XXIV PU THEATRE ANGLAIS
les conseils. Un jour qu il se promenait sur la Tamise , il^fit entrer Gower dans sa barque, et lui prdonna de traiter un sujet tout neuf. Il y a dans cette circonstance quelque chose de pittoresque et de poétique , dont l'écrivain docile ne s'inspira guère, en répondant au vœu du roi par sa Confession d'un amant. Mais, s'il manquait de génie, il avait du moins le mérite, plus estimable ^ fiînon plus rare , d'être un bon citoyen •, et quelques années après , témoin de la conduite de Richard , il osa censurer les désordres et les forfaits de ce jeune Néron, dans des écrits dignes du stoïcisme de Sénèque. Plus heureux que le lâche Sénèque, il survécut au règne du tjrran, et mourut en i4o2 (*).
À cette brusque improvisation d'une littérature succède un long et morne silence , à peine interrompu par quelques indignes échos. La poésie ne pouvait guère fleurir au milieu du sang répandu pour la Rose blanche et pour la Rose rouge. Mais lorsqu' enfin , sous Henri vu , l'Angleterre commença à respirer des discordes civiles , elle reprit le goût des arts, amis de la paix. Bientôt ses communications et son commerce avec l'Italie, en introduisant l'étude de l'antiquité classique qui ressuscitait à Rome et à Florence , y mêlèrent celle des auteurs italiens du moyen âge , dont Pétrarque était le plus beau comme le premier modèle.
Dès-lors , la connaissance de cette double littérature
(^) Ce serait ici le lieu de parler de Lydgate et de quelques autres auteurs du temps; mais, il faut le dire une fois pour toutes , bornés par l'espace , nous ne pouvons qu'effleurer les sommités de notre sujet : Shakspeare est d'ailleurs le point de vue qui doit dominer cette esquisse. Plus tard , peut-être, et dans un autre cadre , pourrons-nous revenir sur ces idées d'une manière plus large et plus indépendante.
AVANT SHARSPEARE. XXV
se popularisa par des traductions , qui en dénaturaient Tesprit , mais qui en faisaient aimer les formes. Un peu après, comme la cour de France se distinguait par un mélange d'*drudition et de galanterie , et que François i®5 rassemblait dans ses fêtes le clergé, dépositaire de la science , et les femmes , qui inspirent la politesse et . le goût, Henri viii voulut imiter son brillant rival*, il donna des jeux, des tournois : tout préparait la renaissance de la poésie.
Ce n'était plus là le temps de Chaucer , où, pour faire briller une pâle lueur d'érudition , il fallait se consumer par de longs et solitaires travaux -, en se ranimant dans le luxe d'une cour, devenue studieuse depuis que Tétude devenait facile , la poésie n'alla pas porter ses premières inspirations à un obscur plébéien *, ce fut parmi les lords qu'elle choisit cette fois, et sa couronne tomba sur la tête du jeune Surrey, qui avait été élevé avec un fils naturel de Henri vu.
Amoureux d'une dame qu^il a célébrée sous le nom de Géraldine j Surrey partit pour l'Italie, en proie à toute l'effervescence des idées chevaleresques du temps. Au milieu du voyage, le célèbre auteur de la philosophie occulte j ce Cornélius Agrippa, qui avait ouvert à Pavie un cours sur Mercure Trismégiste j lui fit voir Géraldine dans une espèce de miroir magique. Ce spectacle , qui semblait surnaturel , achevant d'exalter l'imagination de Surrey, à peine il fut entré dans Florence, qu'il fit publier un défi pour soutenir contre tout venant la beauté de sa maîtresse. Le tournoi eut lieu , et il en sortit vainqueur. Cette valeur aventureuse trouva un emploi plus digne , lorsque , rappelé en Angleterre , il eut une belle part à la vîctuire de Flodden-Field. Mê-