battu, *) Gela est évident par un passage de Pausanias, où il parle d'une statue de Minerve de bronze doré, que les Athéniens avaient offerte en don à l'Apollon de Delphes, placée sur un palmier également de bronze. Pausanias vit la surface d'or endom-
*) C'est incontestablement dans ce sens qu'Hérodote emploie les termes ènt'/çvaoç et êndçyvçoçj Lib. IX c. 80.
magée en plusieurs endroits. On débitait à DeU phes un récit miraculeux d'une nuée de corbeaux, cjui étaient venus fondi*e sur cette statue, et Taraient déchirée à coups de bec, comme pour annonoer un événement funeste. Mais Pausanias suppose que des voleurs auraient fait ce dégât. Oi* mine simple .dorure amalgamée par un procédé chi- Bttiqàje avec la surface du brouze, ne pouvait être «in appât suffisant pour engager des voleurs à une entreprise aussi périlleuse, surtout à Delphes, ou. il y avait tajit de choses plus précieuses à voler: «'étaient donc des plaques d'ôi' qui tentèrent leur aTaricê ret qu'Us s'efforcèrent d'arracher. D'après ^ela je crois que la Victoire siir le temple de Jupiter à Olympie, et la statue de Phryné dans Tenceinte sacrée de Delphes, étaient également couvertes d'or,, et non pas simplement dorées, Phryné, «n oilrant son portrait en don y voulut sans doute m même temps étaler sa beauté^ les vichésses ac-. qiiises par .ses charmes, et le talent de son adiant^ et Prakitèle dut en cette occasion complaire à sc^ maîtresse , soit par- le choix de la matière , (car cet artiste ne ti*availlait que rarement en bronze, et' moins heureusement qu'en marbre) soit par. une parure étrangère à son art.
Néron fut blâmé pour avoir fait couvrir dlor une «istatue d'Alexandre adolescent de la ms^in.de Lysippc. On trouva que le charme de Tai't éinit détruit par la magnificence : on enleva l'or, et féline vit les cicatrices et les égratignures que cfette opération avait laissées dans le brouze. 11 n'aurait
pas pu s'exprimer ajosi^ ce me semble, sur une simple dorure, qui n'altère en rien les contours. Mais quoiqu'il en soit, il n'en est pas moins pronrro par les exemples cités, que les Grecs doraient quelquefois les statues de bronze, et même dans les plus beaux temps de Tart, puisque le poi*trait de Pliryné était de Praxitèle, et que la statue de Minerve sur le palmier existait lors de l'expédition des Athéniens en Sicile.
Je ne vois pas ce qu'on poun^ait objecter sous le rapport du goût à la dorure des bronzes » si ce n'est l'éclat métallique; car. du reste la teinte de l'or est belle et unie^ et de plus elle a Tavan* tage d'iitre inaltérable. Or le cuivre encore neof est pareillement luisant, et d'une couleur rougeâtre beaucoup moins agréable. Cette teinte doaoe et foncée, cette belle patine , qui plaît dans les bronzes antiques et dans les bronzes modernes déjà vieillis, l'airain ne la prend que peu à pea par le contact de l'air, et quelquefois il la prend inégalement. Pline dit, qu'anciennement les sta-* tuaires grecs mêlaient souvent de l'argent et même de l'or avec le cuivre employé à fondre des statues. Ils le faisaient probablement pour rendre le métal plus fusible en lui conservant sa ductilité, peut-être aussi pour le garantir du verd de gris, et pour obtenir une ])lus belle teinte* Apre une telle profusion de matières précieuses dans 1^ composition du métal, on se sera sans doute épargné la dorure. Mais on pouvait avoir un moti4 particulier de Temployer pour les quadriges, puî& —
DÉ 5T. MARC A^^ VEIflSE. •' : J.» 183
qu'ils fclaicnl souveni destinés à être 'vus à disUn-* ce. *) Je cuuYieiis iquoii> rie saurait guère regaru der fixement, :âans lé U*e cbioui,' un quadrige doré sur le faîte d'un édifice sous un' 'soleil ardent en plein midi. Je Tai niille fois éprouvé en observant les chevauK de Yenisc à Paris sur l'arc de triom-» plie .des Tuileries ^> où ils étaient :exposés laiix reflets. cuoisés d'un grand char et de deux .Victoires dorées» Mais cet inconvénieDi- esi» racheté' pa^ Tefiet œagique que produit la dorure aiiX' lieui*es dttileyer et du côpcher du soleil. - <
