‹ Essais littérairesChapitre 14 sur 23 · I.ORD BYRON · texte numérisé non relu

I.ORD BYRON

au Dante et à Milton. Cependant, dans le quatrième chant de Childe Harold, il place au moins sur un pied d’égalité avec eux le Tasse, écrivain qui leur est non-seulement inférieur, mais d’un ordre d’esprit tout différent. M. Hunt, je crois, avait parfaitement raison de dire que lord Byron ne trouvait dans les œuvres de Spencer que peu ou point de mérite.

MaisByron le critique et Byron le poète étaient deux hommes bien différents. Il est vrai qu'on peut souvent retrouver dans la pratique du noble écrivain les conséquences de sa théorie. Cependant il était naturellement enclin li s’accommoder au goût littéraire du siècle dans lequel il vivait, et son génie lui aurait permis de s’accommoder au goût de tous les siècles. Quoiqu’il parlât souvent de son mépris pour l’humanité, et quoiqu’il se vantât de se suffire parfaitement à lui-même, au milieu de l’inconstance de la fortune et de la renommée, sa carrière littéraire ne fournissait aucune preuve de l’orgueil solitaire et insociable qu’il affectait d’éprouver au fond du cœur. Nous ne saurions nous représenter lord Byron, défiant comme Millon ou Wordsworlh les critiques de ses contemporains, leur rendant mépris pour mépris, travaillant à un poème dans la ferme assurance que son œuvre serait impopulaire et dans la ferme assurance qu’elle serait immortelle. lia dit, parla bouche d’un de ses héros, en parlant de la grandeur politique, que «celui qui veut gouverner doit obéir; u et il donne cette maxime comme un motif de ne pas s’adonner à la vie politique. 11 oubliait que lepouvoir qu’il avait exercé sur la littérature avait été acheté par la servitude et par le sacrifice de ses goûts personnels aux goûts du public.

Byron a été la créature de son siècle, el à quelque époque qu’il eût vécu, il aurait toujours été la créature de son siècle. Sous Charles I", Byron aurait été plus excentrique que Donne. Sous Charles II, les déclamations des poésies dramatiques de Byron auraient été saluées par les applaudissements du parterre, des loges et de la galerie, à l’égal de celles d’un Bayes ou d'un Bilboa. Sous George I", la facilité monotone de la versification de Byron et l’élégance de ses expressions auraient inspiré de l'envie à Pope lui-méroe.

11 fut l’homme des treize dernières années du dix^iuitième siècle, et des vingt-trois premières années du dixneuvième. Il appartint en partie à l’ancienne, et en partie à la nouvelle école de poésie. Son goût personnel le portait vers la première ; sa passion pour le succès l’entratnait vers la seconde ; ses facultés le rendaient également propre à réussir dans l'un ou dans l’autre camp. Sa renommée devint un terrain commun sur lequel purent se rencontrer les fanatiques des deux partis, Gifford et Sheliey, par exemple. Il fut le représentant, non d’un parti littéraire, mais de tous deux àla fois, et de leur conflit, et de la victoire qui mit un terme à ce conflit. Ses poésies remplissent et mesurent dans son ensemble le vaste espace qu'a franchi notre littérature depuis le temps de Johnson. Elles tiennent d’un côté à Y Essai sur l'homme, et de l’autre à l 'Excursion.

L’histoire littéraire nous fournit plusieurs exemples de même nature. Voltaire fut le lien qui unit la France de Louis XIV et la France de Louis XVI, qui rapprocha Racine et Boileau de Condorcet et de Beaumarchais. De même que lord Byron, Voltaire se mit à la tète d’une révolution intellectuelle, tout en la redoutant, en murmu-

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