SCÈNE PREMIÈRE
N(Mrtliampton. Palais du roi.
Le roi Jean et sa mère Eléonore de Guienne , la veuve de Henri 11, donnent audience à Châtillon , ambassadeur du roi de France Philippe-Auguste j Gbâ-
ESSAIS LITTÉRAIRES SUR SHÂRSPEARE. l8l
tillon redemande , au nom de son roi , le trône d'Angleterre j usurpé par Jean sur le jeune Arthur de Bretagne , fils de Geoflfroy. Ce Geoflfroy était le frère aîné de Jean ; et , d'après les lois de la représentation en ligne directe , Arthur avait droit au trône d'Angleterre. Mais l'histoire prouve que les Anglais nV vaient pas pour cet ordre de succession le respect religieux qu'il inspire dans d'autres pays.
On peut croire que la réponse du roi est un refus' j Tambassadeur français lui déclare la guerre de la part de son maître , et se retire.
Il est remplacé sur la scène par deux frères du comté de Northampton , Robert et Philippe Faulconbridge , qui viennent soumettre au jugement du roi une discussion élevée entr'eux pour le partage de leur patrimoine. Robert veut exclure son frère de ce partage , en soutenant et en prouvant, par des raisons incontestables , que Philippe ne peut avoir reçu la naissance de celui dont il porte le nom. Philippe y en effet y est reconnu pour un bâtard de Richard Cœur-de-Lion. Éléonoreet le roi Jean, satisfaits de son humeur enjouée , et de son apparence de force et de courage , lui proposent un sort avantageux ,. si, renonçant à toute prétention sur les biens de son père putatif, il veut s'attacher à la cour et prendre parti dans leur armée. L'aventurier bâtard accepte cette ofire avec une satisfaction mêlée d'orgueil. 11 se voit déjà, en imagination, humblement salué par tel pu tel de ses égaux d'autrefois , et leur rendant le salut avec dédain.
iSs ESSAIS LITTERAIRES
« (i) Et «'il s'appelle Georges ,
dit-il,
« je rappellerai Pierre : car un honneur de date récente oublie le nom des gens. »
Trait d'observation qui doit être senti en France.
Sa mère vient lui reprocher d'avoir compromis Thonneur de sa vertu ; mais il proteste gaiement qu'elle n'est point coupable d'avoir cédé à un rôi dont l'ascendant irrésistible l'avait fait surnommer Cœur-de-Lion , et que, s'il pouvait choisir un père à son gré , il n'en souhaiterait pas de plus noble.