‹ Essais orientauxChapitre 54 sur 109 · SCHCEMANN, i. /., p · texte numérisé non relu

SCHCEMANN, i. /., p

LES GOSMOOONIES ARYENNES. 167

étonnement hors de propos, car au fond l'Amour est identique à Typhée ; il vit dans le même monde, dans la même région de nuée et d'orage, dans le même Chaos, et, avant de se manifester en Phanès triomphant, sur les ailes d'or de la lumière créatrice, il n'apparaît que sm* les ailes de l'éclair et sous les formes de créatm*es monstrueuses que l'œil dessine dans les masses difformes de la nuée *. La Grèce, comme l'Inde, a donc eu des mythes où la création sortait de la lutte du dieu et du démon. Mais on conçoit combien une telle cosmologie , si légitime qu'elle fût, étant donné son point de départ, cessait d'être satisfaisante à mesure que la pensée philosophante s'habituait à chercher aux origines du monde quelque chose qui ressemblât au néant. Ces solutions, qui transportaient purement et simplement dans la création première les circonstances et les agents de la création renouvelée, devaient ou disparaître ou se transformer, et les philosophes grecs conservèrent les formules traditionnelles où ils avaient été nourris en convertissant la lutte concrète entre adversaires vivants en une lutte abstraite et métaphysique.

S 18. Enfin l'arbre de Brahma a aussi poussé des branches dans le ciel hellénique. Sans nous arrêter aux preuves de l'équivalence de la nuée et de l'arbre dans la mythologie greajue proprement dite ^ , nous trouvons directement

1 . tt N*as-tu jamais vu, en regardant au ciel, de nuée-senoblable à un centaure, à une panthère, à un loup, à un taureau? » (NuéeSy 346.)

2. Par exemple, la nymphe Melia (MeX^a, le frêne), fille de l'Océan, épouse le fleuve Inachos et en a le premier homme, Phoroneus, le Prométhée argien qui apporte le feu du ciel. C'est le frêne de la nuée, d'où le feu est descendu sur terre dans l'éclair (Kuhn, Descente du feu).

Tarbre de Brahma dans le chêne ailé * sur lequel le Zeus de Phérécyde déploie le ciel, la terre et l'Océan-. Cette conception, qui n'est plus attestée directement que par une ligne échappée par hasard au naufrage de cette vieille cosmologie, a laissé pourtant dans la philosophie grecque un écho permanent : c'est ce mot qui joue un si grand rôle dans sa métaphysique, BXt), « le bois, la forêt, » et qui, avant de devenir la pâle et insaisissable matière des métaphysiciens, fut d'abord le chêne dont Zeus a fait le monde, Tarbre dans lequel les dieux védiques ont taillé le ciel et la terre ^, Farbre de Brahma, l'arbre flottant dans les airs , r<t arbre des tempêtes » de la Germanie *.

S 19. Ainsi tous les éléments que nous avons distingués dans les cosmologies indiennes se retrouvent dans les cos-

4. Ailé parce qu'il court dans le ciel. Les Indous racontent de même que les montagnes volaient d'abord dans le ciel : c'est Indra qui les fixa. Toutes les nuées sont des Symplégades.

2. (làOcoai "zi EffTiv f) OTCo'îruEpoç 8pu; ^ xo in' autj 7C£;coixiX[x^vov çapoç TCfltvta oaa ^epsxudrjç aXXTjyopTÎaaç è^zokofrioz (ClÉMENT d'Alexandrie, Stromates, 642, A). L'exactitude de aXX/jfopTiaaç , d'après tout ce qu'on sait de Phérécyde, est plus que douteuse. — Ce tissu (cpîpoç) est le tissu du monde ; voir § 40.

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