IV
— En l'entendant ainsi se plaindre, le poète
Prit la main de son guide el secoua la lèle ;
Puis, quand ces derniers mots, emportés par le vent,
Cessaient de retentir, par le sentier suivant,
Les cheveux parfumés et couronnés de lierre.
De joyeux jeunes gens entraient dans la clairière.
Vantant les voluptés qui consument les jours,
\'.[ le doux vin de Chypre, et les folles amours !
412 ESS/VIS LITTÉHAinES.
Mais d'autres reprenaient : — Pas un ami sur terre! La volnplé nous ment ; quel étrange mystère ! Avant d'être assouvis , nos désirs sont usés ! Partout, autour de nous, des couriisans rusés! L'homme ma; chc au iiasard et regarde en arrière ; Ne vaudrait il pas mieux dormir sous quelque pierre, Ou bien n'être pas né, que de souffrir autant, Que de poursuivre ain>i quelque rêve éclatant ! Sublime illusion ! magnifique mirage!
Oui, mieuTC vaudra'lcenl foisqu'en route un boiiorage, S'élevant aussitôt, sans qu'on souffrît beaucoup, Vous étendît par terre et vous tuât du coup !
Tandis ([ue s'éteignait ce chaut lugubre clsoudjre. Et que ceux qui chantaient disparaissaient dans l'ombre, De nouveaux jeunes gens, par le dernier chemin, S'avançai( ni lentement, des palmes dans la main ; Et c'était un chant grave, nue prière ardente, ('omme dans son exil en trouvait le vieux Daiile ; Kt le son de leur voix, par l'écho répété. Faisait monter au ciel un seul mot : Liberté ! — N'ayant rien retenu de l'hymne doux et tendre Que leurs frères là-bas faisaient encore entendre.
Or l'étroit carrefour de nouveau fut désert ; On entendait au loin comme un son qui se perd, (iommele bruit lointain d'une foule pressée, i)\\ de quelque cité la rumeur insensée.
ITALIA, 4l3
Le poète et le guide, aussitôt se levant, Reprirent leur chemin, en silence et rêvant, Parmi les prés fleuris sur les vertes lisières, Le long du gai sentier qui conduit aux bruyères.