Jouraal de Mouhot
actuel de Siam , desservie par de pauvres talapoins dispersés dans la forêt voisine , et qui attire de loin en loin quelque rare pèlerin. Les maigres indigènes des environs regardent avec plus de terreur que d^orgueil ces grands monuments de leurs ancêtres, et quand Mouhot leur demandait qui les avait élevés , ils répondaient avec mystère : C'est le Roi des Anges, ou bien : Ce sont les géants ; ou bien ; C'est le Roi Lépreux ' ; ou bien enfin : Ils se sont faits eux-mêmes. La vérité est qu'une fois, dans des temps très anciens , Indra reconnut dans la personne d'un Kôt Méaléa, prince du Cambodge, son propre fils, qui était allé s'incarner sur terre : il l'enleva au ciel , dans le palais merveilleux des dieux ; mais les anges , blessés de voir un homme dans leur ciel, demandèrent l'expulsion de l'étranger : le prince pleurait de quitter la divine demeure : « Ne pleure pas, dit Indra, j'enverrai l'ange architecte, Pusnaka , te bâtir sur terre un palais semblable. » C'est ainsi que s'éleva le palais d'Angkor la Grande 2.
« Angkor la Grande » n'est pas une merveille isolée : ce n'est que le type achevé d'un art dont les restes couvrent tout le pays. Mais il n'était pas donné à Mouhot de suivre jusqu' au bout sa découverte , et il succomba à ses premiers pas dans ce monde enchanté. La fièvre le saisit le 19 octobre : son Journal de Voyage s'arrête le 29 avec ces mots :