‹ Essais orientauxChapitre 62 sur 109 · V0I1UINI · texte numérisé non relu

V0I1UINI

5. Gylfaginning, 4 sq. — Les théories nouvelles de MM. Bange et Sophus Bugge, tout en ébranlant l'authenticité de beaucoup des mythes de TËdda et de toute la doctrine eschatologique , laissent intacte celle de la cosmogonie.

Laissons de côté le géant Ymir, dont la naissance rentre dans un cercle mythique étranger, celui de Tapparition de la vie sur la terre : tenons-nous en à la matière même du monde ; nous voyons qu'elle s'est formée de la rencontre du feu et de l'eau : or, l'eau est fournie par le ténébreux Niflheim^ littéralement « la demeure des nuées », de sorte que cette cosmologie , qui, de toutes celles que nous avons vues jusqu'ici, semble la plus étrange et la plus tourmentée, fournit, au premier mot, le mot même de son énigme. C'est la nuée ténébreuse qui , ici comme en Inde , comme en Perse, comme en Grèce , plane au seuil du monde. Seulement la vieille cosmologie élaborée en Asie dans les temps préhistoriques , en passant par les glaces éternelles des Dofrines et de l'Islande , s'est glacée en route. Les eaux de la nuée laissaient autrefois le monde sortir de leur sein en se dissipant ; ici, elles en fournissent la matière en se glaçant. Les eaux de la nuée faisaient autrefois paraître le monde sous l'action du feu de l'éclair ; la mythologie transie des Scandinaves ne peut plus comprendre l'union intime du feu avec cette nuée qu'elle a glacée : elle sépare donc les deux principes, les oppose l'un à l'autre au lieu de les combiner, oppose Muspelheim à Niflheim comme dans une ébauche de dualisme : Muspelheim , l'ancienne région de la flamme orageuse, identique de nature à Niflheim , la région de la nuée, devient, quand Niflheim s'est glacé, la région douce et bénie, où expirent la froidm^e et le gel. Mais le dualisme naissant n'a pas su efl*acer les traces de l'ancienne union des deux principes : les rivières qui sortent du séjour glacé de Niflheim sont des rivières ardentes, souvenir d'un temps où Niflheim, n'étant que la nuée, contenait encore la flamme en son sein ; et Muspelheim, ce séjour bienheureux et béni , recèle en son sein, nous apprend l'Edda, le démon Surtur, qui doit consumer

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