M. de Cicognara tire une autre induction des jmpei*fections de la fonte, qu'il a r^isaiMjuées sur les oorps de ces chevaux^ .pour les attribuer au règne de Néron. Selon Pline Tari d^e jeter» en
" bronze était totalement perdu à Tiépoque où il écri-lvait, ainsi cet art devait être sur son déclin dès la génération préciédenic. > Obsei*von8 cependant
' que l'art de jeter en bronze peut être facilement perdu faute . de pratique , et facilement recouvré par! l'exercice. Car Thabileté dans ce métier ne tient en rien au ^énie des beaux-arts, cpais à une suite de procédés mécaniques qu'enseigne. Pexpé^rience. iOn a recommeneé à jeter très-bien en bronze après le temps de Pline, comme le prouve lu statue équesti*e de Marc-Aurèlé. Je ne croîs
'j* *) Jeoe serais pas étonne, .que rf^pithètc /qwuq^ /4a]:0(, que PinH^^fe donne si souvent auK d^vipités, ^ùi été ., suggérée à l'iuiagination du ppëte par la vue de ires chars récllçuf,ent dor,ç;>.
LETTRE SUR XES GUËVAUX- DE BROIVZE
pas, qu'on puisse' fondre aucun ouvrage ile hifùnze d'une grandeur considérable si parfaitement, qu'en sortant du moule, il n'ait pas besoin d'être i*etoaohé ça et là. On- n'a qu'à yoir ce que dit 'à «e sujet Bénveuuto Gellinî, qui était pourtant un ar^ tiste expérimenté. Les chevaux en question sont de cuivre presque pur, qui entre moins facilement en fusion que lorsqu'il est mêlé d'étain ou de zink; Quelques creux restés dans le corps après- le jet ne doivent donc pas surprendre. M* de Cicognara dit lui-wéme, que le jet des tètes et des jambes est parfait'^, ainsi cet ouvrage :peut être considéré comme excellent, aussi sous le rapport de la fontei Enfin M. de Cicognara appuie sa thèse sur le caractère des chevaux de Venise, lequel, selon liii, né ressemble pas au caractèue des chevaux' véritablement grecs: ils sont charnus et ont les formes arrondies, tandis que les derniers étaient secs et sveltes et avaient la croupe assez anguleuse, comme on le voit par les bas-reliefs du Partbénon. Mais ce* bas-reliefs sont ■ du temps de Phidias : on pourrait douter, si leurs formes ne tenaient pas autant aux pnncipes sévères de l'art à cette époque, qu'à la nature des chevaux qu'on imitait Par l'examen de ces mêmes médailles de Syracuse, que M. de Cicognara allègue en sa faveur, ce doute s'est transformé pour moi en certitude. A mesure que ces médailles portent les marques d'une pins haute antiquité, la maigi-eop des formes est plus exagérée; dans toutes celles qui nont pas encore l'oméga dans la légende
V\-/i* liDB ST. mno A V£I«I8E« i ^ '•
2YPAK0MQN 9 Ton peut compter sur des chevaux décharnés. J'ai vu orne médaille de cette espèce^ tdont la tête de Proserpîne tient encore -de lâi foidear égyptienne: \^s deux chevaux du charr avec lenrs jambes^ longues et effilées ressemblent ^solnipe&tià des mules aifTamées. En revahcbe l^s médailles syracusaines , dont le type annoncé la pterfection de Tart, nous montrent aussi^des <iUevauX' pleins de feu et en même temps miedt
nounrii^ .La collection de la Galerie de Florence
pQsaèdè'Vn superbe exemplaire d^iia grand 'iné-»
dàiUcHi.de Syracusey décrit par Eckhel, (Doctmnà
^^tnork, fréter. P. /. /^. /.:p, 242 i^ fi^ ^ 243*)
^'un admirable' type, dont le relief ft>rt saillatit
permet d'apercevoir parfaitement rembonpoint de^
chevaux du quadrige. L'épaisseur cl le port du
^ou,. le yoluniç du corps, la croupe arrondie, tout
^ïifin est dans le genre de ceux de -VtTiise , .ex^-
ocpté que tla. médaille nous montre les < chevaux
'ftUcés .au .gelop. On voit donc claftrement, que
'^ .maigceuiT ne doit pas être attribitée à là- nature
^^^itëe^.iukais aru. style -de Tart qui, avant d'arriver
^ «V^n^dessin moelleux, caractérisait ^vec effort, ck
^^^illail! péniblement les ressorts du mouvement
^^*3S les corps organisés:. En rapportant le mié*-
^**illon, qde j» viens. de décrire, aux deriiiers-lfenj^s
^•^ - rijDdéj>eiidance de Syracuse, comme |e pense
^^^^on doitiile faire, il appartiendra* toujours .au
^^cle qui a «suivi celui d'Alexandre le Grande ainsi
^11 ne saurait le récuser sous le rapport» de rôri-
S^Halité et de la pureté du style.
