ACTE SECOND- SCÈNE PREMIÈRE
Devant les murs d'Angers.
Philippe- Auguste, accompagné de son fils, depuis Louis VIII j d'Arthur , dont il soutient les droits ; et de la mère de ce jeune prince , Constance j est venu mettre le siège devant les murs d'Angers. L'archiduc d'Autriche, pour expier le malheur qu'il a eu de tuer Richard , vient appuyer de son secours la cause du prince Arthur.
Cette intervention du duc d'Autriche , absolument inutile à la marche de l'action , est déraisonnable pour plusieurs motifs. Le premier de tous , et qui
(i) And if hîs natne be George , Fil call him Peter : For new-made honour doth forget men*8 names.
SUR SHAKSPEÂRE. l85
dispenserait des autres, c'est cjue le duc d'Autriche ne tua point Richard. Le brillant héros des croisades périt au siège de Chalus , près de Limoges, On voit difficilement ^ en outre , comment c'eût été apaiser les mânes de Richard que de prendre les armes coiltre son frère. An surplus, nous ne relèverons pas toutes les fautes de ce genre qui se .présentent dans le Roi Jean : c'est un travail de trop d'étendue > et par cela même trop peu intéressant.
Châtillon, de retour de son ambassade , rend au roi la réponse de Jean , et lui annonce que ce prince arrive en même temps que lui, pour défendre son usurpation, à la tête d'une nombreuse et brillante armée.
Par une de ces invraisemblances qu'il nous répugne de qualifier, en critiquant un génie tel que celui de Shakspeare , mais à laquelle toute la barbarie où était alors plongé le théâtre ne saurait servir d'excuse, le roi Jean paraît tout à coup devant Philippe avec une partie de son armée. A ses côtés sont Eléonore sa mère , Blanche de Castille sa nièce , qui fut mère de Louis IX , et le bâtard Philippe Faulconbridge.
Le roî Jean et le roi de France entament une discussion diplomatique, bientôt interrompue par les injures véhémentes que s'adressent et se renvoient Constance et Eléonore d'une part , Faulconbridge et l'archiduc de l'autre.
Les rois ne pouvant parvenir à s'accorder à l'amiable , le monarque français fait sommer les habitants d'Angers d'opter entre la cause d'Arthur et celle de Jean.
l84 ESSAI» LITTÉRAIRES
Les Angevins paraissent sur leurs murailles. Jean et Philippe leur font de longues harangues , très peu persuasives: car, après les avoir entendues, les Angevins répondent , en Normands , qu'ils appartiennent au roi d'Angleterre et qu'ils n'ouvriront leurs portes qu^à lui. A ce titre, Jean prétend qu'on doit Tadmettre dans la ville j et, pour prouver qu*il a raison , il produit pour témoins quinze mille guerriers anglais ,
<( (2) Bâtards , et autres , »
dit plaisamment Faulconbridge.
Philippe pose la question de la royauté de droit et et de la royauté de fait , et veut que les Angevins reconnaissent la première. Ceux-ci prennent un parti sage , c'est d'attendre Tévénement. Ils promettent de se décider d'après le résultat de la bs^taille , et de donner gain de cause au plus fort. En conséquence, Jean et Philippe font sonner la charge.