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porter sur Tautre bord , et ei| dégageant son pit s'enfonce dans la vase? Être envieux, qui t'afilif
et qu il rencontre un torrent qui lui barre le passage» ne lui rendra-t-on pas un grand service en l'aidant à se trans-
ied qui
qui t'affliges du
bonheur de ton procbain ^ insensé , qui te complais
dans ton propre malheur , dois-tu interdire le passage à
celui qui a. été long-temps arrêté sur le bord , parce que
\ tu ne veux pas toi-même passer le torrent?
« Cet homme que tu vois , jouit maintenant du repos éternel, de ce bonheur paisible qui te manque, et où tu aspires en t'en éloignant chaque jour davantage. Qu importe que la traversée oflFre quelque légère peine , qui inspire à la faiblesse de la chair la crainte de l'onde en courroux? Une peine passagère n'est-elle pas utilement soufferte, quand elle apporte un long bonheur , et endort Tame dans la paix du tombeau ? Le sommeil après le travail, le port après les orages de l'océan ,1e calme après la guerre, la mort après la vie , sont doux à rencontrer (*). »
Le chevalier resta dans Tétonnement du ton sentencieux qu'avait pris tout à coup le monstre , et lui dit : « Le terme de la vie est marqué , et il n'appartient pas à un homme de l'abréger ou de l'étendre. Le soldat ne peut sortir de la place où il veille , ni quitter son poste sans l'ordre de son supérieur . — Celui qui a limité la vie par un arrêt tout-puissant, reprit le monstre, sait aussi le mieux quand elle doit s'arrêter-, et le supérieur qui place la sentinelle à son poste , lui permet d'en sortir au son du clairon matinal.
(*) Is not short pain well borne , that brings long ease , And lays the soûl to slecp in quiet grave ?
Sleep aflcr toil y port after stormy seas ; Base after war , death afler life , does greatly picase.
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a Peut-il arriver , dans le ciel et sur l'a terre , rien (jui ne soit l'œuvre de sa main ? N'a-t-il pas tout créé pour mourir de nouveau ? Tout ce qui a commence doit finir. Les temps sont dcrits dans le livre des destinées , et rien ne saurait changer leur cours infaillible. Quel être peut lutter contre cette nécessité puissante qui renouvelle sans cesse le monde ? Qui peut éviter la mort marquée par le destin î Quand Theure de la mort est. venue , personne ne doit demander par où ni pourquoi.
« La plus longue vie est aussi la plus grande source de ^ péché 'j et, plus le péché est grand , plus grande est la punition. Ces fameux combats, où tu, es si fier de triom-» pher par esprit de haine et de vengeance , et en répandant le saog humain, ont beau faire aujourd'hui ta gloire ',. après ta mort , ils feront ton repentir. Cslv la vie doit payer la vie , et le sang doit payer le sang. N'as- tu pas déjà. pris un assez fort à compte sur ta vie de perversité? Quand on a une fois quitté le droit chemin, plus on va en avant, et plus on s''égare«
<c Ne va donc pas plus loin , ne f égare pas davantage ^ mais laisse- toi tomber ici , et saisis le repos pour prévenir les malheurs qui peuvent s'attacher à la vie. Car qu'ofire-t-elle , la vie , qui puisse la rendre chère , et ne soit pas plutdt un motif pour y renoncer? Crainte , maladie ', vieillesse , pertes , travail , chagrin , querelles , fatigue, faim, froid, tous maux qui glacent le cœur-, la fortune inconstante et son aveugle tjrrannie , mille autres tourments encore , qui font de l'existence un fléau.
(( Toi, malheureux, tu as le plus grand besoin de 1» mort, si tu veux peser ton sort dans une fidelle balance. Car jamais chevalier qui osa entreprendre des exploits guerriers n'essuya d'aventures plus malencontreuses *, témoin la prison profonde où récemment encore tu languissais, implo-t T. I. F
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rant le trëpas -, et , quoicpi'une chance favorable ait prolonge tes }ours , cependant la mort pFëvîendrait de pareils mëchefs où le hasard peut te faire retomber.