LETTRE SUA LES GUBVAUX r^DB BRONZA
Les chevaux de la frise du PRVÛùiuQa sont en efTet sccs^ uiusculeux et d'une cliaix* compacte: idais étant d'ûu relief très-peu saillant^^nous ne pouvons pas juger de leur épaisseur comme s'ils étaiient de ronde bosse. Xénoplion^ dans son livre sur réquitation, veut qu'un bon clieyal ait le porlrail large^ les épaules épaisses, les hanches larges :et chaiv Diies, et que les jambes ne soient pas ti*op ra-piprochécs. Il est vrai que les préceptes deXénophon tendent à former des chevaux de guerre, et non pas des chevaux de course. Mais aussi dans les chevaux grecs destiné^ ^^^ à la^ course de chars, Ton ne doit pas se figurer là^sF^ jj maigreur efflanquée, la taille élancée- et étroile'de chevaux de course anglais. Un attelage -de qu tpe chevaux de fronts et la .forme du stade qu: ^bq| exigeait des tours fréquents,- devaient nécessaire-- ^^ae. ment rallentir la course, de sorte qa'on pouvait ^ y
employer des chevaux bien noiiri'is et de- propoi-^^ «rtions un peu fortes, comme en Hollande on fat jmjiit -courir au ti*ot les chevaux fnsons. Les artistes, e -g-^^en Élisant des quadriges en l'honneur des vainqueurs SivmL^ ux ieuK olympiques, auront sans doute pris pour nK>dèl^ Mei les coursiers victorieux. Or on voyait ■cemconi'^'-s aît à Olympie et dans les autix'S jeux : do- ilaf-Grèc^zi^v^re, des chevaux venus de la Sicile, de (iyvtncm^ en Afrique, des iles, enfin d'Epire et de Maci^doin ^ le; par conséquent les artistes étaient appelée >à iic^^coiter des chevaux de races bien différentes;
Pour les chevaux de Venise, je ne pense [ m
même qu'il faille les considérer comme des cl 3e-
vaux de course. Ce sont des étalons, et céiài^^ot
cl 'ordinaire des juments qu'on dressait à la course cle chars. Sophocle, dans sa fameuse description des jeux pythiques, parle toujours des coursiers: au féminin; Pindare de même, le peu de fois' qu^l iiuiiqae le sexe des chevaux. Hérodote aussi ette ^eax attelages de quatre juments qui avaient rem* jporté trois: prix successifs aux jeux olympiq-ues» Je n^oserais pourtant pas faire de cela, nite: règle générale: les noms des chevaux du char de Gléoa^ ^hène sont masculins. Ce qui est plus important a remarquer, c'est que les chevaux de Venise mar-^ chent au pas et d'une allure fort calme. On voit sur 'lôfr 'vases^ les médailles et les pierres, gravéeis Ttne foule de quadriges dont les chevaux se dres-» «eut sur les pieds de derrière, comme pour s'c-^ lancer au gs^lop. Les Grecs aimaient à faire caracoler les chevaux; on les dressait exprès à cela; ce n'est que dans cette attitude, dit Xénophon^ qu'un cheval déploie toute sa beauté. En consé^ qnence je présume que les chevaux de course étaient d'ordinaire âgurés bondissant et partant' au galop. Le bronze s'y prêtait d'autant plus facilement que le devant du corps n'avait pais besoin d'un support aussi lourd que dans le ' marbre.
