LES ENFANTS
Pourvu que notre ciel ait des nuages d'or. Qu'une molle pelouse h;>bille la vallée, Et qu'on puisse , au malin , y prendre un libre essor Que dans l'hunjble maison , par le coteau voilée , L'alcôve nous abrite au fond du corridor I
Que nous importe, à nous, le tumulte des villes, Fangeuses majestés aux courtisans serviles ! Pour voir ce qu'on y fait ne nous retournons pas.
Nos chaosons v;ik'iU iiiioux que leurs guerres civiles; Les rêves do nos nuits seiaienl moins beaux là-bas.
Noire père l'a dit : — quand nous vînmes au monde L'Iîurope se ruait sur la France féconde , Qui, seule contre tous, combattait de son char; Et les canons, hurlant dans celte nuit profonde. Trouaient de leurs boulets la robe de César!
Nous n'en avons rien su. Tressons-nous des guirlandes Sous le toit des forêts, amis, courons par bandes; Le rossignol pour nous chante de nouveaux airs. Quand nous aurons dansé nos vives sarabandes. Nous laverons nos pieds dans la source aux (lots clairs.
0 les senteurs du soir ! ô la verte colline !
D'où le troupeau descend quand le soleil décline !
O les genêts en fleur ! ô les blondes moissons !
Les brillants jours de mai! les nids dans les buissons !
Les bergers sont heureux! Galatée est divine!
Eux à peine passés , d'autres vinrent après ,
Plus grands, mais moins rieurs; — car déjà les regrets.
Comme une cendre froide en tombant sur leur àme,
De quelque rêverie avaient éteint la flamme.
Ils marchaient tristement , des livres sous le bras,
Ne croyaient plus aux champs, et se disaient tout bas :
— Oh ! nous avons perdu les bergers de Virgile , Race belle de corps, voluptueuse, agile; Sous les ombrages frais sommeillant demi-nus , Ou marchant deux à deux aux clartés de la lune,
404 i:ss\is LiTTin vïRis.
Alexis, Coi ydon , Amaryllis la brune,
O mes charmants bergers, qu'èles-vous devenus!
Si nous avions encor ces belles jeunes filles. Qui couraient les pieds nus, agitant leurs faucilles, Et se baignaient le soir dans le lac de Némi ; Oui de fleurs, le malin , se couronnant la tête, Au bourg de Nettuno s'en allaient à la fèie, Et dont le cœur souvent d'amour avait frémi.
De ces couples heureux qu'avait créés l'Eglogue, Et dont nous savions tons l'amoureux dialogue, Le siècle , lourd pédant , a fait taire la voix ; Plus de gais entretiens à l'ombre de la haie! Les berg<rs d'aujourd'hui sont des drôles qu'on paie. .. Oh ! nous avons perdu les bergers d'autrefois !
iVLiis le second sentier, tout à l'heure encor vide,
S'emp'issait à son tour; le poète et son guide
Y virent s'avancer de blonds étudiants,
Les yeux dans l'avenir ; enfants impatients
D'aller, sans trop savoir où la route les nK'Ue ,
Et de lever son voile à la nature humaine ;
De tenter cette mer, et d'y plonger souvent ,
Luitant contre l'orage et battus par le vent.
El c'était un concert de notrs amoureuses.
De cris soiu'ds élouiïés par des l.irmes heureuses ;
dette harmonie enfin pleine d'émotions
Que l'âme exhale au temps des chastes passions.
ITALTA. 405
C't'tait d'al)oid i'amdiir universel , iimucnse, J'^t qui se prend à tout , et toujours recommence , Et qui fait que devant une femme on pâlit , Que la nuit, sans dormir, on s'agite en son lit ; Puis, un amour plus sur qui hienlôt se révèle, Oui grandit dans le cœur comme une (leur nouvelle, Mieux borné dans son choix, ne trouvant près de lui ()u'une femme, une seule, à prendre pour appui.
PIIEMIEP. JLUNE HOMMK.
Les moiHagnes couvertes D'ombre épaisse à leurs flancs , Le fleuve au\ îles vertes Oui traîne tes flots lents,
Par le tranchant des rames Sans cesse déchirés ; Sur la crête des lames Les reflets empourprés;
Les longues avenues Aux dômes de tilleuls , Où, les r(gards aux nues.
Les rêveurs passent seuls ;
Les aurores superbes , Lt les rouges couchants ; r.es maisons et les gerbes Au hasard par les champs;
De la nature entière La calme majesté ,
406 nSSAIS LITTÉRAIRES.
Chants, couleurs ou lumière...
Dans le cœur enchanlé,
La plus belle des choses Qui s'y viennent poser ; — Belles aux lèvres roses , Rien ne vaut un baiser !