‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 33 sur 252 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

La maison de Poloçius.

Laertes fait ses adieux à sa sœur Ophélia , et lui recommande de ne point se confier avec crédulité à Famour qullamlet montre pour elle.

(( (3) Quant à Hamlet , et au hàdinage de ses amours y regardez cela comme une fantaisie de mode , un pu et

(3) For Hamlet, and the trifling of his faveur , Hold it a fashion , and a toy in blood ; A violet in the youih of the primy nature , Forward , not permanent, sweet, not lasting , The perfume and suppliance of a minute.

No more

Tlien weigh wbat loss your honour may sustain , If with too credent ear you list his songs; Or lose your heart; or your chaste treasure open To his unmaster d importunity.

F ear it, Ophelîa, féarit, my dearsister; And keep you in the rear of your affection , Out pf the shot and danger of désire.

The chariest maid his prodigal enough , If she unmask her beaiuty to the moon :

Yirtue itself scapes not caluiiinious strokes : The canker galls the infants of the spring^ Too oft before their buttons be disclos*d ; And in the mom and liquid dew of youth Gontagiouâ blastments are most imminent.

Ba wary then : best safely lies in fear ; Youth to itself rebels , though noue else near.

6 £6$AIS ttTTiRAtflÉS

de son ardeur naissante | une première violette du priu* temps de la jeunesse *, hâtive , mais passagère ; suave* mm sans durée ; un parfum qui n'*embaume que pendant ttne

minute*

Réfléchissez donc au tort que vous souflVîriez dans votre honneur y si vous écoutiez ces propos d^amour avec une oreille trop crédule , si vous perdiez la liberté de votre cœur y si vous abandonniez le trésor de votre chasteté à la fougue de ses importunités. Prenez-y garde , Ophélia , prenez-y garde j ma chère sœur ; ne vous laissez pas entraîner par votre affection , jusqu'*au point de braver le péril des désirs. Une fille sage est déjà assez coquette ^ lorsqu'^elle laisse la lune apercevoir sa beauté. La verta même n'échappe point aux traits de la calomnie ; Tinsecte ronge les enfants du printemps , trop souvent même avant que leur bouton soit épanoui *, et c^est au malin de la jeunesse y pendant la fraîcheur de la rosée , que les souflles contagieux ont plus de danger. Soyez donc toujours en défense \ la meilleure sauvegarde, c'est la peur; la jeunesse trouve son ennemi en elle-même » quand elle n'est point attaquée au dehors. »

Ces sages conseils sont suivis dea avis que Polonius vient donner lui-même à son fils , et qui ne méritent pas moins d*étre offerts au lecteur. .

« (4) Ne confie point tes pensées à ta langue. Ne mets pas à exécution des pensées mal calculées. Sois familier,

(4) Give thy thoughts no longue ,

Nor any unproportion'd thought his act.

Be thou familiar , but by no means vulgar.

Tbe friends thou hast, and their adoption tried, Grapple them to thy soûl with hooks of steel;

Sun »lAK8t>EARE. 7

mais jamais vulgaire. Les amis que tu auras j et dont Faffection sera éprouvée , attache-les à ton ame par des liens d^acier ; mais ne salis point ta main en allant serrer celle de chaque gaillard ëclos d'hier , et qui n^est pas encore emplumd. Garde-toi d'entamer une querelle. Mais , une fois engage , comporte-toi de manière que Tadversaire prenne garde à toi. Prête Toreille à tous , mais tes paroles à un petit nombre. Ecoute Topinion de chacun *, mais tiens en réserve ton jugement. Que tes habits soient aussi magnifiques que ta bourse le permet , sans que jamais ils aient un caractère de bizarrerie ; riches j mais point fastueux *, car Tajustement est souvent un moyen déjuger de Thomme, et, en France, ceuxd'iin rang et d/une position élevée , montrent par là leur noblesse et leur distinction. Evite d'emprunter ou de prêter. Celui qui prête perd souvent et la créance et Tami *, celui qui

But do not cbill thy palm with entertaînmeni

Of each new-hatch'd, unfledg*d comrade. Beware

Of entrance to a quarrel : but, being in,

Bear it tbat the opposer may beware of tbee,

Give every man thine ear, but few thy voice :

Take each mau's censure, but reserve thy judgement.

Gostly thy habit as thy purse can buy ,

But not express*d in fancy ; rich, not gaudy :

For the apparel oft proclaims the man ;

And they in France , of the best rank and station ,

Are most select and generous , chief in that.

Neither a borrower , nor a lender be :

For loan oft loses both iiself and fried;

And boiTowing dulls the cdge of husbandry.

This above ail , ^ to tbine ownself bé true ;.

And it must foUpw , as the night the day,,

Thou canst uot then be false to any man.

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emprunte rompt le fil de l'ëconoraie. Mais , par-^éssos tout , sois sincère vis-à-yis de toi-même \ et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour , tu ne pourras être faux envers personne. »

Laertes part. Polonius adresse à sa fille les mêmes exhortations qu'elle avait reçues de son frère , au sujet de Tamour qu'elle inspire au prince.

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