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CHAPITRE V

Caractère physiologique des Hindous.

Platon affirme que, depuis dix mille ans (mais glissons sur la chronologie, et disons, depuis des temps immémoriaux), les Egyptiens avaient figuré leurs dieux d'après le même type, et que leurs prêtres n'en permettaient pas la moindre altération. Si les Brahmanes ont suivi le même principe, comme il y a tout lieu de croire, nous pouvons espérer de retracer la physionomie hindoue à une époque fort ancienne. Quelques écrivains ont révoqué en doute, à tort ce me semble, la haute antiquité de ces rochers façonnés en temples, dé ces montagnes creusées, de tous ces merveilleux monuments d'architecture dans Tlnde, dont la plupart n'ont attiré l'attention des voyageurs que depuis peu. Mais sous le point de vue dont nous les envisageons, la date inconnue de leur construction devient à peu près indifférente; car les sculptures qui s'y trouvent attachées, seront en tout cas des imitations de sculptures plus anciennes. U

n'îraporte guère non plus qu'elles représentent des sujets mythologiques ou historiques^ puisque l'on sait que les nations ont généralement formé les dieux à leur image. Seulement dans Tenfance de l'art, où le type a été fixé, les artistes ont cru atteindre à l'idéal, en exagérant les traits qui passaient pour des beautés. Les petites idoles en bronze, destinées au culte domestique, sont, à leur tour, des copies réduites des statues adorées dans les temples. L'on peut donc, dans des ouvrages modernes de l'art 5 contempler l'ancien type de la physionomie nationale. Je parle toujours des idoles provenant de l'Inde proprement dite. Dans l'tle de Java les divinités brahmaniques, par complaisance pour leur nouveaux adorateurs, ont souvent adopté la physionomie malaie , comme le prouve la collection très-curieuse d'originaux, rapportée par feu Sir Stamford Raffles. Les idoles de l'Asie centrale, ou tant de sujets mythologiques originairement indiens ont été introduits par les Bouddhistes, sont devenues Mongoles, et horriblement enlaidies.

Les peintres hindous imitent la nature avec tant de fidélité, et même avec une naïveté si spirituelle et si pleine d'expression, qu'on peut trèsbien, moyennant leurs portraits, se former une idée juste de la physionomie nationale, sans avoir été dans lé pays ; et cette physionomie est la même que l'on reconnaît déjà dans les plus anciens ouvrages de l'art. Le visage d'une forme ovale, le front élevé et dominant les parties inférieures^ les

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pommettes des joues effacées 5 les yeux placés horizontalement, grands, quoique voilés par d'épaisses paupières bordées de longs cils, et surtout bien fendus; un nez saillant et souvent aquilin, dont l'arête est bien marquée , les v ailes rapprochées et s'élargissant peu, l'ouverture des narines tournée vers en bas; les deux rangées de dents placées verticalement l'une au dessus de l'autre; la bouche petite, délicatement tracée, et bordée de lèvres modiquement gonflées; le» menton arrondi; enfin, des cheveux noirs, longs, soyeux et ondoyants, mais non crépus; chez les hommes à l'âge viril, une barbe touffue qui, si elle n'est pas coupée, pousse jusqu'à une grande longueur; ajoutez à cela une taille svelte, surtout chez les femmes, une belle proportion entre la hauteur des jambes et des cuisses, et la partie du corps comprise entre les épaules et les hanches; des mains et des pieds d'une élégance remarquable : tels sont les traits qui rangent les Hindous incontestablement dans la race d'hommes à laquelle appartiennent les Persans, les Arabes, les habitants de l'Asie antérieure, et de l'Europe; tels sont les traits qui, d'autre part, les séparent de leurs voisins vers le nord, l'orient et le midi; des Tibétains, des Mongoles, des Pégouans, des Siamois et des Chinois, enfin des Malais et des autres tribus qui peuplent l'Archipel indien et l'Océanique. Ceux qui n'ont pas fait une étude particulière de ces matières, objecteront peut-être que, de cette façon, les Hindous seraient classés dans

