‹ Essais orientauxChapitre 42 sur 109 · LES G08M0G0NIB8 ARYENNES · texte numérisé non relu

LES G08M0G0NIB8 ARYENNES

Oui, l'Amour, voilà l'être qui naquit au début, rAmour qui fut le germe premier de la pensée, et en qui les sages, s'ils interrogent leur cœur, découvrent le lien du non-étre à l'être * .

Cet Amour, qui est le premier-né des eaux ténébreuses et qui s'y développe par la puissance de la chaleur , est bien encore TAmour-Agni de TAtharva et identique à l'Embryon d'or ; mais la réflexion éveillée ente l'abstraction sur l'image ^ et les formules métaphysiques sortent du mythe naturaliste et concret.

§ 9. S'il sort du siège de l'orage, du siège de la lutte, le monde est fils de la haine autant que de l'amour. C'est en délivrant les ddsapatnis prisonnières qu'Indra crée le monde : mais c'est aussi, et cela revient au même, en tuant le Serpent :

Indra, quand tu as tué le Premier-né des Serpents, alors, créant le Soleil, le Ciel, l'Aurore, alors, certes, tu n'as plus trouvé d'ennemi.

Il ne s'est point dégagé de là de formule cosmogonique, la personne d'Indra étant trop au premier plan, ce qui retenait le mythe dans le temps, dans la période secondaire, dans le domaine des créatures, et l'empêchait de se perdre dans la période de l'impersonnel, antérieure à toute créature, humaine ou divine.

Mais, à défaut de formule cosmogonique, une épopée cosmogonique naquit de là : tandis que le monde sort du

\. RV. X, 1Î9, 3-4.

(4à ESSAIS OttIBNTAUX.

chaos, à peine est-il créé, une lutte inouïe s'engage pour sa possession entre dieux et démons, Asuras et De vas , et les incidents de cette lutte, sujet favori de la poésie classique, marquent les moments de la création.

S 10. La mythologie naturaliste offrait une dernière image, également propre à éveiller les idées de développement cosmologique. Les nuées s'entrelacent et s'agitent comme les branches d'un arbre gigantesque : le même nom, vana , désigne la forêt et la nuée. L'arbre prêtait autant que l'œuf au symbole cosmogonique et le monde pouvait devenir une ramification de Tarbre céleste, aussi bien qu'une germination de l'œuf céleste. Le Brahmanisme contient des allusions à des mythes de ce genre : l'Univers est dit « l'arbre de Brahma, » c'est un açvattha dont les racines sont dans les hauteurs, dont les branches tombent en bas et en qui tous les mondes reposent *. Le rôle cosmogonique de l'arbre, ou mieux de la plante, se présente directement et plus clairement dans les mythes du lotus de Brahma. Au commencement delà période présente du monde, du présent kalpa les eaux couvraient le monde, faisaient le monde même : sur ces eaux flotta un lotus d'or, et de ce lotus d'or sortit Brahma, qui, des diverses divisions du lotus, créa les diverses parties du monde. On reconnaît trait pour trait la cosmologie de l'œuf de Brahma : des deux côtés, au début, les eaux ; ces eaux contiennent soit î'œuf d'or, c est-à-dire le noyau nébuleux où germe la lumière, soit le lotus d'or, c'est-à-dire la nuée-plante où

1. De là, déjà dans le Véda, l'idée que le ciel et la terre ont été taillés dans un arbre immense : a Quelle est la forêt, quel est l'arbre dans lequel ils ont teille le ciel et la terre? » (RV. X, 34, 7; 8<, 4; cf. § 48).

LES COSMOGONIES AAYENNES. 1.49

percent les couleui'S de la lumière ; le lotus d'or de la nuée en se déchirant, comme l'œuf d'or de la nuée en se brisant, fera paraître le monde, fera le monde.

§ il. L'Inde, en résumé, nous a présenté jusqu'ici sept idées ou sept formules cosmologiques : le monde vient des eaux, d^ ténèbres, de l'œuf, de la lun^ière, de J'amour, de la lutte*, de la plante; idées ou formules qui reviennent toutes à une seule et même image ; le monde sort de la nuée.

< . Cette dernière idée exprimée en mythe, mais non réduite en formule.

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