‹ Essais orientauxChapitre 90 sur 109 · Vers · texte numérisé non relu

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LA LÉGENDE d'aLEXANDRE CHEZ LES PAUSES. 233

contenaient l'explication de tous les songes qu'on pouvait avoir, et sept autres où étaient écrits tous les secrets de la médecine et tous les moyens possibles pour se conserver longtemps en parfaite santé. Ils disent que, quand Alexandre le Grand soumit leur pays , après leur avoir fait une cruelle guerre , il envoya les quatorze livres qui traitaient de la médecine et de l'explication des songes en Macédoine, comme une rareté qui surpassait toutes. celles de la nature , et , voyant qu'il ne comprenait rien de ce qui était écrit dans les sept autres , où était écrite toute leur loi , et que môme ils étaient écrits en une langue qui n'était entendue que des anges , il les fit brûler. Après sa mort , qui fut une juste punition de sa témérité et de sa malice , leurs docteui's , qui s'étaient sauvés du carnage et avaient fui sur les montagnes pour conserver leur vie et leur religion , se rassemblèrent , et , voyant qu'ils n'avaient plus de livre , en écrivirent un de ce qui leur était resté en mémoire de ceux qu'ils avaient lus tant de fois *. »

Les témoignages écrits venant des Parsis mêmes confirment les renseignements du Père du Chinon. <( Des vingt et un Nosks de l'Avesta , disent les Rivaets , Iskander le Roumi fit traduire en roumi tout ce qui traitait d'astrologie et de médecine et fit brûler le reste de l'Avesta (puisse l'âme d'Iskander en brûler dans l'enfer! ), et quand il eut péri , les destours s'étant assemblés en conseil réunirent tout ce qu'ils avaient retenu de mémoire ; ils écrivirent ainsi le texte complet du Yasht (Yaçna), du Vispéred, du Vendidâd , du Fravashi Yasht , du petit Avesta , du Daroun,

4. Relations nouveUes du Levant , Lyon , 1674 , p. 436 ssq. Le passage a été presque littéralement copié par les rédacteurs des Voyages de Tavernier; seulement ils font périr Alexandre « d'une horrible maladie. »

de l'Afrinagàn, du Chidah-i-Vadjarkard et du Bundehesh. Ils n'écrivirent pas tout , parce qu'ils ne se rappelaient pas tout*. » La conquête d'Alexandre fut suivie, suivant le Kissah-i-Sandjân 2, d'une longue décadence religieuse, à laquelle mit fin la dynastie nouvelle fondée par Ardeshîr le Sassanide : « Sikauder brûla les livres de la révélation ; pendant trois cents ans la religion fut bas, et durant tout ce temps les fidèles furent opprimés. Après cela , durant de longues années , la vraie foi trouva protection : quand le roi Ardeshîr eut pris le sceptre , la vraie foi se trouva rétablie et son excellence reconnue à travers l'univers. » Ces textes sont récents ; le dernier est de la fin du xvi® siècle, et cette tradition est en telle contradiction avec tout ce que l'on sait de la politique d'Alexandre, que l'on a été quelquefois tenté de voir là une confusion établie entre la conquête d'Alexandre et la conquête arabe : ce sont les méfaits des successeurs d'Omar qui auraient été reportés au conquérant macédonien.

Rien en effet ne fut jamais plus étranger au paganisme ancien que l'intolérance à l'égard des autres religions. Le fanatisme est le privilège des religions morales, qui , s'étant fait un idéal élevé, et exclusif comme tout idéal, poursuivent tout ce qui s'en écarte d'une haine qui ne peut pardonner sans apostasie. Le paganisme, avec son large Panthéon ouvert à tout venant, vénérait les religions étrangères où il retrouvait ses dieux et en découvrait d'autres encore qu'il avait soupçonnés sans les connaître :

4 . Anquetil, Mémoires de l'Académie des inscriptions et helles-lettres, XXX Vin , 216; Spiegel, Journal de la Société germanique orientaley IX, 174.

2. Récit en vers do l'émigration des Guèbres; il en existe une traduction par M. Eastwick , dans le premier volume du Journal of the Royal Asiati'j Society (Bombay branch), 1844 , p. 172.

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il savait bien que ses théologiens et ses aèdes n'avaient point épuisé tout le domaine du divin , et il prêtait une oreille curieuse à toutes les voix, si étranges qu'elles fussent , qui venaient lui parler du monde d'en haut. C'est surtout à l'époque d'Alexandre que commence à se faire sentir cette soif du divin étranger, et nul moins que lui n'était porté, par instinct comme par politique, à se faire le champion des dieux de la Grèce contre les dieux du dehors : Égyptien en Egypte, serviteur du Très-Haut à Jérusalem, il devait être serviteur d'Ormazd en Perse. Au passage de l'Euphrate, il sacrifie au Soleil, à la Lune et à la Terre; en Hyrcanie, il sacrifie aux dieux du pays suivant les rites nationaux ; au dessus des provinces conquises, il met des Perses de naissance , c'est-à-dire des adorateurs d'Ormazd, ou bien des Grecs persisés , comme ce Peukastès, qui avait oublié les mœurs grecques pour celles de la Perse, lies satrapes grecs qui ont insulté la religion de leurs sujets ou les ont opprimés sont mis à mort ^ Tous les historiens grecs s'accordent à nous montrer Alexandre préoccupé d'entrer dans les préjugés de ses nouveaux sujets et non de les choquer et de les combattre : il savait qu'il avait plus à gagner à les flatter qu'à les détruire , et que , pour recevoii* les adorations comme roi des rois, il n'avait qu'à faire appel à une religion qui faisait du roi un dieu terresti*e et de la gloire royale un rayon de la gloire céleste. Ses soldats auraient moins murmuré s'il avait persécuté, et leurs plaintes , comme le dévouement des Perses , prouvent qu'il ne fut point ce que les Parses prétendent. Ainsi en jugeait Firdousi : DAra mourant donne en mariage à Alexandre sa fille Roshanek (Roxane), avec l'espoir qu'elle lui donnera un fils glorieux , « qui fera revivre le nom d'Isfendiar, qui

i. RiiODE, Die heilige Sage des Zendvolkes, 18î0,p. ÎO.

allumera le feu de Zoroastre , qui prendra en main le Zend et r Avesta , qui observera les sorts et le feu du Sedeh , qui honorera le nouvel an et le temple du feu , et Ormazd , et la Lune, et le Soleil , et Mithra; qui de l'eau de la sagesse lavera son âme et sa face, fera fleurir la coutume de Lohrasp, et fera régner la loi de Gushtasp. » Iskander promet d'accomplir les volontés du mourant '. Etant donnée la fidélité ordinaire de Firdousi aux idées et aux passions de la Perse ancienne, son attachement profond aux souvenirs de la vieille religion , sa sympathie mal dissimulée pour les Guèbres , il semble étrange qu'il ait accepté de faire d'Alexandre un protecteur de la religion de Zoroastre , si les Guèbres de son temps voyaient en lui un ennemi de leur foi. Mais si étrange que soit le fait , il n'en est pas moins certain , et peut-être faut-il voir dans l'insistance même de Firdousi une protestation indirecte contre le rôle prêté à Alexandre par les Parses de sou temps et pai* la généralité des historiens^. Car la tradition citée plus haut, si elle est très récente sous sa forme présente , est infiniment plus ancienne que les textes produits , et les plus anciens historiens musulmans, antérieurs à Firdousi, prêtent à Alexandre absolument le même rôle que les Parsis. Hamzah d'Ispahan , qui écrit vers 961, un demi-siècle avant Firdousi , raconte que Dârâ ayant été tué par un de ses gardes , Alexandre s'empara du pouvoir et versa à flots le sang des grands et des nobles. Il tenait captifs et enchaînés 7,000 des plus nobles de la Perse , et chaque jour il en faisait périr vingt-un. A la prise de Babylone C^icJ^ enviant

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