LE ROI LEAR
(KiNG Lear.)
Peut-être Shakspeare n*a-t-il point , dans tout son théâtre , une tragédie où il se soit élevé à des traits plus sublimes, où il ait rencontré des situations d'un pathétique plus déchirant. Mais il nous semble aussi que , toutes les fois qu'il n'y a pas été admirable , il est tombé bien au-dessous de ses défauts ordinaires. Ce n'est pas la subtiHté , la bizarrerie ; c'est l'extravagance ou une atrocité froide qui dominent presque par-tout.
Il n'y a qu'un seul personnage dont le caractère soit intéressant et dessiné avec force j c'est celui du roi : tous les autres sont odieux ou développés d'une manière invraisemblable et sans éclat. Mais le sujet est si attachant 9 présente un tableau si dramatique , que cette tragédie , malgré lextravagance de presque tout ce qui n'est pas la folie officielle du roi , a pris rang parmi les chefs-d'œuvre de son auteur.
Ne cherchez pas une pièce; ne voyez qu'un tableau. Ce vieillard fut un roi , un père ; il a donné son pouvoir à ses filles; il est chassé par elles. Tout ce qu'un père peut soufirir par l'ingratitude de ses enfants est empreint sur cette figure. Le désespoir »'est tourné en délire^ et, pour que la souffrance physique se joigne à la souffrance morale , cette vénérable tête , blanchie par les ans , sillonnée de rides j le peintre
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l'expose nue à la pluie, à la grêle, aux éclairs d'un ciel en feu. Puis, il place la gaieté d'un fou de profession à côté de ce fou de douleur, qui, les cheveux blancs épars , les yeux hagards levés au ciel pour en appeler la malédiction sur ses filles , lutte avec le dé» sordre de ses pensées contre le désordre de la nature (a).
Quand on vous présente une telle image , qu importe le choix des paroles ? Si elles sont belles , écoutez-les i sinon , vous avez des yeux.