CHAPITRE IV
Diversité des races humaines.
Je passe maintenant au côté généalogique de la question. Il consiste à demander: à quelle race d'hommes appartient la nation dont il s'agit? et à quelle famille de peuples?
Les races se reconnaissent à des caractères physiologiques^ universels, ou du moins prédominants chez une masse d'hommes, et tellement constants, qu'ils se transmettent d'une génération à l'autre; les familles de peuples se reconnaissant à l'analogie des langues, qui prouve une communauté d'origine. Une seule race peut contenir plusieurs familles de peuples; mais il est impossible que les membres d'une même famille appartiennent à des races différentes.
La question concernant les races, de savoir si leur diversité est originaire, ou si ces variétés dans l'espèce sont nées de l'influence du climat, a été agitée bien des fois dans le siècle passé et jusqu'à nos jours, non-seulement avec vivacité, mais avec acrimonie; parce que, de part et d'autre, des arrière «pensées se mêlaient à cette dispute. On attaquait et l'on défendait au fond autre chose que ce qui semblait être l'objet immédiat de l'attaque et de la défense. Des thèses hasardées et fondées sur des observations superficielles, furent répoussées par un genre d'autorités, qui ne sauraient être admises dans yne recherche purement
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physiologique et historique. Dans la chaleur de la dispute les antagonistes de l'unité primitive ont été jusqu'à, soutenir que les hommes blancs^ les nègres, et les indigènes de l'Amérique, sont des espèces différentes, ce qui est contraire à tous les principes de la zoologie.
L'Europe moderne peut se vanter de posséder pour la première fois une connaiissance qui a manqué à l'antiquité savante et éclairée, qui manque encore aujourd'hui aux nations les plus poli*cées des autres parties du monde, à moins qu'elles n'aient reçu des communications européennes: je veux dire, la connaissance complète du globe terrestre et de ses habitants.
Cette connaissance, et le grand perfectionnement des sciences exactes et naturelles, caractérisent l'Europe moderne, et forment la base de sa supériorité. Dans tout le reste elle a eu des devanciers, et il a fallu qu'elle se contentât de rivaliser plus ou moins heureusement avec les Grecs et les Romains, dont elle a hérité les richesses intellectuelles.
Les anciens savaient, comme nous, que la terre est un globe, planant dans le vuide; les astronomes d'Alexandrie, avec des iusti*uments ti'èsimparfaits, entreprirent d'en mesurer la. circonférence. Mais le monde habitable à eux connu était extrêmement circonscrit. Il ne s'est pas encore écoulé quatre siècles, depuis que cet horizon si étroit a été graduellement élargi, d'abord par la navigation autour de l'Afrique et le passage
maritime à l'Inde; ensuite par la dtScouverte d'un nouveau continent au delà de l'Océan Atlantique , et d'un autre océan plus vaste entre l'Asie et l'Amérique. L'entreprise, jadis regardée comme impossible, de mesurer la circonférence du globe a force de voiles, de revenir au point de départ sans jamais rebrousser chemin, a été exécutée tant de fois avec succès, qu'un tour du monde n'est plus qu'un événement ordinaire, qui excite à peine la curiosité de quelques amateurs. Les mers ont été parcourues dans toutes les directions, dans toutes les zones, et même fort avant dans les régions glaciales. L'étendue et la configuration des grands continents, ainsi que la situation des tles, sont connues et déterminées par les moyens scientifiques que nous fournissent l'astronomie, la géométrie, et les insti*uments perfectionnés. Les découvertes importantes sont épuisées; une petite lie inhabitée dans l'Océan Pacifique, qui aurait échappé à la vigilance de tant de croiseurs précédents, est une trouvaille pour un navigateur.
L'on peut affirmer que le contour est en général correct et même précis, à l'exceptions de quelque vague qui reste aux extrémités* Mais pour ombrer ce ^dessin et le colorier au naturel dans toutes «ses parties, il reste encore une infinité de recherches à faire, principalement dans Tintérieur des grands continents, par rapport soit à la géographie, soit à l'ethnographie.
Toutefois, en joignant aux connaissances positives les inductions probables, nos moyens sont
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suffisants pour entreprendre de.^ passer la revue du genre humain » et de classer systématiquement les populations si fortement conti*astées qui occu- * peut le globe.
Assurément 9 la recherche sur le caractère essentiel et l'origine des races, est une des plus intéressantes qui puissent exercer Is^ sagacité An philosophe, de rbislorien, et du naturaliste. Mais la solution en est difficile, d'autant plus qu'elle se complique avec d'auti*es questions également problématiques, et qui, de même, ont été traitées bien souvent sous l'influence d'une polémique passionnée. Quel était l'état primitif de l'iiomme? Quelle est la durée passée du genre"" humain? Depuis son existence, la surface du globe a-t-elle subi de grands changements, soit par des révolutions subites et violentes, soit par le refroidissement graduel de la température? Voilà des questions auxquelles il faut appliquer l'examen le plus calme et le plus impartial; et après avoir employé à les éclaircir tous les moyens que nos connaissances actuelles nous fournissent, les esprits les plus sages finiront peut-être par douter, et par avouer leur ignorance.