la race blanche, tandis qu'ils sont noirs. En effet, ce sont des locutions populaires et familièrement employées: les sujets noirs de S. M. Britannique à Calcutta; et à Madras la ville noire, c'està-dire le quartier habité exclusivement par les indigènes. Mais , à parler exactement, les Hindous ne sont pas noirs comme les nègres; ils sont seulement très-basanés ; et cette teinte foncée varie beaucoup selon les provinces qu'ils habitent, le genre de vie qu'ils mènent, les classes sociales, et les sexes. On a remarqué que les Brahmanes du Malabar, d'un des pays les plus chauds de l'Inde, ont conservé une teinte fort claire. Dans la partie septentrionale les femmes d'un rang supérieur, qui ne ;sont jamais halées par le soleil , brillent mùme, si l'on peut s^en fier aux portraits, d'un bel incarnat, et ne sont pas plus brunettcs que les beautés de l'Europe méridionale. En général, la couleur de la race blanche , qu'il faudrait plutôt, pour s'exprimer avec exactitude, appeler la race à peau transparente, est infiniment plus sujette à se modifier, tant par l'effet d'une chaleur passagère que par l'action constante du climat, que ne l'est la couleur des autres races, noire, cuivrée, jaune, et brune ou olivâtre. D'ailleurs, la couleur est un caractère trop superficiel pour servir à classifier les races. Ce n'est que la dernière ramification des phénomènes produits par la diversité de l'organisation intérieure. Vainement un philosophe célèbre, Kantj a-t-il essayé de faire de la couleur le caractère essentiel, et de rame-

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ner les races, classées d'après ce principe, à priori à Tunité primitive. Il a été réfuté victorieusement par George Forster^ le jeune compagnon de Cook dans son second voyage autour du monde. C'est Blumenhachj le Nestor de nos naturalistes qui a fait les recherches \qs plus profondes et les plus scientifiques sur ces variétés dans l'espèce humaine, et qui, en même temps, a mis le plus de circonspection dans l'énoncé des résultats. Blumenbach prend avec raison pour base de la distinction des races, la structure et les dimensions du crâne, et son agencement aux vertèbres du cou. Car il est évident que la forme du crâne même, qui ne se durcit que graduellement dans l'embryon et l'enfant nouveau né, est déterminée par le développement du cerveau, de cet organe matériel de la pensée; ensuite la partie osseuse de la tête détermine , à son tour, la figure, la position, et les proportions des parties charnues. Or le visage est le siège visible de l'humanité: c'est là où l'activité de toutes les facultés intellectuelles trouve une expression. C'est, comme Cîcéron l'a si bien remarqué, le caractère dîstinctif de l'homme, et qui, même dans son apparence extérieure, le place à une distance infinie de toutes les espèces animales, Blumenbach a formé le premier une riche collection de crânes, provenant de toutes les parties du globe et d'un grand nombre de nations. En combinant la forme du crâne avec les autres différences physiologiques, il divise le genre humain en cinq races principales. Il range les

Hindous dans celle que j'ai désignée auparavant^ et qu'il appelle la race caucasienne; tant à cause de la position centrale de cette chaîne de montagnes, que parce que sur son revers méridional^ en Géorgie et en Gircassie, le type de la race se ti*ouve dans une rare perfection. La dénomination pourrait paraître arbitraire; mais peu importe, pourvu que la. classification soit juste.

La décision du grand naturaliste est pleine^ ment confirmée par le résultat des recherches sur rafilliation des langues, dont je parlerai bientôt.

Mais ici s'élève une nouvelle question: les Hindous sont-ils de race pure ou mixte? On a contesté, en effet, aux anciens Hindous la pureté ^ de leur sang dont ils sont si fiers; on a étayé cette thèse par la division en caslas, et par la condition servile où se trouve la dernière des quatre, celle des Soudras. Une telle dégradation de la grande masse du peuple, dispit-on, n'a pu s'introduire qu'à la suite d'une conquête. Les deux ou même les trois castes supérieures seraient donc, dans cette supposition, la postérité des conquérants; et les deux castes inférieures, où la quatrième seulement, seraient les descendants du peuple subjligué. Gependant l'histoire nous offre en foule des exemples d'inégalités tout aussi choquantes, et qui néanmoins se sont introduites par des changements graduels et intérieurs dans l'ordre social, sans bouleversement subit et violent. En Europe le servage, l'état du laboureur attaché à la glèbe, a existé pendant le moyen âge, non -seulement

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dans les provinces anciennement romaines^ où. Ton pourrait le rapporter à la conquête, mais dans des pays dont la population est incontestablement homogène. C'est la nature qu'il faut accuser en premier lieu de l'inégalité parmi les hommes, puisque les individus naissent très-inégalement doués de facultés physiques et morales. Dans la formation de la société des hommes intelligents, courageux, actifs, persévérants, ont obtenu des avantages, parce (^'ils se rendaient utiles ou même nécessaires à leurs concitoyens; ils ont ensuite usurpé des privilèges ; leurs descendants , placés dans une situation avantageuse, n'ont plus eu besoin de la même énergie pour s'y maintenir; et la classe opprimée a fini par se résigner à sa situation, comme à un arrêt de la destinée, surtout lorsque quelque opinion religieuse s'y joignait Cela suffit pour faire concevoir comment la division par castes, et la dégradation de la dernière, a pu naître au sein d'une même nation. Mais la nature de la langue sanscrite, et son ancienne universalité dans tout le nord de l'Inde, fournit une preuve positive de la pureté du sang Hindou.

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