(( Pourquoi donc, homme de pëchë , veux-tu amasser jours sur jours? Tes iniquités n' ont-elles pas comble à ras la mesure, pour te charger au jour de la colère? N'est-ce pas assez qu'infidelle à une femme gënëreuse , tu aies mis le sceau du parjure sur ton front , et que tu te sois vendu comme un esclave à la cruelle Duessa , avec laquelle tu t'es souille toi-même de tous les excès ?
(( N'est-il pas équitable, celui qui a tout vu du plus haut des cîeux , n'a-t-il pas un œil impartial ? Crois-tu qu'il laisse tes fautes se cacher dans quelque repli de sa mémoire , et qu'il devienne le complice de ton impiété ? Sa loi n'est-elle plus : Mort à tout pécheur -, toute chair mourra? Ainsi donc, ce qui doit arriver par force, ne vaut-il pas mieux qu'on le fasse volontairement, sans diflFérer et remettre jusqu'à ce que le sable de l'horloge soit tout-à-fait épuisé ? La mort est la fin des maux : meurs vite , ô fils de la fée. »
Le chevalier était fortement ému de ce discours, qui perçait son cœur comme la pointe d'une épée , et faisait une brèche secrète dans sa conscience. Car il savait bien la véritë de ce que le monstre lui rappelait , et à sa mémoire toute fraîche se reproduisait le spectacle odieux de ses crimes. Tout son courage s'affaissait ; et , comme s'il eût été enchanté par des paroles magiques , plus d'une fois il trembla , et plus d'une fois il se sentit défaillir.
Qisand le mécréant s'aperçut qu il flottait , faible et indécis dans cette stupeur , et qu'une angoisse infernale étreignait son ame •, pour le pousser au désespoir et achever de l'abattre , il lui montra, peintes sur une table , les ombres des damnés qui gémissent dans les tourments, et
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les milliers d'ennemis cjui leur font souffrir des supplices sans fin , à Taide d'une flamme et d'un soufre que rien ne saurait éteindre.
Cette vue frappa le chevalier d'une si profonde :épouvante » qu'il ne voyait rien devant ses yeux que la mort ? et une colère à jamais flamboyante , placée en face de lui par la juste sentence du Tout-Puissant. Alors le monstre commença à l'enlacer tout entier dans le piège, et lui présenta desépées, des cordes, du poison, du feu , et tout ce qui pouvait Tentraîner à perdition , l'invitant à choisir la mort qu'il préférerait •, car la mort était due à celui qui avait provoqué le courroux de Dieu.
Mais , voyant que le chevalier ne touchait à aucun de ces présents , il lui tendit un poignard aigu et affilé , et le lui mît en main. La main du chevalier tressaillit , agitée comme une feuille de tremble vert , et , sur sa pâle figure , une rougeur soudaine vint et passa, rapide messagère du trouble et des orages de son ame. A la fin , résolu à en finir avec la douleur , il leva sa main qui recula en se roidissant.
Una le regardait, et, près de s'évanouir, elle sentait son sang glacé se réfugier à la soui^ee de la vie. Mais bientôt? revenue à elle, elle arracha delà main du chevalier le poignard maudit ^ et le jeta à terre avec toute la force de Texaltation , en s'écriant : (c Honte ! honte ! chevalier pusillanime. Que prétends-tu par ce lâche effort? Est-ce là le combat que tu te vantais de soutenir contre ce dragon à la langue de feu, brillant d'une horrible splendeur î
« Viens , viens-t^en , être faible , insensé , esclave de la chair ', ne laisse pas ravir ton cœur mâle à de vaînes paroles, ni surprendre la constance de ton esprit par
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les pensées du d(^mon. N'as-tu pas une part dans les mîsëricordes cëlestes ? Pourquoi désespérer , toî qui es élu? Où la justice agit, la clémence agit plus puissante encore ; la clémence , qui éteindra le foyer des douleurs infernales , et effacera la détestable image gravée ici. Lève-toi, sire chevalier, lève-toi, et quitte ce Heu de malédiction. »
Alors il se leva , et s'éloigna à Tinstant. Dès que le monstre s'en fut aperçu, et qu'il eut reconnu que le chevalier ne succomberait pas, malgré la perfide subtilité de ses discours, il choisit une corde entre toutes les autres , et s'y pendit lui-même , sans nécessite , sans consolation. Mais il ne put par là obtenir la mort ; car il s'était mille fois traité ainsi lui-même, et pourtaitt cela ne pouvait le faire mourir , jusqu'à ce qu'il mourut de sa dernière mort, c'est-à-dire , éternellement. »
Hâtons-nous de le dire , un morceau si parfait n'est , dans le poème de Spenser, qu'une rencontre heureuse. Autrement, cette élévation soutenue de style et de pensées serait , pour l'époque j peut-être encore plus étonnante que les élans sublimes , mais passagers , de Shakspeare.
