‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 15 sur 252 · ET SUR QUELQUES AUTEURS · texte numérisé non relu

ET SUR QUELQUES AUTEURS

SES DEVANCIERS OU SES GONTEMPORAiriTS.

Le théâtre a commence chez les Anglais, comme chez nous , par des mystères ; en général, dans toute* littérature , tant qu'ion ne sait pas encore faire parler les hommes , on trouve qu il est plus commode de faire parler les dieux. Les principales aventures des deux testaments étaient travesties en spectacle , et , circonstance curieuse , réglîse accordait jusqu'à mille jours d^indulgence à quiconque allait voir dans son berceau ce théâtre qu'elle devait proscrire , parvenu à la virilité.

C'est qu'il obéissait alors à la direction de sa main -, c'est qu'elle s'en était servie elle-même pour remédier aux désordres des représentations bouffonnes données par les

jongleurs. Laissons la partialité des protestants anglais reprocher au clergé catholique de ne s'être mis en cette occasion à la tête d'un progrès littéraire, que pour en arrêter la marche. Comparons plutôt sa prudence à celle du citoyen de Solon , qui , dans une ville turbulente , se fera factieux , pour régler Tirrégularité des factions.

Et, par exemple, quels scandales secrets n'auraient pas enveloppés les fêtes tumultueuses des corporations d'artisans , à une époque de confusion et de licence , si le clei^é n'avait eu l'art de les transformer en solennités

DU THEATRE ANGLAIS AVANT SHAKSPEARE. xix

saintes , par Tattrait des tableaux animes de tant de miracles qui saisissaient fortement ces imaginations naïves ? Chaque corporation avait sa pièce attitrée -, nous déchiffrons une liste de mystères représentés à Chester , sous Edouard m, en 1827 : la Cène par les boulangers ^ lu tentation par les bouchers , le massacre des innocents psiv les orfèvres. On voit qu'il ne s'agissait pas même de chercher un rapport entre le sujet des pièces et Tesprit des professions i autrement, les orfèvres auraient bien pu changer avec les bouchers.

Les miracles des saints alternaient avec les mystères de la bible et de Tévangile y et Ton en retrouve , jusque dans le 12® siècle ^ deS traces voisines de la conquête normande. Goventry luttait avec Chester pour Téclat de ces parodies y qui auraient été sacrilèges, si la superstition ne les eût rendues sacrées. Ce n'est pas la seule chosç qui , chez les hommes, se soit jugée par la date -, vertu dliier^ crime aujourd'hui. Il semble cependant que , même alors , quelques esprits, d'une précocité maliciei^se , trouvaient là matière à raillerie: témoin certain vieil auteur qui fait dire à un de ses personnages : « ce démon et moi, nous sommes de vieilles connaissances; je l'ai vu;à Coventry , faire le diable dans le corps de Jésus ».

Le drame commençait quelquefois à la Création j et finissait au Jugement dernier : c'était un moyen bien simple d'avoir unité de temps.

Echappons au dédale de ces grossiers commencements. L'art , du moins pour le choix des personnages , s'éleva bientôt en redescendant jusqu^aùx hommes. Les moralités furent un perfectionnement des my^tére^. L'allégorie , si familière aux littératujnes naissantes , quand rhomnoe rfayant pas encore réfléchi sur lui-même , exa-

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