‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 9 sur 252 · X VIE · texte numérisé non relu

X VIE

ser^é que deux stances , dont la première, après quelques grossières invectives , s^aiguise en mauvaise pointe , et finit par un intraduisible jeu de mots ^ur le nom du seigneur Lucy» Voici le sens de la seconde :

« Sir Thomas ëtait trop avare, de désirer tant de daims pour lui seul, quand on voit dëjà tant de cornes figurer ouvertement sur sa tête. »

« Ne restât-il pas même un seul daim à son honneur, ({u'^importe , puisqu'il avait une femme qui a pris assez de peine pour lui trouver des cornes qu'il ne perdra de sa vie? »

Une telle vengeance paraît bien lâche. Que penser du génie , ce rare présent du ciel , s'il ne préserve pas même de ces bassesses (*) ?

Outragé dans la plus chère partie de son honneur , le vieux gentilhomme exerça de sévères poursuites, qui forcèrent Shakspeare à quitter sa famiUe et son état pour se réfugier à Londres. Il entrait alors dans sa vingtdeuxième année.

Quel chemin se fraya-t-il d'abord jusqu'à la scène où il devait s'illustrer? Faut-il croire qu'il ait gardé quelque temps les chevaux des riches spectateurs , à la porte d'un théâtre? Et forma-t-il ensuite, comme on l'a prétendu ,

(*) Le tantœ-ne animis est trop connu pour être cité ; mais le res« sentiment de Shakspeare , de cette ame céleste , ne se borna pas à une ballade. Quinze ans après sa fuite , au milieu de l'agitation et des plaisirs de sa vie théâtrale , pensant toujours à l'auteur de ces poursuites auxquelles il derait sa nouvelle existence, il nourrissait encore assez de fiel contre lui pour attaquer, dans une de ses pièces , par des plaisanteries indirectes , la mémoire d'un vieillard qu'il avait déjà si indignement insulté. Voir la note B des Joyeuses Bourgeoises de T^iiidsor,

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