Shakspeare ! Sa gloire a fait pâlir la célébrité de ses devanciers, comme l'astre du jour efface les feux de la nuit. D'épais brouillards , des nuages obscurcissent tant d'éclat •, mais c'est le jour , c'est la vraie lumière, Shakespeare t Ce nom , symbole de gi*andeur et de barbarie , est devenu comme un signal de guerre dans la littérature européenne. Les uns l'inscrivent sur leurs drapeaux ; ' les autres prononcent anathème contre lui ; et ces mêmes ouvrages , où un parti voit la réforme d'une routine de vingt siècles , ne sont pour le parti contraire que les saturnales de l'esprit humain.
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Cherchez-vous l'origine June telle contradiction de jugement ? Vous la trouvez en Angleterre même , où , à côte d^un fanatisme aveugle pour le poëte à la langue de miel (*) j pour le fils chéri de la Mémoire^ le grand hé^ ritier de la Renommée (**) , vous entendez crier brutalement que , dans le hennissement d*un cheval ^ dans les ahoiejnents d'un dogue ^ il y a une expression plus praie et quelque chose de plus humain que dans la plupart des inspirations tragiques de Shahspeare (***)•
Ecartons ces hyperboles, qui n'apprennent rien que la folie des opinions passionnées. On pourra facilement se convaincre que ni les défauts ni les beautés de Shakspeare n'étaient avant lui sans exemple dans sa patrie*, il n'*a fait que les exagérer par Tentraînement de sa force naturelle. Que deviennent donc les théories subtiles, inventées par un 'culte idolâtre , pour ériger en combinaisons de l'art des bizarreries qui appartiennent à Tenfance de la civilisation moderne î
Aussi, loin de réclamer une admiration factice pour des fautes monstrueuses , quelquefois même désespérantes, nous nous sommes bornés à en chercher Texplication , et peut-être la seule excuse légitime , dans un exposé 5 par malheur trop incomplet, des premiers développements de la littérature anglaise. Que si des critiques doués d'une excessive délicatesse , même en rendant justice aux traits de génie qui frappent tous le^
(*) Honey-tongued Shakspeare. C'est le nom que lui avaient décerné quelques-uns de ses contemporains.
(^*) Exclamation de Milton dans quelques vers à la louange de Shakspeare.
(***) Paroles de Rymer, littérateur anglais , auteur de considérations critiques sur le théâtre de son pays , dans le dix-septième siècle.
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yeux, s'arment encore de tant de disparates, pour repousser le poète anglais du Panthéon des grands hommes de tous les siècles , il nous reste à dire à ces juges sévères , pour les reconcilier avec une renommée qu'ils méconnaissent : <( Dans ces poèmes imparfaits , ce que vous admirez est bien certainement de Shakspeare *, ce que vous réprouvez n'est peut-être pas toujours de lui ».
En effet, s^s pièces, livrées aux comédiens , restaient entre leurs mains long- temps avant que d'être imprimées , et subissaient d'étranges mutilations , des additions ou des retranchements de vers et de tirades entières, souvent même des renversements de scènes (*), dont ne se faisaient aucun scrupule ou Famour propre ou Tignorance et la grossièreté de ces obscurs dépositaires.
