LE GUIDE
Aujoiircriiiii , monaïui, ((iie voire cœiirsoinnifille, Que vous êtes plus cahne , cl qu'eu vous lieu u'éveilk
Des rêves enllauunés; Que vous vous arrêtez, rêveur, sans nulle envie, El craignant dY'i^arer de nouveau votre vi(!
Dans des ciieuiins fermés;
Que rien ne saurait plus vous émouvoir encore, Que des rayons pourprés dont le soleil colore
L'iiarmonieux lointain, Gloire, amour, volujjté ,• dont la flamme est si vive A voire âme engourdie aucun, hélas ! n'arrive.
Bien ({u'à votre malin ; —
-^00 l.SSAIS IlTTÉRAmES.
llepreiioiis le chemin que vous venez de suivre, Sentier rude ( u gazon, — comme on feuillette un livre,
Feuillelons le passé; Le passé rayoïmant , plein de force el superbe , Moisson dont on nouait en songe chaque gerbe ,
31ais qui n'a pas poussé!
Venez, ami, c'est l'heure où l'àme se replie. Et se dé|)ouille enfin du présent qu'elle oublie,
Comme d'un noir suantcau ; Où l'on cesse un moment de forger sa |)ensée Sur l'enclume aux bruits sourds, — où de la main lassée
S'échappe le marteau ;
«Où , le front en sueur, afin de prendre haleine , »0n s'arrèie, essoudlé , sous l'arbre de la plaine ,
» L'arbre aux rameaux touffus ; «Où, le cœur plein d'extase, on écoute avec joie I) Cette chanson , tissu doré qui se déploie ,
»Ces airs lents et confus ,
» Celte musique en fou qui sort de toute chose, «Que le grand Hayden , Mozart et Cimarose
«Comprenaient à demi, nOui du buisson, des fleurs, de l'étroil nid de mousse, I) Monte ainsi (ju'une voix hannonieuse et douce
«Dans le ciel endormi !
«Venez , moi je serai votre guide , — et sans donie » Nous verrons, en marchant , arriver sur la roule
» Puis passer devant nous ■) Desfauloiiies bien chers, que d'iui amour sans bornes
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0 \ous aimiez au I refois; — àpri-soiil sourds ei moines, i)Et délaissés par vous.
,, — Quand les froids sont venus, le serpenl sous la lorre 0 Creuse un trou , s'y blottit et s'endort solitaire ;
.) Jusqu'à ce qu'au printemps » Il s'éveille , et laissant sa peau sèche et flétrie, ■> Il en sorte , et promène à travers la prairie
»Ses anneaux éclatants :
.) Vous avez fait ainsi : — vos désirs , vos chimères , » Vos coupes de doux vins qui vous semblaient amères,
» Votre lèvre y trempant ; «Vos fleurs dont vous avez épuisé lous les baumes, » Vos songes d'avenir, de gloire, vos fantômes,
» — Sont les peaux du serpent I —
Sentant gronder eu eux la pensée inquiète, Ils marchèrent long-temps, le guide et le poète. Le menton dans la main , causant à demi-\oix, Songeant et souriant, jus(|u'au détour du bois. Parmi les prés fleuris , sur les vertes lisières , Suivant le chemin creux (jui conduit aux bruyères. — C'était un lieu sauvage , un caneiour étroit , Au terrain maigre et nu. La route en cet endroit S'arrêtait : au milieu , (|U('l({ues pierres unies Par de petits ga/ons et des mousses jaunies, Formaient un tertre bas. Ils y vinrent s'asseoir Côte à côte, en silence; et de là pouvaient voir. Comme de blancs sillons à travers la campagne, (Miatre petits sentiers qu'une haie accompagne,
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Faisant mille diHonrs, déseiis et pou frayés, Accourir en ce lieu , se croiser à leurs pieds.
— La lune, ce soir-là. la lune, douce reine, Laissait tomber du ciel sa lumière sereine , Et Ton n'entendait rien , à cette heure où tout dort. Que le sourd craquement de quelque chêne mort. Or, voilà que d'enfants une troupe rieuse , Fronts charmants où fleurit la grâce insoucieuse, Déboucha tout à coup par le premier sentier. Ils tenaient à la main des brandies d'églantier. S'arrêtaient pour cueillir les fraîches marguerites , Oui des enfants toujours sont les fleurs favorites , Ft les graines qu'on voit sous les feuilles du houv , l'^t la mauve ciaintive au milieu des buis roux. Ils s'en venaient ainsi pêle-mêle des plaines. Et riaient, et chantaient en passant les mains pleines: