Masprro
46 BSSAIS ORIENTAUX.
Il est dans Thistoire de la science peu de vies d'une unité aussi pleine et entière que celle de Champollion. Dès son enfance, il s'est identifié avec l'Egypte ancienne, toutes ses études ont sans trôve convergé là ; il passe sa courte existence à soulever un à un tous les voiles qui couvrent sa langue et son histoire , et , au moment de sa mort prématurée, il a, dans toutes les directions, donné les formules décisives qui guideront ses successeurs dans les voies de la découverte.
Champollion était né pour les œuvres de résurrection. Une de ses premières lectures d'enfant avait été la vie des hommes illustres de Plutarque ; à force de vivre avec eux, il les voyait devant ses yeux et il s'était fait un Plutarque illustré en dessinant la physionomie de chacun de ses héros selon les impressions que sa vie et son caractère lui avaient laissées'. Cette puissance d'imagination, il devait plus tard la porter dans un domaine tout différent; mais l'égyptien, par la nature même de son système d'écriture, est sans aucun doute la branche de la philologie où ces dons de peintre et de voyant sont le plus indispensables. Un hasard le jeta du côté de l'Egypte ; élevé à Grenoble, il rencontra dans sa famille le préfet de l'Isère, l'illustre Fourier, qui avait été l'un des membres les plus actifs et les plus intelligents de la commission d'Egypte ; il avait été le témoin passionné de toutes les grandes choses qui s'étaient faites là-bas , il avait prononcé l'oraison funèbre dé Kléber en vue des pyramides, et il avait encore dans lès yeux l'éblouissement du soleil d'Egypte, avec tous ces temples , ces obélisques, ces pylônes, ces pyramides, ces sphinx, et l'énigme- de cJes grandes pages sculpturales. L'âme ardente de l'enfant s'ouvrait et s'enflammait aux