L'école de philosophie dominante dans le dix-huitième siècle, il faut l'avouer, n'aviiit pas cette circonspection. C'est pourquoi les découvertes importantes en fait de géographie, déjà faites de son temps , ne lui ont guère profité. Toute négative qu'était cette école , elle aimait mieux bâtir des systèmes en Tair, que de s'engager
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dans la carrière laborieuse des observations natul'elles, et des études historiques et philologiques. Aussi ce siècle a-t-il vU éclore une foule de théories, sur l'état de nature, sur l'origine des langues, sur les commencements et la marche de la civilisation; théories sans base réelle, et qui ne nous avancent pas d'un seul pas, lorsque nous tâchons ' de pénétrer plus avant dans une antiquité inconnue.
Combien n'a-t-on pas raisonné et déraisonné sur l'influence du climat, non -seulement sur le physique de l'homme, mai^ sur ses qualités intellectuelles et morales, et même sur sa constitution sociale! Et comment caractérisait-on les climats! Le midi et le nord, le froid et le chaud. Voilà une distinction bien grossière pour une chose aussi complexe, aussi nuancée, ^t souvent aussi indéfînissable. Si l'on entend par climat l'ensemble de toutes les causes matérielles qui affectent directement ou indirectement les habitants d'un pays, il faudra convenir qu'elles peuvent produire des modifications très -sensibles sur leur tempérament et leur constitution corporelle. Mais il s'agit de constater, si ces causes sont suffisantes pour effacer le caractère distinctif d'une race, et pour y substituer un caractère différent.
Toutes les expériences qui ont été faites sur des colons transplantés en des climats fortement contrastés avec celui de la mère pati'îe, semblent décider cette question dans la négative. Les créoles européens, dans toutes \tA parties du mond^.
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ont conservé leur physionomie nationale. Dans la zone, torride 9 leur teint s'est bruni: voilà tout, à moins qu'il n'y ait eu mélange de sang et, croisement de races. Il est un genre d'expériences d'une date bien plus ancienne en faveur de 1^ même conclusion: c'est le voisinage de peuples de races différentes, depuis des temps immémoriauXy où cependant la ligne de démarcation n'en est pas moins restée tranchée. Les Lapons sont voisins des Suédois; il est probable que leurs an- ^ cétres ont anciennement habité plus vers le midi, et qu'ils ont occupé, si non la Scandinavie entière, au moins une grande partie. Les colons de race germanique, plus courageux et plus robustes que ce peuple faible et inoffensif, l'ont constamment repoussé vers les régions glaciales* Si les Lapons sont devenus ce qu'ils sont par l'effet du climat, les Suédois, en empiétant sur leur territoire, aui*aient risqué de se transformer en Lapons, ce qui pourtant n'est point arrivé.
En général , les défenseurs de l'unité généalogique prise à la lettre, par le même motif et dans le même système d'opinions, n'ont accordé au genre humaine qu'une très-courte durée dans le passé. 11 ont rendu par là leur thèse plus difficile à soutenir. Car il est naturel de présumer, qu'il a fallu l'action des. mêmes causes physiques, accumulée pendant des milliers d'années, pour produire un caractère de race tellement permanent, que quelques siècles passés sous des influences contraires n'y ont opéré aucun change-
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lnent^ ou l'ont, tout au plus, légèrement effleuré. La force de cette objection serait cependant afiaiblie, si Ton pouvait admettre la comparaison entre le genre humain et un individu^ entre les âges du monde et ceux de la vie humaine. L'enfance est flexible en tout sens ; Thomme adulte ne. change plus. Ainsi la divergence des races aurait pu s'effectuer rapidement dans les premiers temps, quoiqu'elle soit devenue, plus tard, un caractère indélébile*
Il me paraîtrait hors de propos de traiter ici à fond cette controverse. Sans rien préjuger, j!ai seulement voulu définir les points principaux sur lesquels elle roule, et en donner une notice littéraire.
Pour la question qui nous occupe, il suffit que les races soient aussi anciennes que l'histoire, et cela est incontestable. Les témoignages les plus anciens nous décrivent l'Afrique intérieure comme le pays des hommes noirs. Sur des monuments égyptiens, qui datent de quinze cents ou de deux mille ans avant noti*e ère, on voit des portraits de nègres, parfaitement ressemblants à ceux d'aujourd'hui. Les Égyptiens y sont fortement contrastés avec cette race étrangère, soit par la couleur, soit par la taille, et surtout par le profil des têtes. Ils sont peints en rouge ; mais il ne s'ensuit pas qu'ils aient appartenu à une race cuivrée. Il ne faut pas oublier que leur peinture était monochrome, et ne pouvait exprimer autrement la carnation rembrunie par Teffet d'un ciel brûlant.
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SuV ces mêmes monuments les nations asiaticpies, vaincaes* par Sésostris , sont très-distinctement caractérisées, n en est de même des figures sculptées sur les ruines de Persépolis, qui se rapportent à une époque moins ancienne. Lisez la description des Huns dans l'histoire de Jornandès: c'est un portrait vivant des Calmouques.