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il a retracé des portraits et des anecdotes de la cour d'Elisabeth', MusopoîmoSj ou le Conte d'un papillon j élégant badinage dans le goût de ce poème du Moucheron^ attribué à Tenfance de Virgile -, et les Vues sur la situation de i^ Irlande ^ morceau curieux de statistique et de philosophie , où Spenser cherche et propose les remèdes qui peuvent guérir la plaie de cette contrée , plaie encore saignante aujourd'hui. On s'intéresse à ce rimeur de ballades j élevant la voix pour la défense de la raison et de l'humanité , aussi-bien qu'à notre Racine , encourant la disgrâce de Louis xiv , parce qu'il avait osé être citoyen en même temps que poëte, et plaindre la misère du peuple , au lieu de se borner k faire bien les vers (*).
Le nom de Spenser est en général plus connu que ses poésies. Son ouvrage de prédilection , celui dont s*étaie encore sa réputation littéraire, c'est ce poëme de la Reine des Fées j qui est demeuré incomplet. Il en avait fait le cadre d'une pensée allégorique , qu'il a développée luimême dans une lettre à Walter Raleigh, son ami. Il voulait , dit-il , montrer aux hommes , pour les former au bien , une image personnifiée des douze vertus morales énumérées par Aristote. D'après un système d'épopée qu*on serait tenté d'appeler duo-décimal , Spenser devait composer douze livres , chacun d'eux en douze chants , consacrés à reproduire dans la vie d'un héros particulier le type d'une des douze vertus. Ainsi , le poëme n'aurait pas eu moins de douze héros \ et , pour servir de lien entr'eux , le héros par excellence était le prince Arthur ,
(*) Paroles de Loub xiv : c parce qu'il fait bien des vers , croit-il tout savoir? »
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modèle d^une perfection chevaleresqucî , le Grandisson de la table ronde , dont la destinée se mêlait sans cesse ^ toutes les aventures , pour ramener à Tunité ëpique cette confusion d'incidents et de personnages.
Nous avons extrait de ce poëme un morceau (jui nous a paru d'une grande beauté, et dont la réputation ^ en Angleterre , est attestée par une anecdote romanesque (*).
On a prétendu que Spenser , pressé par la détresse , s'était rendu auprès de lord Sidney , à Leycester-House, sans autre recommandation que le chant de son poè'me où se trouve Fallégorie du désespoir» A force d'instances , îl obtint, ajoute-t-on, la faveur de faire parvenir son manuscrit à Sidney , grand amateur de poésie , qui fut tellement frappé de la beauté de la première stance , qu'il fit compter cinquante livres sterlings à l'auteur. Après avoir lu la seconde , il augmenta son présent de cent autres livres *, et , après la troisième , il doubla cette somme ; en prescrivant à son intendant de la payer sur le champ , de peur , dit-il , que , s'il continuait à lire , il ne finît par donner tout son bien.
Sans attacher d'importance à un conte démenti par l'histoire , nous pensons qu'il n'a pu s'accréditer que grâce à la singulière estime qu'on faisait alors de cette allégorie. CVst peut-être , en efiet , ce que la poésie anglaise a de plus extraordinaire avant Shakspeare *, et nos lecteurs y trouveront de plus un monument curieux de l'esprit du temps. Si Spenser a , par l'organe du chevalier, reproduit conti'e le suicide quelques-uns des
(*) Nous avions déjà publié la traduction de ce morceau dans le Globe y t. 5, n° ôj.
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arguments de la philosophie des anciens y ce qui caractérise au contraire les répliques du désespoir , c'est la ial>tilité toute mystique d'une époque où dominaient les controverses religieuses. Ne devinerait-on pas la date de ce morceau , en voyant le Mécréant ^ comme -l'appelle le poëte , s'appuyer sur les dogmes du christianisnite , pour exhorter le chevalier au suicide, lé seul crime irrémissible, suivant la loi chrétienne ?
On ne comparera pas sans intérêt ce sublime épisode au monologue d'Hamlet , qui lui est postérieur de quelques années \ dans les temps de révolution , le suicide est une question qui doit être souvent débattue.
(( II5 arrivèrent au séjour de ce monstre pervers j dans un profond abyme creusé au pied d'un rocher à pic , sombre, morne , menaçant , comme une tombe entr ouverte et affamée de cadavres. Sur la cime du roc habitait le hibou lugubre , poussant son cri lamentable , qui écartait sans cesse tous les autres oiseaux nés pour le plaisir \^ tout à Tentour , des fantômes errants mêlaient leurs hurlements et leurs plaintes.
Ça et là sortaient de la pierre aride quelques vieux troncs et des souches d'arbres qui n'avaient jamais été parés de feuilles ni de fruits. Beaucoup de malheureux y avaient été pendus, et leurs cadavres étaient éparsscur Therbe, ou jetés en travers des rocs. Parvenu jusque-là, le chevalier, malgré son audace , frappé de crainte et de tristesse , aurait voulu fuir , et il n'osait approcher •, mais sa conductrice le retint et le ranima.
Us entrent au fond du ténébreux abyme , où ils trouvent cet être maudit, assis à terre , roulant dans son ame sinistre des pensées pleines d'amertuue. Ses longs cheveux , que rien n arrêtait , tombaient dans un hideux dé-
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sordte autour de ses ëpaules , et cachaient son visage \ mais ses yeux creux lançaient en-dessous de mornes et effrayants regards , et sq, fixaient comme étonnes. Ses joues livides, rentrées sous leurs os saillants, annonçaient la faim et la souffrance.
Son vêtement n était formé que de nombreux lambeaux, attachés entr'eux par des épines , et entortillés autour de ses flancs nus. Près de lui gisait sur Therbe un cadavre hideux , baigné dans son sang tiède encore , qui jaillissait d^une plaie où un poignard se tenait enfoncé.
Ce spectacle de douleur , confirmant le triste récit de la Trévisane (*), n'eut pas plus tôt frappé les yeux du chevalier décoré de la croix rouge , qu'il se sentit plein d^ardeur pour venger la victime avant que son sang fût refroidi. « Créature perverse , dit-il au monstre , toi , l'auteur de ce meurtre , quelle autre justice peux-tu attendre que de payer de ton propre sang le sang qui coule devant nous ?
— Quel frénétique délire , repart le monstre , tf excite ) homme frivole , à prononcer un arrêt si brusque ? Quel autre jugement Téquité enseigna-t-elle jamais que la nécessité de la mort pour celui qiii ne mérite pas de vivre ? Rien n'a poussé cet homme au désespoir , que son ame coupable qui méritait le trépas. Est-il donc injuste de rendre à chacun ce qui lui est dû , de laisser périr celui qui a pris en horreur le souffle de Texistence , d'offrir une mort facile à qui vit ici-bas dans l'affliction î
(( Si quelqu'un voyage par le chemin d'erreur et de fatigue , pour arriver en toute hâte à sa demeure souhaitée,
(*) Una f qui avait imploré le secours du cheralier , et lui avait servi de guide.