Max IIuller
taire sur le Yasna^ et c'est ainsi que la vie et la lumière s'en échappaient dans toutes les avenues de la science.
Le Commentaire sur le Yasna ne comprend que le pre* mier des soixante-dix chapitres du Yasnay c'est-à-dire une partie infiniment petite de l' Avesta ; mais les nombreux extraits des autres textes, que la comparaison des passages parallèles amenait sous son étude, étendaient la portée de ses découvertes bien au delà de ce cercle restreint, qu'il élargit encore dans des études de détail poursuivies jusqu'à l'époque de sa mort. Il avait d'ailleurs fait la chose importante, il avait marqué la méthode. Sa mort prématurée n'en fut pas moins un malheur pour le développement des études qu'il avait créées, parce que l'exemple qu'il avait donné ne fut pas suffisamment compris et imité par ses successeurs. Esprit assez large pour s'élever au dessus des systèmes et embrasser la réalité entière dans toute sa complexité, il avait su concilier, avec une mesure et une précision sans égales, les deux instruments qui lui avaient servi à constituer la science, la tradition et l'étymologie. A sa mort, un schisme se produisit : les deux forces, maniées ensemble par sa main puissante pour un but commun , entrèrent en rivalité et deux écoles exclusives et hostiles se disputèrent le champ de bataille de l' Avesta. Dans l'une, la tradition fut maîtresse, les liens intimes de la pensée iranienne et de la pensée indienne furent perdus de vue, et, par suite, l'intelligence historique des choses fut compromise ; dans l'autre, l'Avesta devint comme un feuillet détaché des Védas, le zend fut interprété à coup de dictionnaire sanscrit, les combinaisons de l'imagination étymologisante décidèrent du sens des mots et des idées et se substituèrent aux leçons de la réalité vivante et de l'histoire.
Ces deux écoles se sont partagé l'Allemagne depuis Ja mort
l'oribntausme en frange. 23
de Burnouf, et, après trente ans de polémique, la conciliation ne semble pas encore faite. A lire certaines traductions des mômes passages données par les deux écoles, la critique s'est parfois demandé si c'est le même texte qui est traduit des deux parts. Les deux écoles ne s'accordent qu'en un point : c'est à se réclamer l'une et l'autre de Burnouf, et les seuls textes sur lesquels elles tombent d'accord sont en général ceux auxquels le maître a touché. Burnouf est comme un de ces grands princes qui ont su de leur vivant imposer Tordre et la loi aux partis hostiles , dont la disparition est le signal de la guerre civile, mais dont chaque parti invoque encore le nom au milieu de la mêlée. L'unité aurait pu se maintenir si Burnouf avait eu des disciples eo France ; mais il mourut sans laisser d'héritier sur le domaine iranien ; son héritage passa tout entier à l'Allemagne, et la France, se contentant de la gloire d'avoir à citer les noms d'Anquetil et de Burnouf, se désintéressa de cette science doublement française , créée , à deux reprises, par l'héroïsme de l'un et le génie de l'auti^e.