D'après tout cela il paraît que les chevaux de Venise ne doivent pas éti*e pris pour des che-^ vaux de course, mais plutôt pour des chevaux de parade , tels qu'on les employait dans les entrées solennelles et les pompes sacrées. Sous ce point de vue on ne saurait assurément blâmer leurs pro* portions comme trop lourdes.
LKTTRI^ .Sun LES CHEViAUX . D£ . BRONZE
'. L'aUtcur de Textrait insiu'é. dans.la BiblioUiièque Italienne traite d'ineptie la supposition dfi quelques antiquaires français qui ont pcnëé que lési-chèyaux de Venise pouiTaicnt l>ién: être de Ljsippe. J'ignore par qui cette thèse a clé sou-i tenue-, mais je suis fort éloigné d'y voir rieii d'absurde. Ce serait une autre affaire, si' Yon yqulait attiûbuer cet ouvrage àiCalainis: il n'est. pas trav-aillé dans un goût assez austère pour cela.
> i Exactis Calamis se mihi iactat .equLu Le style de Lysippe, au contraire, était animé, fa* oile,> élégant; ce beau génie brillait par la vérité de- son imitation* Pour affirmer pûsitivementique ces 'chevaux ne peuvent pas être de la main .de Lysippe, ou sortis de son école, il faudrait posséder quelque ouvrage avéré de ce maître , et être à.imrme de le comparer avec celui dont il s'agtL Mais nous ne pouvons nous former, une idée* des œuvres de Lysippe que par des données génén raies. Gelles-ci au moins ne sont pas contraires à la supposition contestée, et les circonstances bis-* toriques lui sont extrêmement favorables. Tou( le monde; sait que les Vénitiens ont trouvé oe4 chevaux à Constantinople dans THippodrome, lois de la prise de cette ville en 1204. Une ancienne tradition, car il n'existe point de témoignage p# sîtif, porte que Constantin les y avait fait tran/ poiler- de: Rome. Du temps de cet empereur c ne savait plus rien faire de bon , on avait par le tact dc>s beaux-arts, mais 1 adnn'ralion des siée passés pouvait encore diriger le choix parmi
DE ST. MARC A TETfISE.
ouvi^ages existants. Penge-t-on qu'un ''eniperenr 2irl>soIu et qui n'était en, rien gén« ni jiar les droit» des villes, ni par le respect pour les propriétc?s sacrées des divinités payennes, n'aura pas pris ce ^a'il y avait de meilleur en ce genre, pom» emléllir une des plus magniOques places de sa non* ^▼elle capitale? On sait que ni<}me la statue, de Jupiter Olympien a été transportée à Constandnôple. TJn quadrige ordinaire et qui n'eût pas été Touvrage d.*tin maître renommé, n'aurait pas valu la peine cl^étre apporté de si loin. Rome n'avait encore subi les ravages d'aucune invasion; les conquérants Te^iublioains et ensuite les empereurs avaient à Tenvi enrichi cette ville aux dépens de là Grèce. XiCS incendies peuvent avoir consumé- quelque chose; ■ mais il paraît que c'est précisément après le grand 'incendie que Néron envoya son commissaire Craton en Grèce pour enlever de nduveaii les -plus beaux ouvrages de l'art. Pline se plaint que dans, son' temps la foule des chefs - d'oeuvre accumulés à Rome nuisait à leur juste appréciation. Ceux de Lysîppë étaient particulièrement exposés à être transportés en Italie, parce qu'il avait beaurooup travaillé pour Alexandre le Grand; or la Aiacédôine,. ayant été conquise par la force des armes, fut traitée avec moins de ménagement que l>eaticoup de villes de la Grèce ^ : subjuguées gradtiellement sous le prétexte de l'alliance et de la Jirotection* Aussi Quintus Metellus, surnommé le Macédonien, apporta -t- il à Rome. les vingt- cinq statues équestres de Lysippe, érigées à la mémoire
des cavaliers qui avaient pén au passage du Gra« nique, tandis que Cajus Cassius, en dépouillant Tîle de Rhodes , n'osa pas enlever aux Rhodiens le char du^ Soleil du même maîu^e. Mais il j avait certainement à Rome â'auti*es- quadriges db Lysippe, Tartiste le plus fécond et, après Galàmis, le plus célèbre dans ce genre. Si le char doré du Soleil, posé par Auguste sur le temple d'Apol- Ipn Palatin, —
Auro Solis erat supra Jasiigia currus^ — n-était pas de la main de Lysippe, il aura : été l'ouvrage de quelque autre artiste du premier ratig, ainsi ique les bœufs de bronze autour, dt l'antèl, qui étaient de Myron.
