‹ Essais orientauxChapitre 79 sur 109 · Nom d'une prière · texte numérisé non relu

Nom d'une prière

6. Iliaiey S, 94 ; Odifuée, H, 413. Comparer le vers védique : mUëf dûto na rodoH carad vAk : • la voix a couru comme une messagère dans le ciel » (1, 473, 3).

6. Pausanias, I, 47, 4 — Ocoç vu tiç ivxi x«i owii}, dit Hésiode (Opéra ei Dies, v. 762).

iOi «SSiUS ORIENTAUX*

A Rome, elle s^appelle Fama^ personn^e mythique et concret , voix tonitruante de la lutte orageuse , que la réflexion a peu à peu décolorée en pâle et inerte abstracr tion. Qui veut voir conunent les mythes périssent en allégories n'a qu'à comparer Fama dans Ovide et dans Virgile. Dans Tun et dans l'autre , elle n'est plus qu'une abstraction ; mais Virgile , avec son instinct profond de poète, a recueilli un dernier écho dé la tradition, qu'il ne comprend plus sans doute , mais où il sent vibrer encore quelque chose de divin : Fama est née dans la lutte des dieux et des géants, c'est le dénier effort de la race vaincue, son dernier criU

Rien en Grèce ni à Rome d'analogue à cette cosmologie mystique de l'Inde et de la Perse -, qui semble donc propre aux Aryens d'Asie et s'êti^ développée après la séparation des deux branches. Un fait cependant défend de poser cette conclusion en termes absolus et définitifs : c'est qu'il y a en Europe une mythologie qui a connu une conception du même ordre : celle des Celtes. Les druides d'Irlande, avant le christianisme , enseignaient qu'il y avait eu au début trois druides qui créèrent le ciel, la terre, la mer, le soleil.

\. lUam terra pareiis, ira irritata deorum,

Extremam (ut perhibent) Coeo Enceladoque sororem Progenuit. .

Ovide fait du palais de Fama un vaste appareil téléphonique : Nocte dieque patet : tota est e\ aère sonanti, Tota frémit, vocesque rcfert iteratque quod audit... Tout le reste est dans ce style {Métam.j XU, 46 sq.).

2. On trouve bien dans les Orphiques une mention de la Parole créatrice, mais dans un vers qui ne paraît pas avant saint Justin et qui est sans doute l'œuvre de quelque pieux faussaire, en quête du Verbe :

'Hv{xa xdajxov à;uavTa iaXç ŒTr^p{ÇaTO pooXaîç... àuÔTjv, interprété par Cyrille, devient naturellement tôv {jLovoYevfî Xo^oy.

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la lune et le reste du monde *. Ces trois druides sont antérieurs aux dieux, et c'est du ciel et de la terre par eux créés que sont nés les dieux.

Ces druides créateurs , avant d'appartenir à la race humaine , ont été évidemment des druides célestes, des dieux-druides, des frères de Brahmanaspati, de celui qui plus tard devint Brahma ^, Les textes malheureusement ne nous disent pas par quel procédé ils ont créé : si c'est par le sacrifice ou par la parole. En tout cas, cette simple formule prouve que l'univers celtique, comme l'univers indien ou iranien , pouvait sortir à ses heures des forces mystiques du culte.

CONCLUSION

§ 40. Les diverses cosmogonies que nous avons passées en revue, à quelque ordre qu'elles appartiennent, naturaliste ou mystique, ne résolvaient^ qu'une partie du problème d'origine, à savoir cette question : D'où vient le monde? Il y avait une autre question que les Aryens

1. D'Arbois de JuBAiNviLLE, Esqumô de la mythologie irlandaise, p. 4 (d'après le Senchus Môr, Ancient laws oflreland, I, 22).

2. Plus tard, les controversistes chrétiens imaginèrent un philosophe antérieur à saint Patrice, « Caei aux beaux jugements, qui aurait le f premier contesté cette doctrine druidique. Vous avez, prétendez- « vous, créé le soleil, et vous l'avez mis au sud, disait-il aux druides; f eh bien, pour nous prouver votre puissance, essayez de mettre le «c soleil au nord, et si vous réussissez, nous vous croirons. » (D'Arbois

DE JUBAINVÏLLE, l. L, 2.)

3. Expression impropre : à cette période du développement intellectuel, la pensée ne se pose point de problèmes , elle les résout tout d'abord, et c'est la solution qui peu à peu éveille la question.

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s'étaient posée, plus anciennement même', à savoir : D'où vient l'ordre du monde? J'ai essayé ailleurs^ de montrer comment Tomniprésence et Téternîté visible du dieu du ciel, qui enveloppe le monde et le fait mouvoir dans son sein suivant un ordre immuable, avaient résolu ce dernier problème. J'ai essayé ici de montrer comment les renaissances du monde dans l'orage fournirent la solution du premier.

On voit par l'indépendance des deux réponses comment les deux questions se trouvèrent disjointes : l'ordre du monde et l'origine du monde se trouvèrent ramenés à deux principes différents : l'idée d'un dieu créateur resta absente et le dieu régulateur devint lui-même postérieur au monde. La matière est antérieure à son démiurge et le crée ; les dieux ne sont que les aînés des êtres, les premiers-nés de la matière préexistante ; ils sont au faîte de la création , mais ils en sont; au plus haut du ciel, mais non pas en dehors 3. Cette dualité de principe et d'action, à mesure que s'éveillait la réflexion raisonnante, devait y porter le trouble. Tandis que les Sémites bibliques, ayant posé de front le problème du monde dans son entier, expliquaient

4. Plus anciennement; comme le prouvent l'unité, la précision et l'identité parfaite de la solution dans les diverses mythologies. On est là en présence d'une idée arrêtée et bien définie qui est te fond de la religion indo-européenne. Quand l'unité aryenne se brisa, la cosmologie était moins avancée, les éléments existaient déjà, mais le choix n'était point fait : on a des formules cosmologiqaes indo-européennes ; on n'a pas une cosmologie.

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