Il ne faut pas se figurer dans les acteurs de ce temps le moindre rapport d'instruction ou d'élégance de mœurs avec ceux qu^on a vus depuis. Hors l'amour propre, tout est changé pour eux. Les premiers théâtres anglais avaient été d'obscures tavernes. Les salles de Blach" Friars et du Globe ne valaient guère mieux -, on fumait, on buvait de l'aile pendant le spectacle : aucune illusion d'aiUeurs-, point de costumes, point de décorations *, tous les rôles de femmes remplis p;ir des hommes *, rien qui, aux yeux d'une troupe misérable , élevât son métier à la dignité d'un art*, rien qui fît comprendre à ces interprètes de Shakspeare quel trésor sacré était confié à leur mémoire. Tout ce qui pouvait remuer fortement une ignoble populace leur semblait bon. Ajoutez à cela leur existence précaire , puisqu'ils se virent un moment ,
(*) C'est Pope qui nous l'apprend. Mais , au reste , Shakspeare s'est plaint lui-même ( voir Hamlet, acte 3 , scène 2 ) de ces mutilations , de ces additions sur-tout , comme s'il eût voulu protester par avance contre les critiques qu'elles soulèveraient dans l'avenir.
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à la requête des puritains , chassés comme infâmes de Tintérieur de la ville ; comment donc auràient-ils respecté les droits de la postérité, eux qui n'avaient, pour ainsi dire , pas de lendemain?
Quoiqu'il en soit , le recueil des pièces de Sbakspeare, tel qu'il nous est parvenu , n'en reste pas moins une source précieuse d'émotions et de jouissances pour l'Angleterre , d'inspirations et d^^tudes pour nous. Voltaire l'avait bien senti , lorsque , introduisant le premier en France une légère connaissance de Sbakspeare, il se flattait d'en diriger ou d'en purifier le cours , de ne la faire circuler dans notre littérature que comme un mince filet d'eau. Quelle fut sa stupeur , lorsqu'il vit plus tard ce torrent bourbeux déborder le lit étroit qu'il lui avait creusé de ses mains! Troublé d'un tel mécompte, il s'emporte en invectives peu dignes de lui (*) , et qui se tournent d'aiUeurs contre son imprévoyance. Comment, doué d'un coup d^œil si juste, ne comprenait- il pas tout d'abord que le génie Shakspearien ne fût pas de ceux auxquels on peut dire : Tu n'iras pas plus loin.
Avec sa raison ingénieuse , maïs un peu froide et compassée , Pope a su établir une juste difierence entre ces productions informes et les chefs-d'œuvre d'un art perfectionné. « Rapprocher , dit-il (**) , les ouvrages de
(*) Gilles-Shakspeare , Pierrot- Letourneur , etc. Les dernière» années de la correspondance de Voltaire abondent en traits de ce genre. Mais il ne se contenta pas d'exhaler sa colère dans quelques lettres confidentielles. Ce patriarche de la littérature vint , dans un concile académique , prononcer une excommunication en forme contre l'hérétique dramaturge. « Je ne sais , dit M. Villemain , si l'Académie serait aujourd'hui propre au même usage ; car les révolutions du goût pénètrent dans les corps littéraires comme dans le public ».
(**) C'est la conclusion d'une préface de Pope , placée en tète d'une des nombreuses éditions de Shakspcare.'
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Shakspeare de ceux qui offrent une régularité achevée , c'est comparer un ancien bâtiment d'architecture gothique à un monument tout moderne. Si le dernier a plus d'éclat et d'élégance , le premier a quelque chose de plus hardi et de plus majestueux^ et il faut avouer qu'il présente assez de matériaux pour construire bien des édifices semblables à l'autre. Il règne dans la distribution intérieure plus de variété et plus de noblesse ; mais on n'y pénètre que par de sombres, bizarres et ignobles corridors. L'ensemble nous frappe d'un respect plus profond, quoiqu'il nous laisse remarquer beaucoup de détails puérils , mal disposés , indigaes de sa grandeur ».