Dire que les chevaux de Venise ont été travaillés à Rome du temps de Néron, c^est au foii<L une assertion très-hasardée, parce qu'elle énonce^ sans témoignage quelconque, un fait positif et particulier. Je pense que cette notion, répanduer parmi les antiquaires, doit son origine uniquement à une médaille de eet empereur, dont le revers porte un quadrige sur un arc de triomphe. Oik. voit d'aboixl combien cet argument est fieiible précaire^ Sans donte, la médaille rappelle u arc de triomphe érigé avec son ornement habitueL en l'honneur de Néron: mais s'ensuit-il qne cc^ quadrige ait été jeté en bronze à Rome exprès pour cela, et que ce soit précisément le uié«^ que nous avons? Le commentateur des statuer de . St« Marc va jusqu'à citer comme un trait; particulier de ressemblance les crinières coupées
DE «T. MftKC A VEniSE.
(leÂ^|,qI^<8V9ut. Mais cet usage, quoiqu'il ne ye^ nion^ pas jusqu'au temps. d'Homère , a été de bQpTie heuir.^ très-* répandu chez les ancietis: • les ckqviillx de la frise du Partliéncm ont également la çjf j nier e,.. coupée et arrangée en crête, et cela sç.tVoU ^aus cesse dans les monuments antiques*
Quoiqu'il en soit, si l'opinion de M. de Cic^i^a*» m^t fondée, il n'en faudra pas moins ^ittribucpr les <;hçvaux de Venise à quelque' artiste grec établi à Rome^ Je femi ici une observation géné-^ rfJe suc l'histoire des arts, i C'est ' à tort, ce me s^q;|)>][e>. ; qu'on y parle d'ouvrages iH)fnains en op-* position avec ceux des Grecs. Les Romains, à quel-^ qjii^f^ e|:ceptiotis près, n'ont jamais exercé les beaut-^ ^f\Svi ils t^'en avaient pas le talent> àinsi= qu'ils le recQp^aissent eux-mémesi , . -j^oudent alii spirantia molliiu aera^ ,!.' Qrodo equideniy viyos ducent de niarmore voltùs. U^,^:Qnt fait autre chose que dépouiller la Oreee d'^ord»: : ensuite faire travailler pour eux des ar-' ti^l^s gre<is ou formés à une école: grecque. '^ Ces ai^Mi^tes 9e; pouvaient plus s'élever aussi haut que eeox d^ U .Grèce enoore indépendante, parce que la. .subUoiei époque du génie créateur • était passée cUiis IdS: arts comme dans la poésie; parce que r^SmuIation et l'amour de la paà'ie ne les- anî* n^f^iept plus /^t parce . qu'à. Rome ils n'avaient p»& GQvam^ en Grèce le peuple le plus sensible au beafi) ;povir . spectateur et juge^ parce qu'enfin ils vivaient /dansune situation subaltéi*ne. : Cependant ils A;v9ient toiijourârencore les grands: modèles sous
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leurs yeux. : Plus on leur accordait cle"(;t)ti^icléraxiDïï, et plus ils se rapproch&ieti^' de lancienne pdi'fectiou, ainsi qu'on le «voit sous Adrien qui Iniméme' par ses mœurâ et ses goûts appartenait près- (^ue à la Grèce. IL ne s'agit donc pas de distinguer lès œuvres également originales de deux nations, difierentes , comme par exemple celles des Egyptiens et des Grecs, mais de distingué!^' lés.^^ -^ diverses* époques de Tart elle» • une même nalion^ a: Cfiiïe de' Toriginalité et celte de Tiitiitation' bonnc:^ .le ou* mauvaise» On peut diviser Tliistoire des art^ chez les Grecs en quatre époques:' là!