‹ Essais littérairesChapitre 25 sur 42 · A MADEMOISELLE DE FAUVEAU · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE FAUVEAU

On ne rencontre pas tous les jours en ce monde

Un Benvenuto Cellini , Qui veuille, plein d'amour et d'une foi profonde,

Faire une œuvre d'un beau fini ; Les yeux vers l'avenir, sculpteur au front sans rides.

Tranquille dans son atelier.

Le dos tourné , laissant les envieux avides

S'attrouper au seuil et crier.

Ciselant à loisir l'œuvre qui le réclame ,

L'œil fier, le visage serein , Traduisant ce qu'il a de croyances en l'ànie

Sur le bois , le marbre ou l'airain !

Créant, comme Gaddi, de chastes figurines.

Mains jointes , le regard au ciel , Comme le Vecelli de robustes poitrines ,

Des vierges comme Raphaël :

Dans ses larges tableaux, comme le Véronèse,

Groupant de beaux Pharisiens , Assis au grand banquet, et se drapant à l'aise

Dans leurs manteaux vénitiens ; Comme le Murillo dans sa ville espagnole

Des mendiants déguenillés. — Alors l'art était saint; — on a brisé l'idole.

Les vrais croyants s'en sont allés!

— Tous ne sont pas partis ; \ous nous restez encore ,

Noble femme au cœur généreux , Qui croyez à l'honneur, que la flamme dévore,

Que l'exil enlève à nos vœux !

Artiste dont la main , sans terreur importune ,

Saisit l'épée et le ciseau , Et qui ne courbez pas, au vent de l'infortune ,

Votre tête ainsi qu'un roseau ! —

C'est que l'art est pour vous comme une chose sainte , Comme un de ces dieux bons, prolecteurs de l'enceinte. Que la Grèce plaçait à l'enlour du foyer ;

Vous gardez saintement un rayon de sa flamme , Vous avez pour lui seul un autel dans votre âme, Secret, mystérieux, où vous venez prier;

Et, les yeux éblouis de ses clartés sans nombre, Vous laissez les tribuns fairo leur tâche sombre , Et du chemin tracé trop souvent dévier !

Bienheureux ceux à qui l'art pur s'est fait connaître ; Pour qui Dante est un guide, et Michel- Ange un maître !

Non l'art ne peut mourir, l'art est roi , l'art est Dieu ! Comme un di\in soleil il rayonne en tout lieu, Chaque journée ajoute à son œuvre féconde.

Dans ses flancs élargis reposent contenus, Ainsi qu'en une mer, des trésors inconnus, Que des plongeurs jamais le plus hardi ne sonde.

O femme! ce soleil a doré voîre front;

Puis, creusant en tous sens cet Océan profond ,

Vous avez rapporté votre perle en ce monde ! —

Florence.

RITORNELLIV

D'scacrialo Idol niio se ml viiol liene Chi présume nibarme '1 luo bel core.

Si tu m'aimes , il faut le chasser, ô ma reine , Ce jeune homme qui veut me voler ton beau cœur. Ne plus tourner vers lui la prunelle sereine ; Mais l'accueillant plutôt d'un sourire moqueur, Dis-lui que ton amour c'est mon bien , c'est ma vie ,

* Ces deux Eitornrlli sont cités dans le très remarquable livre de M. Charles Diiiier : la Campagne de Home.

392 ESSAIS LITXÉRAIUES.

Que nous sommes enfin l'nn à Taulre enchaînés.

Oh ! laisse l'espérance à mon âme ravie ,

Et ne me reprends pas tant de trésors donnés !

Dis que , loin de tes yeux , je me meurs et me traîne,

Moi si jeune et si fier, moi qui fus ton vainqueur

Si tu m'aimes , il faut le chasser, ô ma reine ,

Ce jeune homme qui veut me voler ton beau cœur.

Amate pure chl vi pare e place , lo senza di voi vivo feiice.

Aimez qui vous plaira , peu m'importe , ma belle ! Per Bacco ! moi je vis très-heureux loin de vous. « Ilsnes'aimentdoncplus !» — C'est la grande nouvelle. Oh ! votre éloignement , dont je ris , m'est bien doux. Un jour viendra , peut-être , où , lasse de la guerre , Vous parlerez de paix , de nos anciens serments ; Mais, cette paix, mon cœur ne la voudra point faire, Car vous ne songez plus à nos baisers d'amants. Un jour, peut-être, en proie à la douleur cruelle , Vous direz : « Qu'ai-je fait ! » En pleurant à genoux. . . Aimez qui vous plaira , peu m'importe , ma belle ! Per Bacco I moi je vis très-heureux loin de vous.

Rome.

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