Quelle que soit la magie exercée par Shakspeare , i l'aide de la vigueur ou de la singularité de ses paroles , on a fait une observation fine et vraie •, c'est qu'il y a moins de charme dans la lecture ou la représentation de ses ouvrages , que dans le souvenir passionué qu'ils nous laissent. Tout ce qui part de lui , une fois connu de nous, vit en nous. Cette puissance de graver dans les esprits des impressions ineffaçables est son caractère principal* et, après Homère , nul poè'te ne la posséda jamais à un aussi haut degré , avec une variété aussi étonnante. Seul | depuis le père des dieux et des héros mythologiques, il s'est fait un monde à lui, peuplé d'êtres qui n'aptiennent qu'à lui , et qui sont , pour alusî dire , autant de types que les hommes réels ont Tair d'imiter, comme notre univers reproduit , suivant Platon , les types éternels de la pensée divine. C'est par là sur-tout que Shakspeare est émiacmmeut poète dans le sens primitif de ce mot , comme Tentendaient les Grecs, en surnommant Homère le créateur , le poëte par excellence , le POETE.
SUR
SHÀKSPEARE.
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HÂBILET*
Hamlet^ la plus fisiqi^use de toutes les pièces de Sha^Lspeare ;^ est çellis pu il a été peutrétre le plus inégal. Cette tragédie est cominç le chaos traversé par calques rayons de lumière. U semble qu'on soit un cp^art d'heure avec Platon^ et le reste du temps à Bedlam.
Le célèbre G<^tbe , daais ^on roman de Wilhelm ]V[eister^ consacre presque un yolume tout entier à développer la profondeur de <çonçq)tion qu'il aperçait dans Hamlet. Son travail est sans doute ingé* pieux 5 mais pe ressemblerait-il pas ^ l'adresse de ces joueurs de billard , qui voujiont^ comnxe on dit , prendre une bille très fine , la preiment si fine qu'ils ne la tpujchent pas du tout? Il BomUtt que les développements de Gothe sur Hamlet n'aient aucuiii rapport avec le personnage de 3bajçspeare.
A. J'.entendrp, ïlamlet €st \^\ jw©e prince^ Aamx, vertueux 9 instruit, mais faible ^dVfte bumeuc tranquille ^ en qui la destinée va jeter de vive force le
!2 KS$AI8 LITTERJUHES
trouble , le désespoir et, pour ainsi dire , le remords du forfait d'aulrui. On croit voir( c'est la comparai* son de Gôthe) un gros arbre planté dans la caisse étroite et élégante d'un oranger, et la rompant de ses vigoureuses racines.
Sans doute , il y aurait là une idée intéressante et tragique. Mais, est-ce bien l'impression que laisse THamlet de SLakspeare ? Voilà ce qui nous parait loin d'être démontré. D'autres comm^lateurs que Gôthe ont aussi exercé la finesse de leurs yeux à démêler les beautés cachées de cet ouvrage. Le fimit de leurs recherches est au-dessus de l'intelligence commune; et tout ce qu'on peut dire, ce nous semble, de l'ouvrage que nous analysons , c'est que les éclairs de génie, quoique fort rares, y jettent une si vive lumière qu'il est tel passage d'Hamlet, préférable lui seul à toute une tragédie.
Le sujet d'Hamlet est tiré de la cent huitièni^ histoire tragique de Belleforest, qui l'avait lui-même empruntée des légendes dont se composent les commencements fabuleux de l'histoire du Danemarck, dans Saxon le grammairien. Le livre de Belleforest jouissait de la plus grande vogue à Tépoque oùShakspeare a écrit sa pièce , c'est-à-dire, en iSgS* Elle obtint un succès dont la vogue était devenue populaire.
En 1689, ^^ auteur anglais, nommé Thomas Ryd, avait déjà fait jouer une tragédie sur le même sujet, et puisée aux mêmes sources.
SUR SHAKSPEA.RE. 5