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SUR QUELQUES POINTS DE L'HISTOIRE DES SOCIÉTÉS ANIMALES

Problème de l'espèce dans Thumanité. — Perte de l'individualité dans les sociétés des êtres inférieurs. Myxomycètes et Siphonophores. — Individualité chez les Ascidies sociales. Progrès dans le développement de l'individu vivant en société.

Les pages qui suivent sont destinées à répondre à cette objection contre les Etudes sur la Nature humaine que, dsins ce livre, je ne visais que Tindividu, sans me préoccuper des intérêts de la société ni de l'espèce. On me reproche de ne pas avoir tenu compte de cette vérité que, dans la marche générale de l'évolution, l'individu doit s'effacer devant des intérêts supérieurs qui sont ceux de la communauté. Or, en prêchant l'orthobiose, c'est-à-dire le cycle le plus complet de la vie humaine devant aboutir à une vieillesse très avancée, je préconisais une conduite préjudiciable à l'ensemble de rhumanité.

L'objection que je vise, repose sur un malentendu

qu'il serait intéressant d'éclaircir. Je pense que le développement complet de l'individu doit non seulement ne nuire en rien à la communauté, mais au contraire lui être très utile. D'un autre côté il ne faut pas perdre de vue que l'individu a ses droits qui ne doivent guère être ignorés.

En argumentant contre ma thèse, on cite des faits nombreux qui démontrent que dans le monde des animaux et des végétaux l'individu est toujours sacrifié au profit de l'espèce. Là-dessus le doute n'est pas possible. On a pu voir, dans le courant de ce livre, des données très précises à ce sujet. Nous avons cité des plantes, telles que l'Agave ou certains Cryptogames, qui meurent aussitôt après s'être reproduits. Nous avons parlé aussi de ces petits Nématodes femelles qui sont brutalement dévorés et déchirés par leur progéniture. Il est difficile de trouver de meilleurs exemples (!(»< sacrifice de l'individu à l'espèce. Seulement cette règle ne s'applique pas à l'homme qui occupe sous ce rapport une place toute particulièiHî.

L'homme a vu plusieurs espèces d'animaux disparaître du globe. Il a lui-même largement contribué à la destruction du Moa {.Epyornis) de Madagascar, le plus grand représentant de la classe des Oiseaux, lia détruit \i\ Dodo d(» l'île iMaurice et la Rytiîia atelhii Cétaré paisible des côtes de l'archipel aléoutien. l/homm(M\st en train' de faire disparaître certaines espèces de carnassiers nuisibles, tels que le loup et l'ours et peut-être ne se passera-t-il pas un temps très long jusqu'à ce (jue les automobiles remplacent partout le cheval qui deviendra un animal de luxe bien

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rare. Mais, destructeur de tant d'autres espèces, l'homme a bien assuré la conservation de la sienne. Les progrès déjà réalisés par la civilisation ont large-' ment diminué la mortalité. Tous les ans un grand nombre d'enfants de bas âge sont conservés grâce aux mesures d'hygiène et de thérapeutique. La diminution des guerres et des assassinats contribue de son côté au maintien de l'espèce humaine. La position que l'homme a acquise dans le monde ferait plutôt craindre une augmentation trop grande de la population et, bien que la théorie de Malthls ne se soit pas vérifiée dans ses détails, il ne reste pas moins vrai que l'homme est capable de se répandre sur la terre d'une façon trop abondante. Certains symptômes laissent prévoir qu'au fur et à mesure que l'humanité épargnera l'effusion de son sang, olle le remplacera par la destruction de cette autre humeur, qui sert pour la propagation de l'espèce.

Le problème de l'espèce humaine étant réglé, il est tout naturel de porter au premier plan celui de l'individu. Sous ce rapport les données de la science biologique peuvent présenter un réel intérêt.

L'homme n'est pas le seul être sociable sur la terre. Bien avant son apparition, il existait déjà des étres^ vivants, réunis en sociétés organisées. A la surface de la mer, flottaient des colonies splemlides de Siphonophores ; la profondeur des océans était le siège des^ sociétés de coraux d'une variabilité extraordinaire, et la terre ferme abritait une quantité d'insectes, parmi lesquels un certain nombre étaient réunis en états parfaitement organisés.

Cette vie sociale s'est développée sans aucun i cours extérieur, saus aucun code réglant la ronduile des membres qui se réunissent dans un but commun.

Il est intéressant de jeter un coup d'œïl d'ensemble sur les principes fondamentaux de pareilles sociétés ; je me propose d'attirer ici l'attention aur un des points 1 essentiels des sociétés animales, k savoir sur les rapports entre l'individu et la société.

On sait quo c'est Ik un des problèmes difficiles de l'organisation des sociétés humaines. Jusqu'à qu^l point la société a-l-elle droit d'empiétement sur Tindividu et à quel degré celui-ci peut-il conserver son intégrité et son indépendance ? Nous n'avons pas k rappeler ici les discussions interminables sur ce sujel. ni à rappeler les théories d'après lesquelles l'homme doit être pliis ou moins sacrifié pour le bien de la société dont il fait partie. Nous uous occuperons seulement du sort de l'individu dans les sociétés dus organismes infiniment plus simples que l'homine.

Même chez des êtres bien inférieurs, qui occupent une place intermédiaire entre les animaux et les plantes, il ne manque pas d'exemples de sociétés constituées par la réunion d'un très grand nombre d'individus.

On trouve souvent dans des bois, sur dos feuilles mortes ou sur du bois pourri, de petites plantes dont l'aspect général rappelle celui de champignons minusculee. Ce sont des Myxomycètes, petits sacs remplit d'une très grande quantité de corpuscules sphériques ou spores, de grosseur microscopique. Lorsque ces spores viennent k être humectées par la pluie, il ea

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