‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 203 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le camp anglais.

Sbakspeare a voulu faire contraster, avec la fatuité qu'il prête aux Français , la vigilance , l'activité, l'adresse à encourager une armée, qui éclatent dans la conduite de Henri v.

Ce prince , pendant la nuit , parcourt tout le camp, sous le déguisement d'un simple soldat.

Parmi ceux qu'il rencontre, Williams, esprit hardi et décidé , lui dit que c'est à un roi à répondre de ce que devient Tame de tous les guerriers qui meurent sur un champ de bataille. Le roi lui prouve la fausseté de son opinion, et finit par le convaincre; mais ils se prennent de querelle pour un autre sujet : Williams donne son gant au roi , afin de vider cette querelle avec lui , les armes à la main , si tous deux ils survivent à la bataille. Henri promet de placer

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le gant à son chapeau , et Williams répond que ce sera pour lui le signal de lui donner un soufflet.

Henri y resté seul , réfléchit sur le malheur de sa condition, et se plaint que les peuples rendent un roi responsable de tous leurs malheurs. Ce morceau, un peu déclamatoire, né laisse pas d'oflTrir quelques beaux traits.

« (i) Sur le compte du roi ! Notre vie , nos âmes, nos dettes , nos tendres épouses, nos enfants, nos péchés , mettons tout sur le compte du roi ! Il faut donc que nous soyons chargés de tout l O dure condition , compagne inséparable de la grandeur ! Nous spmmes à la merci des capricieux discours du premier insensé qui n est touché que de ses propres chagrins. A combien de jouissances de Tame les rois doivent renoncer , tandis que leurs sujets les goûtent paisiblement ! Et pourtant, quels biens possèdent les rois , que leurs sujets ne partagent aussi , excepté ces grandeurs et ces pompes publi-

(i) Upon the king î Let us our lives, our soûls, Our debts , our careful wives , our chidren , and Our sins, lay on the king; — we must bear ail. O hard condition I twin-bom with giealness , Subjected to the breath of every fool, Whose sensé no more can feel but his own wringing ! What infinité heart's ease must kings neglect , That private men enjoy ?

And whad hâve kings , that privâtes hâve not too , Save ceremony , save gênerai ceremony ?

And what art thou , thou idol ceremony ?

What kind of god art thou , that suffer st more Of mortel griefs, than do thy worshippers ? etc.

SUR SHARSPEARE. 387

<{ueâ ? Et qu es-tu , idole qu'on appelle grandeur ? O Etrange divinîtt^ , dont tout le privilège est de souffrir mille chagrins mortels dont sont exempts tes adorateurs! »

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