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Bréal, Introduction à la Grammaire comparée de Bopp

l'orientalisme en FRANCE. 39

rendu d'autres * ! Mais, pour cela, il lui sera beaucoup pardonné! En 1822 se fondait la Société asiatique de Paris, la première société vouée à Tétude de l'Orient qui ait été fondée sur le continent, qui pendant longtemps fut Fautorité la plus haute dans toute cette branche de l'érudition et vit venir à elle toutes les forces de l'orienlalisme européen. Un des plus larges esprits d'érudit que l'Allemagne ait produits, Jules Mohl , venu à Paris vers cette époque pour suivre les cours du Collège de France, fut tellement fasciné par l'éclat et la puissance de la science française de ce temps, qu'il se fixa à Paris, comme étant la capitale de l'orientalisme; c'est de Paris, et comme secrétaire de la Société asiatique française, qu'il écrivit ces fameux rapports qui faisaient loi dans toute l'Europe ; qui, vingt-sept ans durant , furent attendus chaque année avec émotion par les orientalistes de tous les pays et de toutes les branches, et dont la collection forme l'histoire parfaite des études orientales dans leur période la plus féconde, ce que M. Renan a appelé « leur âge héroïque ^. »

Toute cette première génération d'orientalistes est littéraire avant tout et quelquefois mystique. Mais deux hommes vont ouvrir la période scientifique proprement dite, à coups de découvertes ; ce sont Bopp et Burnouf. En 1816, Bopp, alors âgé de vingt-cinq ans, publie cette courte brochure sur la conjugaison du sanscrit, comparée à celle du latin , du grec et du persan , dont l'Allemagne célébra en 1 866 le cinquantième anniversaire, comme un jour de fête nationale. Il constituait cette science de la grammaire comparée, dont le fait fondamental , à savoir

\. Une autre ordonnance de la même dale insliluail la chaire de chinois d'Abcl Rémusat.

t. Vingt-sept ans d'histoire des études orientales, % vol . in-8*>. Paris, \ 880.

TafiBnité indéniable du sanscrit et des langues classiques, reconnu dès 1767 par le jésuite français GœuDdoux, proclamé en 1786 par William Jones et Técole anglaise de Calcutta, n'était cependant resté jusque-là qu'une cunosité historique. Personne ne s'avisait qu'il y avait là la matièi'e d'une science entière , d'une science dont l'importance allait grandir sans cesse, et qui, placée aux confins des deux grands domaines, le mouvement et la pensée, tenant aux sciences naturelles par son élément matériel, le son, aux sciences morales par son objet dernier, l'expression de l'idée, plonge par ses racines dans l'histoire naturelle, et s'épanouit par sa fleur en pleine psychologie, semblable à ce médiateur plastique que cherchait l'ancienne métaphysique. La grammaire comparée, à peine créée, s'implanta en Allemagne et s'y développa dans tous les sens , grâce à cette admirable organisation des Universités allemandes qui lance immédiatement une armée de travailleurs dans tous les débouchés nouveaux qui s'ouvrent à la science; elle s'y développa si bien que bientôt chacune des branches qui composent la famille aryenne faisait l'objet d'une science spéciale, toute organisée et en pleine activité. Pendant près de cinquante ans, l'Allemagne garda le monopole de ces études ; c'est à son école que les peuples de langue romane et de langue celtique ont dû apprendre l'histoire de leurs idiomes , et il y a quinze ans à peine que la grammaire comparée a repassé les bords du Rhin , apportée en France par un élève de Bopp et un élève de Diez *.

Bopp est le philologue par excellence , Buruouf est l'orientaliste idéal. Aux origines, la grammaire comparée n'était qu'une branche de l'orientalisme entendu au sens large du mot, c'est-à-dire conçu comme l'étude de TOrient

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