‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 21 sur 252 · XXXIV DU THEATRE ANGLAIS · texte numérisé non relu

XXXIV DU THEATRE ANGLAIS

fois d'un peu de jargon $a phrase naturellement vive et pittoresr[ue?£t comment Shakspeare , qui s^dtait instruit à la hâte et bien tard (^) , pour qui , en littérature, aucun principe n était fixé «aurait- il pu repousser toujours > dafts Témotiou du travail , l'obsession d'un langage qui avait si souvent bourdonné à sgs oreilles ?

Mais nous n^én sommes pas encore à plaindre le gënie ; et, en vérité, ce serait perdre sa compassion que de la prodiguer aux médiocrités qu'on vit alors pulluler de toute part> Les auteurs fondaient sur le théâtre, en aussi grand nombre que les sauterelles d'Egypte. Llmpulsion leur était doilnée -, ils étaient encouragés par de brillants exemples ; des femmes mêmes , et des femmes dupremîer rang , ne dédaignaient pas d'entrer en lice avec eux , et Ton cite une tragédie de Marc-jintoine j composée par la séduisante comtesse de Pembroke , liin des ornements de la cour.

A quoi bo;a tiret de Toublî les noms de tous Ces auteurs ? Si rien de ce qu'ils ont fait ne leur a survécu , ce n est pas faute que leur fécondité né fût extrême , et elle ne cesse de surprendre , que quatid on a la patience de jeter un coup d'œîl sur leurs ouvrages. Thomas Hejrivood, dans la préface de son Voyageur anglais j se vante lui-même d'avoir composé plus de deux cents pièces. Arrêton*-nous un instant sur celle dcMit le litre pique le plus la curiosité -, c'est la Feifime tuée à force de tendresse. Il s'agit d'une espèce de Jane Skôre de

(*) Les études tardives paraissaient aux ahciens d'un succès si diBSicile , <{ue les Grecs avaient fait un mot tout exprès pour flétrir ies malheureux qui les tentaient , i^ifiaBhç, Ce mot était chez eux synonyme de peu instruit , peu lettré.

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moyenne classe , qui s'est laissât? séduire j et qu'un mari , qui Tadore toujours , même après sa faute , se contente de renvoyer , avec un calme profondëraent path(itique, darife une campagne qu il lui abandonne , en joignant à ce présent tout ce qui peut plaire à Tinfortunée. Cet excès d'indulgence est pour fille Tarrét le plus sévère-, et, en proie au délire du remords , elle meurt dans les angoisses delà îsxxm^ , comme la maitr.esse d'Edouard ly , mais voloatairement et pour expier ^^^ erreurs.

Malgré ies énormes défemluosités de Fcnsemble , il ne faut pas croire que cette composition soit entièrement dénuée d'art. Ainsi , l'anteur avait deviné le secret des préparations , quand il appelle l'intérêt sur un bonheur qui va être diétruit , en faisant dire aumari,siri^raAiA/Q7Y/, dans une. des premières scènes :

tt Combien j.e sais heureux entre tant d'autres hommes, moi qui, dans une médiocre existence , ai réuni tous les sujets de contentement ! J& suis de condition noble , et dignç, p^r.|ïi?^ wîsçsance , d'approcher un roi : qu'est'ce qu'un roi a de plus ? Je possérde un revenu suffisant pour maintenir le rang que j'occupe. En ce qui tient à moimême , j'ai su mettre à profit mon temps -, j'ai étudié tous les arts *, îls sont la richesse de mes pensées. Mais , et c'est là première des douces félicités d'ici-bas, je possède une belle , une chaste , une tendre femme , qui est toute perfection , toute sincérité , toute grâce. Oh ! Si un homme sur la terre peut être heureux avec de tels biens , à coup sûr , je lesuiS; ))

Nous avons vu sur notre théâtre beaucoup de scènes de séduction -, et , depuis quelque temps sur-tout j elles y ont pris singulièrement faveur» M^s on s'est borné à peindre la tentative ^ sans oser montrer le succès. Hey-

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