‹ Essais littérairesChapitre 22 sur 42 · SOUVENIR DE LA FLANDRE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE LA FLANDRE

Marie , en parcourant les campagnes flamandes , Pays de grands combats et de vieilles légendes , Où se croisent partout des chariots pesants Attelés de chevaux à la large encolure, Au poitrail bien ouvert, graves dans leur allure Comme ces paysans,

Dont Teniers autrefois nous a tracé l'histoire , Qui fument accoudés à quelque table noire , Et discutent entre eux les nouvelles du jour ; Tandis que du foyer la rougeàtre lumière Éclate dans le fond , et que les pots de bière Circulent à l'cntour ;

Pays où chaque église , encor splendide et riche, A son portail sculpté, des saints dans chaque niche, Dans son hardi clocher de joyeux carillons Qui s'appellent sans cesse, en chanlanl dans la nue , Se parlant à grand bruit une langue inconnue A nous, pauvres grillons;

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J'ai Ml bien des tableaux signés par de giaiids maîli-cs Rayonner au soleil qui loinbail des fenèlres, Se teignant aux vitraux d'or, de poiupre et d'azur; Toiles où se tordaient des martyrs athlétiques , Où Van-Eyck a tracé ses rêves symboliques , D'un dessin grave et pur.

Mais j'en sais un surtout , dans une des chapelles De Saint-Bavon de Gand ; les têtes en sont belles. C'est Otto Yenius qui peignit ce tableau ; Ce peinlrc-là vivra, Rubcns fut son élève; Il a re|)résenlé Lazare qui se lève Du fond de son tombeau.

(^e n'étaient ni le Chr.'st à la figure austère , Ni le mort déjà froid se dressant sur la pierre , Comme un homme ébloui s'éveillant l'œil hagard ; NM les Juifs accourus en foule , ou les apôtres , Près du maître pressés les uns contre les autres, Qui fixaient mon regard.

Mais c'était une femme , en un coin , pâle et blanche, Qui , les bras étendus, vers Lazare se penche , Et joyeuse sourit. — Ce sourire est si doux , Que l'enfant, on le voit, y met toute son àmc; Or, le peintre avait pris vos traits pour cette femme : Je ne voyais que vous

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