RV. X
4. Déjà , dans le Rig , la lumière et les eaux sont enfermées dans la nuée comme dans un œuf qu'il faut briser ; Indra , en brisant les œufs de Çushna ( un des noms du démon ) , conquiert les eaux lumineuses (RV. VIII , 40, 10-4 1). Il pousse les aurores hors de la montagne céleste, en la brisant comme l'œuf d'un oiseau (X, 68, 7).
c( L'Univers était ténèbres, impossible à percevoir, à reconnaître, à discerner, à saisir, et comme plongé dans Tuniversel sommeil.
« Alors Celui qui est par lui-même, le Bienheureux, Celui qui, échappant à la perception , rend perceptible ce monde fait d'éléments, le Tout-Puissant, se manifesta, repoussant les ténèbres.
(( Il brilla de lui-même, et, désirant émettre de son corps les diverses races de ci^éatures, il émit d'abord les eaux et y déposa un germe.
« Ce germe devint un CBuf d'or, resplendissant comme le soleil; dans cet œuf, de lui-même naquit Brahma, le père universel.
« Dans cet œuf, le Bienheureux ayant une année habité, par la force de la pensée, le l)risa.
« Des deux parties.de la coque il fît le ciel et la terre, et au milieu le firmament, les huit régions et le siège éternel des eaux*. »
Si l'on fait abstraction de la personne de Brahma, qui n'est là que parce qu'il doit y être par nécessité de système, étant devenu le principe suprême à l'époque où ces lignes ont été rédigées, on trouve comme éléments derniers de la cosmologie brahmanique les eaux ténébreuses où germe l'Embryon d'or et la lumière d'Agni cachée dans la nuée.
S 8. Cette lumière créatrice, cet Agni enfermé dans les eaux célestes , prenait dans certains mythes une forme particulière qui prêtait singulièrement au développement cosmologique. Dans toute une série, la lutte d'orage avait
\ Manon, I, 5 sq.
LES COSMO&ONms ARYENNES. l'4S
pour objet, non point la conquête pure et simple de la lumière matérielle , mais la délivrance de la limiière vivante , de la belle créature radieuse , enlevée par le Serpent, devenue « TÉpouse du démon, » la Dâsapa$ni: le drame naturaliste tourne ainsi en drame humain ; Forage devient une lutte d'amour, le héros lumineux devient •un amant délivrant son amante** et, par une généralisation postérieure, il devient le dieu de l'amour, Kâma 2. Dès lors , le rôle cosmogonique joué par l'Embryon d'or, par Agni, pourra l'être à sa place par l'Amour, qui n'est qu'une de ses formes, qu'un de ses noms, mais une forme et un nom qui évoquent tout naturellement les idées de développement et de génération et provoquent la pensée cosmologique. Puisque l'amour à présent perpétue la vie, pourquoi ne l'aurait-il pas produite au début? Certes, à son origine, ce dieu d'amour, sorti du dieu amant qui lutte pour la conquête de l'amante, n'a qu'un rapport lointain, qu'un simple rapport de nom. avec l'amour abstrait et créateur. Les poètes védiques qui célèbrent Kâma invoquent en lui, non à la façon des Grecs, « le dieu aux molles langueurs, Xuot|jieXi^ç » , le dieu par qui la vie naît et se propage, mais un dieu tout de terreur et de lutte, un dieu firère d'Indra, le héros d'orage, frère d'Agni, le feu de la nuée. Ils l'invoquent pour qu'il tue leurs ennemis , pour que de ses flammes il brûle leurs demeures et qu'il les précipite dans l'abîme avec les mômes armes dont Indra a pré-