* première s'étiend depuis' la naissance des aits jusque ver — le. siècle de Periclès; la seconde depuiâ 'Phidîat jiisqu'à la lilO*^"® Olympiade. Ensuite* il y èui-^nv ^^n long intervalle, et les beaux-arts ne recoitttaeiiKrr^ cèrent à fleurir en Grèce que vers la 1 &5^™* ÔïynKnza. piade^ voilà la troisième époque, fort estimkb^KIIe encore, selon Pline, mais inférieure à la préc^»»^ dente. Vient enfin Tépoque des emperenîrs ra^nomains qui se prolonge jusqu'à la décadetice ' d es airts. La troisième époque et la première par^fciie de. la quatrième doivent avoir été- par rappc^rt à' la seconde à peu près ce qu'est réôèl-e'd- <*s Carraches, comparée à celles de Kaphaël et ^^câef ses contemporains. Il sera toujours bieti diffi— cile de distinguer, par le style seulement^ les (* Givrages faits en Gi*èce ajh'ès la lôô^*"® Olympiade, dé ceux faits à Rome sous les premiers empereui*^^ à moins que quelque circonstance étrangère à l'art ne vienne à notre secours, comme par exemple ^
l'égard des bustes qui représentent des personnages historiques.
Il serait vraiment surpi'enant que de tant de chefs-d'œuvre des grands artistes grecs de la seconde époque» entassés dans l'ancienne Rome» dans ses environs, et dans les maisons de campagne des seigneurs romains , rien, absolument rien ne tût parvenu jusqu'à nos jours. Jadis on était trop porté à reconnaître quelque illustre original dans chaque morceau antique d'une certaine valeur; aujourd'hui, ce me semble, on donne dans l'excès contraire. Autrefois l'on avait admis tout bonnement que les colosses de Monte Gavallo étaient Pouvrage, l'un de Phidias et l'autre de Praxitèle, c*est à dire de deux artistes qui n'étaient pas con-> temporains, et formaient contraste autant par leur goût et leur génie que par le genre qu'ils cultivaient de préférence. D'autre part le savant auteur du Musée Pio-Clémentin , Tabbé Viscontî, conteste à ces figures héroïques l'honneur d'avoir été sculptées en Grèce; il pense qu'on n'aurait pas transporté des statues aussi colossales. Quel argument! comme si les Romains n'avaient pas embarqué des obélisques! D'ailleurs ces colosses sont de marbre de Thasos, et les blocs dont ils ont été foi*més, étaient nécessairement beaucoup plus lourds que les statues déjà terminées. Le style en est assurément assez grandiose, pour ne pas déshonorer le siècle d'Alexandre le Grand.
L'on a déjà rendu accessibles aux connaisseurs plusieurs productions originales, trouvées en Grèce,
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qui appartiennent aux deux premières époques de Tart, et auxquelles on peut assigner une date asse< précise: les sculptures d'Athènes apportées à Londres par Lord Elgin, celles d'Egiue et de Phigalie^ découvertes nouvellement par une société de voyageurs. À mesure que ces découvertes se multiplieront, riiistoire de Tart pourra marcher avec plus d'assurance»
On sortirait de la circonspection que nous imposent nos connaissances imparfaites, en voulant attribuer le quadrige vénitien précisément à tel ou tel , maiti*e ; cependant je me flatte d'avoir établi avec quelque probabilité que cette noble production, inappréciable parce qu*elle est l'unique de son espèce qui nous reste, pourrait bien provenir de quelque artiste distingué, contemporain d'Alexandre le Grand ou de ses premiers successeurs*
En soumettant ces réflexions à votre jugement^ j'ai riionneur d'être avec la considération la plu* distinguée ,
Messieurs,
Florence j en Mai 1816*
Votre très-humble et très-obéîssar
serviteur
A. W. DE SciILEGEL.
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