‹ Essais littérairesChapitre 24 sur 42 · XVJ · texte numérisé non relu

XVJ

Depuis que nous suivons ainsi la même voie, Et que de cet amour que Dieu sans doute envoie Afin de nous marquer pour le ciel entre tous, Un rayon lumineux est descendu sur nous ; Depuis que vous ici , femme tremblante et frêle, Si forte pour aimer, m'avez pris sous votre aile , Me faisant un lieu sûr en vous , priant pour moi , Quand le doute venait , me disant : Ayez foi ! Endormant d'un seul mot mille peines secrètes , Me montrant le ciel bleu tout ouvert sur nos têtes ; Puis, quand notre horizon parfois s'obscurcissait, Qu'un nuage orageux dans le lointain passait , Parlant d'un avenir plus tranquille et moins sombre, Entrevu sûrement comme un point dans cette ombre , Comme un point qui granditen s'approchant toujours, — Depuis ce jour enfin , licureux entre mes jours, Je n'ai rien regretté , rien cherché , même en rêve ! D'autres ont le travail qui commence et s'achève , Qu'on poursuit, la sueur au front, sans se lasser; Folie et vanité! — moi , n'ayant à penser Qu'au bonheur d'écouter votre douce parole, Laissant pour un moment toute ambition folle, Ne réveillant jamais des désirs oubliés , Calme , hcm-eux , moi je vis doucement à vos pieds ;

Et tout ce que mou cœur dans sa fibre a de force, De trésors enfouis, de sève sous l'écorce. J'ai placé tout cela sur un seul mot: — aimer! Pour que ma vie ainsi puisse en vous s'enfermer.

septembre i8.

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