‹ Essais littérairesChapitre 11 sur 42 · LA CHANSON DES MOISSONNEURS · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES MOISSONNEURS

Voici les buffles qu'on attelle , Et qui marchent péniblement ; Les jeunes gens dansent gaîment Devant le char la tarentelle.

D'autres là- bas , suivent de loin , Avec les brunes jeunes filles , Le long des épaisses charmilles , Oîi l'on peut parler sans témoin.

Et tous s'en vont gagnant la plaine , Au détour du lac d'Albano ; Aucun vent ne ride son eau ; De parfums la vallée est pleine.

Les blés sont mûrs pour la moisson ; On cueille les épis superbes , On met en tas les blondes gerbes...

Les moissonneurs ont leur chanson :

C'est une chanson douce et tendre, C'est la chanson des jours heureux , Que répètent les amoureux , Que toujours le cœur veut entendre !

Albauo.

AU GAMPO VACCINO.

Sur quelque marbre saint que l'étranger révère , Au Campo Vaccino quand je venais m'asseoir, Les Termes de Titus et l'Arc du grand Sévère Disparaissaient voilés par la brunie du soir.

Tandis que s'allumaient les lampes des madones , Que des femmes passaient gagnant Trastevere, Que des (cidri dormaient derrière les colonnes, (Couvrant leur maigre corps d'un manteau déchiré;

Que des enfants allaient au Corso , pour entendre — C'est l'heure où le Corsos'emplit de chants joyeux,— Les lazzis élernels du bonhomme Cassandre , Ironique vieillard, boulTon capricieux ; —

lïALIA. 367

Moi , je pensais : — Ta gloire ici fut sans égale , O Pétrarque! et César eût envié le jour Où le peuple, inondant la route triomphale, Te suivit à grands cris , ivre pour toi d'amour.

Cher poète , au retour j'irai voir ta retraite,

Tes monts, le vieux château comme un nid sur leurs flancs,

El les flots débordant de la source discrète ,

Et les grands rochers noirs couchés dans les flots blancs.

Ton livre est ainsi fait : on y voit ta belle âme Comme à travers l'eau vive on compte les cailloux ; Oh! tu savais aimer d'un amour plein de flamme.... — Maître, je vous comprends, car j'aime comme vous.

Rome.

Le vent a fait tomber des arbres, cette nuit, Lcsdoucesfleursde mai qui garnissaient leurs branches. Et , grâce à ce tapis de fleurs roses et blanches , Le pied du promeneur peut se poser sins bruit.

Vers celle que son cœur en secret a choisie Par le senter du bois il s'en ira ce soir ; Elle est folle et naïve , et vif est son œil noir ; De sa lèvre s'écoule un flot de poésie.

308 ESSAIS littÉraiuks.

Elle l'aime, il en croit son sourire et ses pleurs;

Alors qu'il doit venir, à sa porte elle écoute.

— Beau printemps, chaste amour, oh! toujours sur leur route

Laissez comme aujourd'hui, laissez tomber vos fleurs. -

Rome.

Quand le temps est clair, Et qu'on est en mer.

On voit à Sorrenle Une humble maison Blanche à l'horizon , Abri d'âme errante.

C'est là , sous ce toit , Qui de loin se voit , Qu'habite ma belle.

Vraiment, sans regret , Moi , je donnerais Le monde pour elle !

Et je viens souvent, Poussé par le vent

Oui gonfle ma voile , Sans craindre l'écuoil , Ponrsnivre de l'œil Notre double étoile.

Je dis : La voilà !

Puis , je reste là Long-temps en silence ; Sur le golfe bleu, Qui paraît en fou , La bar([ue balance.

Quand l'amour vainqueur Entre dans le cœur, Pour toujours s'y pose ; Tous les biens vantés , Luxe et voluptés, Semblent peu de chose !

Naplfts.

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