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lisant isolément. C’esl peut-êlre le plus grand éloge qu’on puisse faire d’un auteur dramatique.
D’un autre côté, je ne sais s'il y a, dans toutes les pièces de lord Byron, un seul passage remarquable qui doive une portion quelconque de son intérêt ou de son effet à son rapport avec les caractères ou avec l’action. Autant qu'il nous en souvienne, il n’a écrit qu’une seule scène qui soit dramatique même dans la forme, c’est la scène entre Lucifer et Caïn. La conférence est animée, et chacun des interlocuteurs y prend sa légitime part. Mais pour peu qu’on examine avec soin cette scène, on verra qu’elle ne fait que confirmer nos remarques. Ce n'est un dialogue que dans la forme. Au fond, c'est un soliloque. C’est & vrai dire une discussion avec un seul esprit inquiet et sceptique. Les questions et les réponses, les objections et les solutions appartiennent toutes au même caractère.
Un écrivain qui faisait preuve de si peu d’habileté dramatique ne devait pas écrire un récit avec de bien grands effets dramatiques. En effet, rien de moins soigné et de plus négligé que la structure de ses poèmes narratifs. Il a l’air de s’être dit, comme le héros de la Répétition ( lhe Rchearsal), que l'intrigue n’est bonne qu’à relier les beaux endroits. Ses deux plus longs ouvrages, Childe Harold et Don Juan, n’ont aucune espèce de plan. Tous deux auraient pu prendre des proportions démesurées, ou s’arrêter net à un endroit quelconque. L’élat dans lequel le Giaour se montre à nous fait bien comprendre comment Byron a écrit tous ses poèmes. Ils sont tous, comme le Giaour, des collections de fragments, et, bien qu’il n’y ail pas d’espaces vides marqués par des astérisques, if est cependant facile de voir, au peu de soin ‘qu'a
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tuis Byroa à les relier enlre eux, où commencent et où Unissent les morceaux pour l’amour desquels fut composé le tout.
C'élail dans la description et dans la méditation que Byron excellait. « La description était son fort, » comme il dit dans don Juan. Sa manière est vraiment toute à lui, et presque sans égale; rapide, vivante, pleine de puissance: les choix heureux, les coups de pinceau en petit nombre et hardis. En dépit du respect que nous inspire le génie de M. Wordsworlb, nous ne pouvons nous empêcher de croire que la minutie de ses descriptions nuit souvent à l'etTel. Il s’est accoutumé A contempler la nature avec les yeux d'un amant, A s’attacher A chaque trait et à noter tous les changements d’aspect. Los beautés qui frappent l’observateur le plus négligent, et celles qu’on ne découvre qu’à force d’attention, lui sont également familières et occupent la même place dans ses poésies. Le proverbe du vieil Hésiode, que la moitié est souvent plus que le tout, s’applique parfaitement à la description. L’habile pratique des Hollandais, qui abattaient la plus grande partie des arbres précieux dans les Iles à épices, afin d’augmenter la valeur de ceux qui restaient, est une pratique que les poêles feraient bien d’imiter. C’est une pratique que lord Uyron a su observer mieux qu’aucun autre pcëte. Quels qu'aient été ses défauts, personne n’a jamais pu, tant que son esprit a conservé sa vigueur, l’accuser de prolixité.
Quelque grand que fût le mérite intrinsèque de ses descriptions, ce qui leur donnait leur principal intérêt c’était le sentiment qui venait toujours s’y mêler. Lord Byron était lui-même le commencement, le milieu et la lin de toute sa poésie, le héros de tous les récits, le prin-