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cipal objet de tous les paysages. Harold, Lara, Manfred, et une foule d’autres personnages, n’étaient aux yeux du public que des Byron à peine déguisés, et il y a tout lieu de croire que c’était bien véritablement là son intention. Les merveilles du monde extérieur, le Tage et les puissantes flottes de la Grande-Bretagne qui naviguent sur ses ondes, les tours de Cintra qui s’élèvent audessus de l’épaisse forêt de chénes-liéges et de saules pleureurs, le marbre étincelant du Penlélique, les rives du Rhin, les glaciers de Clarens, le doux lac Léman, la grotte d’Egérie avec ses oiseaux et ses lézards frétillants, les ruines sans forme de Rome, couvertes de lierre et de fleurs sauvages, les étoiles, la mer, les montagnes, toute la nature, en un mot, sert d’accessoire et de fond à une figure sombre et mélancolique.
Jamais écrivain n’eut à sa disposition une aussi vaste source de mépris, d’éloquence, de misanthropie et de désespoir. Ce Marah ne tarissait jamais. Aucun art ne pouvait adoucir, aucune dérivation ne pouvait épuiser ces ondes éternellement amères. Jamais il n’y a eu dans la monotonie une variété égale à celle de Byron. Depuis les éclats de rire du maniaque jusqu’aux lamentations les plus perçantes, il a su faire usage de toutes les notes de l'angoisse humaine. Les années succédaient aux années, les mois remplaçaient les mois, et il continuait à répéter que le malheur est le sort commun à tous les hommes; que le malheur suprême est le sort des êtres supérieurs ; que tous les désirs qui nous oppressent nous conduisent également à la douleur : à la douleur du désappointement, s'ils ne sont pas satisfaits; à la douleur de la satiété, s’ils sont satisfaits. Ses héros soht des hommes qui sont arrivés par des routes différentes
KSSAIS LITTÉRAJUKS
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au même désespoir, qui sont las de la vie, qui sont en guerre avec la société, qui n’ont dans leur angoisse d’autre soutien qu’un invincible orgueil, semblable à celui de Prométhée enchaîné sur le rocher ou de Satan dans la fournaise ardente, qui peuvent dompter leurs tortures par la force de leur volonté, et qui bravent jusqu’à la fin toutes les puissances du ciel et de la terre. Byron s’est toujours représenté lui-mômc comme un homme de la même espèce que ses créations favorites, comme un homme dont le coeur avait été desséché, qui avait perdu à tout jamais le pouvoir d’être heureux, mais dont l'invincible énergie osait envisager tout ce qui pouvait lui arriver de plus terrible, soit dans ce monde, soit dans le monde à venir.
Dans quelle mesure ce sentiment d'amertume morbide venait-il d’une maladie naturelle de l’àme, dans quelle mesure était-il le produit de malheurs véritables, dans quelle mesure était-il dû à la fièvre de la dissipation, dans quelle mesure était-il imaginaire, dans quelle mesure était-il aüeclé, il nous est impossible, et il aurait été probablement impossible aux amis les plus intimes de lord Byron de le dire. Il est permis de douter qu'il ait jamais existé, ou qu’il puisse jamais exister, un homme répondant à la description qu’il nous a laissée de lui-même; mais il est incontestable que Byron n’était pas cet homme-là. Il est ridicule de supposer qu’un homme dont l’esprit aurait été véritablement imbu de mépris pour ses semblables, aurait publié chaque année trois ou quatre volumes pour le leur dire, ou qu’un homme qui aurait pu- affirmer en toute sincérité qu’il nc'désirail ni ne recherchait la sympathie de personne, aurait permis à l’Europe tout entière d’entendre ses